L’UEMOA se dote d’une autoroute régionale pour les paiements instantanés

Depuis le 30 septembre 2025, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest exploite PI-SPI, la Plateforme interopérable du système de paiement instantané de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. L’infrastructure permet, en principe, d’envoyer et de recevoir des fonds en quelques secondes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, entre banques, institutions de microfinance, émetteurs de monnaie électronique et établissements de paiement des huit États de l’Union.

La BCEAO affirme avoir conçu et développé PI-SPI en interne, avec des ingénieurs de l’Union, et en assurer l’exploitation. Ce rail régional commun remplace une partie des silos techniques et fonctionne au moyen d’un compte et d’un alias, notamment un numéro de téléphone ou une adresse de paiement.

Cette souveraineté est infrastructurelle : elle ne modifie ni le régime du franc CFA, ni les règles de change. Elle ne signifie pas que chaque composant est produit localement ; le projet historique a bénéficié d’un financement de la Fondation Gates administré avec l’appui de la Banque africaine de développement.

Au 3 août 2026, le déploiement n’est pas achevé : les échéances de connexion ont été prolongées. L’adoption et la résilience restent à documenter par des statistiques opérationnelles complètes.

De l’interopérabilité promise en 2017 au lancement effectif de 2025

La genèse du projet est plus longue que la seule phase engagée en 2022. Dès avril 2017, la BCEAO avait signé un accord de don avec la Banque africaine de développement, avec le concours de la Fondation Bill & Melinda Gates, pour un projet d’interopérabilité des services financiers numériques. Le rapport annuel 2019 de la Banque centrale estimait le coût global à 9,6 millions de dollars, soit environ 5,6 milliards de francs CFA, et envisageait alors une plateforme opérationnelle autour de 2020.

Des groupes thématiques ont travaillé sur le modèle économique, l’architecture et la sécurité, selon une démarche graduelle commençant par les transferts et paiements marchands. Les sources publiques ne permettent pas d’attribuer précisément le retard sur le calendrier initial.

La BCEAO présente le projet PI proprement dit comme ayant démarré en 2022. Les tests pilotes ont ensuite été élargis : en août 2024, 90 institutions participaient à la phase pilote ; les tests en conditions réelles avec un échantillon de clients ont commencé le 5 juin 2025 ; le lancement public est intervenu le 30 septembre 2025.

Selon le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou, les transactions en monnaie électronique sont passées de 260 millions en 2014 à 11 milliards en 2024, et les comptes de 18 millions à près de 248 millions. Un utilisateur pouvant détenir plusieurs comptes, ce total ne mesure pas des personnes distinctes ; le taux d’inclusion annoncé à 74 % dépend aussi de la définition de la BCEAO.

Quarante-cinq opérateurs au lancement, quatre-vingts connectés en 2026

À la date de lancement, 45 participants étaient autorisés à ouvrir PI-SPI au public : quatre au Bénin, cinq au Burkina Faso, huit en Côte d’Ivoire, trois en Guinée-Bissau, six au Mali, trois au Niger, treize au Sénégal et trois au Togo. Cette répartition montrait dès l’origine une forte disparité entre marchés nationaux.

Au 2 avril 2026, la BCEAO déclarait 80 participants connectés : 59 banques, neuf établissements de monnaie électronique, onze institutions de microfinance et un établissement de paiement. Quarante-deux autres institutions effectuaient alors des tests en production. Au 24 juin 2026, la Banque centrale maintenait le chiffre de 80 participants connectés, tout en indiquant que 74 institutions se trouvaient en phase de test réel. Elle affirmait que plusieurs millions de personnes pouvaient accéder aux services.

Ces données confirment l’extension du réseau, pas l’usage. Connexion, autorisation, disponibilité pour tous les clients et transactions régulières sont des niveaux distincts. Les publications ne consolident encore ni utilisateurs actifs, ni volumes, ni disponibilité, ni fraudes.

L’échéance est repoussée au 30 septembre 2026 pour les banques, établissements de monnaie électronique et de paiement, et au 30 juin 2027 pour les institutions de microfinance supervisées par la Commission bancaire. La généralisation reste donc ouverte.

PI-SPI annonce transferts entre particuliers gratuits, paiements marchands par code QR et règlements entre prestataires différents. La gratuité vise les transactions initiées par les particuliers ; elle ne prouve pas que les services aux commerçants, entreprises ou administrations le sont.

La sécurité repose autant sur la règle que sur le code

En réduisant la fragmentation, PI-SPI devient un actif systémique : une panne ou une compromission pourrait affecter plusieurs pays. La souveraineté impose donc disponibilité, redondance, contrôle des accès, audits et reprise.

L’instruction n° 001-01-2024 impose aux prestataires la gestion des risques opérationnels et cybernétiques, la traçabilité, la protection des données, des pistes d’audit, des plans de continuité et des tests réguliers.

Des tests d’intrusion internes et externes sont exigés au moins chaque année. Les incidents majeurs doivent être notifiés immédiatement, puis documentés sous soixante-douze heures. L’authentification forte doit lier l’opération, le montant et le bénéficiaire.

Ce cadre ne certifie pas publiquement le noyau PI-SPI. Architecture d’hébergement, centres de secours, dépendances logicielles, audits indépendants, chiffrement et tests de charge ne sont pas détaillés. Une confidentialité légitime devrait être compensée par des attestations d’audit et des indicateurs de disponibilité.

Le développement interne favorise la conservation des compétences et l’adaptation régionale. La publication des droits de propriété intellectuelle et dépendances contractuelles permettrait toutefois de distinguer souveraineté opérationnelle et autonomie complète.

Un rail public régional peut redistribuer le pouvoir financier

L’interopérabilité réduit le verrouillage des réseaux fermés : un commerçant peut recevoir un paiement d’un autre prestataire et une fintech développer sur une interface standardisée. Ces gains supposent un accès équitable et des coûts de conformité supportables pour les petites institutions.

PI-SPI peut soutenir la formalisation, les recettes publiques et les aides sociales. Mais la traçabilité accroît aussi la masse de données sensibles : protection, consentement, limitation des usages et recours doivent accompagner la vitesse.

Ce rail commun à huit États peut devenir un modèle africain. Une interconnexion panafricaine renforcerait le commerce, mais aucune liaison opérationnelle avec le Système panafricain de paiement et de règlement n’est établie dans les pièces examinées.

Pour les diasporas, aucun corridor direct depuis l’Europe, l’Amérique ou une autre région africaine n’est démontré. L’effet sur les remises reste indirect et potentiel.

L’adoption réelle et l’audit du noyau central restent à documenter

Le classement factuel doit demeurer explicite.

PI-SPI a été lancé le 30 septembre 2025 et a été conçu pour fonctionner en continu dans les huit États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Lors de son lancement, 45 participants étaient autorisés à utiliser la plateforme. Au printemps 2026, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) indiquait que 80 participants y étaient connectés. Les échéances de généralisation ont par ailleurs été reportées à septembre 2026 et à juin 2027 selon les catégories d’établissements concernés.

La BCEAO indique que la plateforme a été développée en interne. Elle précise également que le projet initial a bénéficié d’un appui financier de la Fondation Gates ainsi que d’un accompagnement de la Banque africaine de développement.

L’interopérabilité des paiements est susceptible de réduire les frictions et de favoriser l’usage des paiements numériques, sous réserve d’une progression de la couverture du service, de sa fiabilité et de son acceptation par les commerçants.

Le nombre d’utilisateurs actifs, le niveau d’adoption par pays, le coût total actualisé du programme ainsi que le calendrier d’intégration des administrations publiques ne sont pas précisés dans les informations rendues publiques.

Le niveau effectif de résilience du système central ne peut pas être évalué à partir des informations disponibles, en l’absence de rapports d’audit, d’indicateurs publics de disponibilité et de statistiques relatives aux incidents.

Aucune interconnexion opérationnelle avec des systèmes de paiement extérieurs à l’UEMOA, ni aucun service de paiement dédié directement aux diasporas, ne sont établis par les documents publics disponibles.

L’accès annoncé pour « plusieurs millions de personnes » peut désigner la clientèle potentielle, non des usagers actifs. Une publication statistique régulière devrait lever l’ambiguïté.

De la connexion obligatoire à la confiance quotidienne

Les échéances de 2026 et 2027 testeront l’intégration, la sécurité et la capacité des établissements à rendre le service simple et fiable.

Le test économique portera sur les coûts, les paiements marchands et l’accès des PME. Le test démocratique exigera des informations sur les performances, incidents et responsabilités.

PI-SPI est déjà un actif stratégique africain. Sa souveraineté dépendra néanmoins d’une infrastructure maîtrisée, auditable, résiliente, inclusive et sans dépendance critique incontrôlée.

Les textes à confronter aux performances de la plateforme

  • BCEAO, communiqué et dossier de lancement officiel de PI-SPI, 30 septembre 2025.
  • BCEAO, allocution du gouverneur Jean-Claude Kassi Brou lors du lancement de PI-SPI.
  • BCEAO, liste des participants autorisés à ouvrir PI-SPI au public à la date de lancement.
  • BCEAO, communiqué sur la connexion des participants à PI-SPI, 2 avril 2026.
  • BCEAO, communiqué de prolongation du délai de connexion à PI-SPI, 2026.
  • BCEAO, instruction n° 001-01-2024 relative aux services de paiement dans l’UMOA.
  • BCEAO, Rapport annuel 2019, encadré relatif au projet d’interopérabilité des services financiers numériques.

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