Le conseil d’administration de l’agence publique américaine DFC a autorisé un financement plafonné à 414,2 millions de dollars pour Dasa, dans la région nigérienne d’Agadez. La décision ouvre une possibilité de prêt à une société détenue à 20 % par l’État du Niger. Signature, décaissement, route d’exportation et conditions négociées avec Niamey restent à établir. L’enjeu, pour les Nigériens, est de convertir ce financement potentiel en revenus, emplois et protections vérifiables.
Le feu vert américain ne fait pas encore couler l’uranium
Le 16 septembre 2026, le conseil d’administration de l’U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a approuvé un financement d’un principal maximal de 414,2 millions de dollars destiné à la Société minière de Dasa (SOMIDA). La résolution officielle désigne cette société nigérienne comme emprunteuse et précise l’objet : développer et construire une mine souterraine d’uranium et une première installation de traitement du minerai dans le centre-nord du Niger. Ce vote est un fait établi ; il ne constate ni la signature du contrat définitif, ni un virement de 414,2 millions de dollars, ni une livraison d’uranium.
Global Atomic, société canadienne qui détient indirectement 80 % de SOMIDA, présente le vote comme une étape majeure. Son propre communiqué du 16 septembre avertit pourtant que la conclusion du financement et chacun de ses décaissements dépendent de conditions substantielles, dont certaines peuvent ne jamais être satisfaites. Le titre du référentiel reprend correctement l’approbation jusqu’à un montant donné ; lire « 414,2 millions versés au Niger » introduirait une certitude absente des pièces publiques.
L’autre actionnaire de SOMIDA est l’État nigérien, à hauteur de 20 %. L’origine américaine du financement ne change pas, à elle seule, la répartition du capital ni la destination des futurs minerais. Les clauses encore à négocier seront déterminantes.
Une mine d’Agadez déjà aménagée, mais encore sans production commerciale
Dasa se situe dans la commune rurale de Tchirozérine, dans la région d’Agadez, au sein du bassin uranifère du Tim Mersoï. Le permis d’exploitation a été accordé en décembre 2020 ; les travaux souterrains ont commencé après la cérémonie de lancement de novembre 2022. Ces opérations de chantier et d’extraction préparatoire ne signifient pas que la chaîne industrielle produit et exporte déjà du concentré d’uranium à l’échelle commerciale. La société indique que les galeries ont atteint la zone minéralisée, mais que l’usine reste à construire et à mettre en service.
L’étude environnementale de 2023 prévoyait une production commerciale dès le début de 2025 ; cet objectif n’a pas été tenu. Global Atomic prévoit maintenant la fin de la construction au premier semestre 2028 et la mise en service au second. Ce calendrier reste conditionné au financement et au chantier.
Le premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a reçu Stephen G. Roman, dirigeant de Global Atomic, le 13 mai 2026. Ce dernier a avancé qu’environ 700 personnes travaillaient alors sur le site : déclaration d’entreprise rapportée par les autorités, sans décompte indépendant des emplois permanents ou des rémunérations. La part des contrats attribués aux entreprises nigériennes n’est pas précisée.
Prêt principal, réserve de dépassement et capitaux propres : trois comptes distincts
La résolution de la DFC autorise jusqu’à 414,2 millions de dollars de principal, auxquels pourront s’ajouter des intérêts selon les contrats futurs. Global Atomic détaille, le 18 septembre, un prêt à terme pouvant atteindre 397,4 millions et une facilité de 16,8 millions destinée aux dépassements de coûts. La somme de ces deux plafonds explique le chiffre affiché. La réserve pour dépassements ne constitue ni une subvention ni une dépense déjà engagée.
La société situe à 550,1 millions de dollars les coûts restant à financer au 30 juin 2026. Le prêt principal ne serait tiré qu’après la dépense de 152,7 millions de capitaux propres supplémentaires. Additionnés, ces montants couvriraient les 550,1 millions estimés ; la facilité de 16,8 millions répond à un éventuel dépassement. Ce montage prévisionnel exige donc d’abord un apport des investisseurs.
La DFC a également approuvé des bons de souscription d’actions de la maison mère Global Atomic. Leurs modalités restent à fixer avant la clôture. Leur exercice pourrait donner à l’agence une participation dans la société cotée ; aucun élément ne démontre une entrée immédiate au capital de SOMIDA ou une diminution des 20 % nigériens.
Cinq conditions qui déplacent la négociation vers Niamey
Le communiqué du 16 septembre énumère cinq chantiers avant conclusion ou tirage : trouver une route viable pour exporter le concentré d’uranium, dit yellowcake ; prolonger la convention et le permis miniers à des conditions jugées satisfaisantes et compatibles avec la durée du prêt ; obtenir des assurances sur les approbations publiques nécessaires au remboursement ; négocier un accord direct satisfaisant avec le gouvernement nigérien ; finaliser la documentation de prêt et ses conditions préalables. Global Atomic ne publie ni la durée projetée du prêt, ni le projet d’accord direct, ni la rédaction proposée des prolongations.
Le chantier peut recevoir des équipements par des voies alternatives, mais exporter régulièrement un produit stratégique exige des autorisations et une logistique spécifiques. Les pistes évoquées par l’entreprise ne valident pas encore de route définitive. Niamey devra apprécier les contreparties des instruments qui engagent durablement la ressource et ses recettes.
Le remboursement en dollars et un futur accord direct pourraient influer sur le partage des risques. Les textes non publiés ne permettent d’affirmer aucune clause de garantie ou de contrôle du minerai. Le vote ne prouve pas non plus un marché réservé aux États-Unis : les contrats d’enlèvement déclarés par l’entreprise couvrent 11 % de son plan de mine.
La souveraineté se mesure aussi aux puits, aux contrats et aux comptes
Au-delà de la nationalité du financeur, le Niger doit pouvoir vérifier ce qu’il gagne réellement : dividendes correspondant à sa participation, recettes fiscales et redevances effectivement perçues, contenu local des achats, qualification des salariés nigériens et capacité de contrôle des données de production et des prix. Les 20 % de capital ne résument pas l’économie d’un projet : les coûts reconnus, le calendrier de remboursement, le prix de vente, les prélèvements et les obligations de remise en état peuvent modifier fortement les revenus disponibles. Aucun de ces effets futurs n’est mesurable à partir de la seule résolution de la DFC.
À Agadez, l’eau rend ce contrôle tangible. L’étude d’impact publiée par la DFC en 2023 modélise un pompage souterrain pour sécuriser la mine et un risque de baisse de certains puits villageois à terme. Elle prévoit surveillance et alimentation de remplacement si nécessaire. Elle expose aussi les risques radiologiques et les préoccupations locales concernant santé, pâturages et emplois. Ce sont des risques et des engagements projetés, pas des dommages déjà constatés.
Le calendrier et la durée envisagée de la mine ont changé depuis 2023. Un contrôle actualisé de l’eau, des doses radiologiques, des déchets et des plaintes, avec publication des mesures, aiderait les communautés de Tchirozérine à juger les effets réels. La décision de prêt ne documente aucun avantage économique particulier pour les Nigériens de la diaspora.
Les chiffres et les contrats encore à éclaircir
Au 24 septembre 2026, la résolution de la DFC et les communiqués consultés n’établissent pas un contrat de prêt définitif signé, un calendrier de tirage ni un premier décaissement. Il manque les taux, échéances, sûretés, conditions de défaut, clauses de l’accord direct, nouvelles dates des droits miniers et engagements publics précis sur l’exportation et le remboursement. L’existence du permis obtenu en 2020 ne signifie pas qu’une prolongation aux conditions du futur prêteur ait déjà été convenue.
Le calcul des coûts appelle aussi une précision de l’émetteur : le communiqué du 18 septembre indique 777,2 millions de dollars de coût total estimé dans ses points saillants, tandis que son tableau affiche 777,6 millions. Il indique de même 228,5 millions investis au 30 juin dans le résumé, contre 227,5 millions dans la ligne « total » du tableau. Ces écarts arithmétiques ne prouvent ni irrégularité ni détournement ; leur rapprochement méthodologique n’est simplement pas expliqué dans le document. Le chiffre de 550,1 millions de dépenses restant à couvrir est identique dans la présentation et le tableau.
L’étude d’impact précède les révisions du projet. Aucun bilan indépendant récent dans les pièces consultées n’établit l’état actuel de chaque puits ou les doses reçues par les salariés. Des lettres de soutien anciennes ne décrivent pas la position des villages sur les futures conditions du prêt.
Ce que les prochaines décisions permettront de vérifier
Si Global Atomic complète les capitaux propres requis, si Niamey et l’entreprise s’entendent sur les droits miniers et l’accord direct, si une voie d’exportation sûre est formalisée et si la DFC signe puis décaisse effectivement, la mine pourrait avancer vers une production commerciale à partir de la seconde moitié de 2028, selon le calendrier du promoteur. Un retard dans l’un de ces maillons reporterait ou réduirait les tirages et les recettes espérées. Les cours futurs de l’uranium et les coûts finaux resteraient d’autres variables.
Trois ensembles de documents permettront de juger la portée du vote de septembre : le contrat de financement et ses décaissements ; les décisions nigériennes sur la convention, le permis et la route commerciale ; les données publiques sur l’emploi, les paiements à l’État et l’environnement à Tchirozérine. Aujourd’hui, la décision américaine est certaine. Son effet économique, politique et sanitaire pour le Niger est encore une question de conditions à négocier et de résultats à constater.
Les pièces publiques qui fondent cette lecture
- DFC, résolution du conseil d’administration BDR(26)21, « Société Minière de DASA S.A. », approuvée le 16 septembre 2026.
- Global Atomic Corporation, « Dasa Uranium Project Financing Update », communiqué du 16 septembre 2026 ; « Dasa Uranium Project Cost Estimates », communiqué du 18 septembre 2026 ; résultats du deuxième trimestre 2026 publiés le 13 août.
- Gouvernement du Niger et Agence nigérienne de presse, compte rendu de l’entretien du premier ministre avec Stephen G. Roman sur Dasa, 13 mai 2026.
- SOMIDA et Global Atomic, addendum à l’étude d’impact environnemental et social de Dasa, 24 février 2023, consultable dans la documentation environnementale publiée par la DFC. Ce document expose surtout des risques évalués et des mesures prévues, non un audit indépendant des résultats de 2026.

