Le protocole de pêche entre la Mauritanie et l’Union européenne arrive à échéance le 14 novembre 2026. La négociation engage les recettes publiques, mais aussi la disponibilité des ressources, l’activité des pêcheurs et la valeur retenue sur le littoral. Les avis scientifiques imposent d’examiner les quantités et les contrôles autant que le prix d’accès.
Une échéance proche et un résultat encore à documenter
La fiche officielle de la Commission européenne fixe la période du protocole actuel du 15 novembre 2021 au 14 novembre 2026. Le 22 octobre, l’Agence mauritanienne d’information rend compte d’un entretien entre la ministre Aïssata Lam et le commissaire européen Kóstas Kadís consacré au rapprochement des positions. Cette publication établit la poursuite des discussions. Elle n’annonce ni nouveau protocole signé ni prolongation entrée en vigueur. Au 6 novembre, aucune de ces issues n’est établie par les pièces retenues ici. [1, 2]
La distinction juridique est nécessaire : l’accord de partenariat organise une relation durable, tandis que son protocole précise les possibilités de pêche et la contrepartie financière pour une période donnée. Un mécanisme concernant la durée du premier ne doit pas être présenté comme la preuve d’une prolongation automatique du second. Pour les opérateurs comme pour les autorités de contrôle, c’est le texte applicable et sa date d’effet qui détermineront les droits après l’échéance. [1]
Le partenariat ancien entre dans une nouvelle discussion
La Commission situe le premier accord de pêche avec la Mauritanie en 1987. Le cadre actuel s’inscrit donc dans une relation ancienne, au cours de laquelle accès aux eaux, contribution financière et appui à la politique nationale ont été associés. La renégociation ne part pas d’une absence de règles : elle porte sur les conditions de leur poursuite et sur les adaptations nécessaires. Cette continuité explique pourquoi il faut examiner l’exécution passée avant de comparer les annonces nouvelles. [1]
Du côté européen, le ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation signale le 15 octobre 2026 une demande, portée avec trois autres États membres, visant la prorogation du protocole. Ce besoin de continuité fait partie du rapport de négociation. Il ne prouve pas que Nouakchott ait déjà obtenu des concessions, ni que la demande sera acceptée. Les conditions financières et techniques finales doivent être établies par les documents conclus, non déduites de l’intérêt exprimé par une partie. [3]
Les montants autorisés ne mesurent pas les captures réalisées
La contribution européenne présentée pour le protocole atteint 60,8 millions d’euros par an, dont, en moyenne, 3,3 millions pour l’appui sectoriel. La fiche européenne expose des possibilités de pêche réparties par catégories. Ces droits ne correspondent pas à un volume effectivement prélevé : leur utilisation dépend des flottilles et des espèces. Confondre plafond et captures conduirait à surestimer l’activité ou à calculer une contrepartie par tonne sur une base inadaptée. [1]
Le Comité scientifique conjoint rapporte, pour la catégorie 6 des petits pélagiques, une utilisation d’environ 42 % des possibilités européennes en 2024. Il relève également des prises accessoires représentant 12 % des débarquements de cette flotte, contre un taux de 3 % prévu par le protocole, et demande de préciser les listes d’espèces et de renforcer le suivi. Ce constat scientifique doit rester attaché à sa catégorie et à sa période ; il ne constitue pas une décision de justice sur tous les navires européens. [4]
La négociation doit partir de ce que la mer peut fournir
Le même rapport présente les évaluations du COPACE de mai 2025, fondées sur des séries préliminaires allant jusqu’à la fin de 2024. Elles classent les sardines et les sardinelles comme surexploitées, les chinchards et les maquereaux comme pleinement exploités. Ce diagnostic appelle une lecture par stock et par ensemble de prélèvements. Il ne permet pas d’attribuer à une seule flotte la responsabilité exclusive de l’état de toutes les ressources. [4]
L’analyse économique doit donc intégrer une contrainte biologique. Une recette supplémentaire obtenue aujourd’hui peut être contrebalancée par une diminution future des prises, si la ressource se dégrade. À l’inverse, une limitation de l’effort peut imposer un coût immédiat à certains métiers tout en préservant une activité durable. La négociation devrait rendre visibles ces arbitrages : espèces concernées, périodes, zones et capacité de contrôle. L’expression de surplus disponible demande une démonstration scientifique, pas seulement une estimation commerciale.
Les données doivent aussi permettre de distinguer ce qui est débarqué, transformé, exporté ou vendu pour l’alimentation. Une augmentation des volumes traités sur le territoire ne garantit pas une meilleure disponibilité sur les marchés mauritaniens. La destination des produits et les prix comptent. Sans cette ventilation, la valorisation locale risque d’être mesurée uniquement par l’activité des installations, alors que les effets sur les consommateurs et les travailleurs peuvent différer.
La souveraineté alimentaire engage plusieurs acteurs mauritaniens
L’État perçoit des recettes et négocie des droits d’accès ; les pêcheurs recherchent des captures soutenables et des débouchés ; les entreprises de transformation ont besoin d’approvisionnements ; les ménages achètent du poisson. Ces intérêts peuvent converger ou entrer en tension. Une hausse de la contrepartie financière ne peut donc être assimilée à un gain identique pour toute la société. Il faut suivre la dépense publique correspondante et les conséquences pour chaque maillon de la filière.
La capacité nationale de négociation dépend également de la qualité de l’information. Des équipes mauritaniennes capables d’évaluer les stocks, de contrôler les déclarations et de comparer les conditions d’accès disposent d’un outil durable. L’appui sectoriel peut contribuer à ces capacités si les équipements fonctionnent, si les compétences restent disponibles et si les résultats sont publiés. L’existence d’une enveloppe destinée au secteur ne démontre pas, à elle seule, que ces effets ont été obtenus.
La place des pêcheurs artisanaux, des mareyeuses, des transformateurs et des travailleurs portuaires mérite une vérification spécifique. Leurs revenus dépendent de facteurs que le seul montant d’un accord ne résume pas : disponibilité de la ressource, accès à la glace, stockage, transport et conditions de vente. Une politique évaluée du point de vue des populations devrait rapprocher les recettes d’accès de ces coûts et bénéfices, sans supposer qu’ils se répartissent spontanément de façon favorable.
Les offres négociées et les résultats des contrôles restent nécessaires
Les pièces publiques consultées ne donnent pas le projet consolidé en négociation, la ventilation actualisée des captures de toutes les flottilles, ni un bilan complet des contrôles et sanctions. Les offres financières détaillées ne sont pas accessibles dans ce corpus. Leur absence limite toute conclusion sur un avantage déjà obtenu par l’une ou l’autre partie. Elle empêche aussi de comparer précisément les engagements futurs à l’exécution réelle du protocole qui s’achève.
Un bilan utile de l’appui sectoriel devrait relier les sommes prévues, les décaissements, les dépenses et les résultats. Pour les ressources, il faudrait rapprocher déclarations de capture, observations et évaluations indépendantes. Le Comité scientifique conjoint est une source technique associant les deux partenaires ; ses analyses ne se confondent pas avec leurs positions de négociation. Les communiqués ministériels, eux, renseignent sur le dialogue officiel et doivent être lus comme tels. [2, 4]
Le prochain protocole sera jugé sur sa capacité à durer
Une conclusion avant l’échéance pourrait assurer une continuité encadrée, à condition que les nouvelles règles soient effectivement publiées et applicables. Une prolongation exigerait d’en vérifier la base, la durée et le périmètre. Une interruption laisserait aux parties le temps de poursuivre les négociations, avec des conséquences à apprécier pour les activités concernées. Ces scénarios restent conditionnels ; aucun ne peut être présenté comme la décision acquise au vu des documents examinés.
La marge de manœuvre mauritanienne se mesurera à la cohérence du dispositif : prélèvements compatibles avec la ressource, recettes traçables, contrôle effectif et bénéfices identifiables pour les acteurs nationaux. Le montant négocié comptera, mais il ne suffira pas à établir la qualité du partenariat. Préserver la capacité de pêcher, de nourrir et de transformer dans la durée constitue le test le plus exigeant de la renégociation.
Les références qui encadrent le débat sur l’accès aux eaux
[1] Commission européenne, direction générale des affaires maritimes et de la pêche, fiche « Mauritania » sur l’accord de partenariat et le protocole 2021–2026, consultée le 6 novembre 2026.
[2] Agence mauritanienne d’information, entretien de la ministre Aïssata Lam avec le commissaire Kóstas Kadís sur les négociations bilatérales, 22 octobre 2026.
[3] Ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation, annonce « España y otros tres Estados miembros piden a la Comisión Europea prorrogar el protocolo de pesca con Mauritania », 15 octobre 2026, répertoriée dans sa salle de presse.
[4] Comité scientifique conjoint Mauritanie–Union européenne, rapport de la réunion de Nouakchott du 16 au 20 juin 2025, publié en 2025, notamment pages imprimées 73 à 80 ; données et évaluations relatives aux petits pélagiques.

