Fawzi Abou Khazam a prêté serment le 4 novembre 2026 après sa nomination par la Chambre des représentants. La succession de Naji Issa dépasse un changement de personne : elle intervient alors que la dépense publique, les réserves de change et l’unité des institutions financières font l’objet d’alertes documentées.
Une succession en trois étapes, un enjeu national
La Banque centrale de Libye confirme que Fawzi Abou Khazam a prêté serment le 4 novembre devant le président de la Chambre des représentants et plusieurs députés, après la décision parlementaire du 2 novembre. Son conseil d’administration avait auparavant reconnu une prise de fonctions effective au 22 octobre, sur la base d’une décision de la présidence de la Chambre. Il faut donc distinguer l’intérim initial, la nomination parlementaire et la prestation de serment. [1, 2]
Le remplacement de Naji Issa se déroule dans un environnement où la conduite de la politique monétaire dépend fortement des décisions budgétaires. La mission des Nations unies en Libye, la MANUL, a demandé de protéger l’indépendance opérationnelle de la banque et l’unité de ses opérations. Cette alerte porte sur les conditions dans lesquelles l’institution exerce ses missions ; elle ne constitue pas une accusation personnelle contre son nouveau dirigeant. [3]
Le précédent de 2024 éclaire la transition de 2026
La crise de direction de 2024 avait conduit la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État à signer un accord le 26 septembre, sous facilitation onusienne. La MANUL expliquait alors que le mécanisme prévoyait une consultation du Haut Conseil et une nomination par la Chambre, avec des dispositions de gouvernance, de transparence et d’indépendance. Ce précédent montre l’importance d’un accord entre institutions ; il ne permet pas, à lui seul, de certifier toutes les étapes de la succession de 2026. [4]
Le 22 octobre 2026, la présidence de la Chambre a provisoirement accepté la démission de Naji Issa et chargé Fawzi Abou Khazam, membre du conseil d’administration, d’assurer les fonctions de gouverneur dans l’attente d’un vote en séance. L’agence publique LANA présente explicitement la décision 5/2026 comme un arrangement transitoire destiné à assurer la continuité du fonctionnement. [5]
Le 2 novembre, lors d’une séance à Sebha, 78 des 90 députés présents ont voté pour accepter la démission et nommer le nouveau gouverneur, selon LANA. La banque a ensuite présenté le serment du 4 novembre comme l’accomplissement des exigences légales de prise de fonctions. Les deux communications concordent sur cette chronologie. [1, 6]
Les premières décisions et le poids des recettes pétrolières
Le conseil d’administration réuni le 25 octobre a annoncé la recomposition du comité de politique monétaire ainsi que la création de comités de gouvernance, d’audit et de risques, et de nominations. Il a aussi évoqué une mise à jour de son fonctionnement interne. Ces annonces constituent des décisions de gouvernance ; leur efficacité dépendra de la composition des organes, de leur activité et des informations rendues publiques. [2]
La déclaration financière publiée par la banque le 8 octobre couvre la période du 1er janvier au 30 septembre 2026. Elle recense 114,5803 milliards de dinars de recettes, dont 94,2 milliards de revenus pétroliers et 17,4 milliards de redevances pétrolières. L’addition de ces deux postes représente environ 97,4 % des recettes recensées, calcul effectué à partir du tableau publié. Cette proportion illustre la dépendance du périmètre présenté aux hydrocarbures. [7]
Le même tableau fait état de 88,6 milliards de dinars de dépenses. La différence arithmétique avec les recettes ne doit pas être présentée comme un excédent consolidé de l’ensemble des administrations libyennes : cette conclusion exigerait de vérifier tous les périmètres, engagements et financements. Le FMI demande précisément une meilleure transparence sur les finances de l’Est et sur les dépenses hors budget. [7, 8]
Le 5 novembre, lors d’une réunion à Benghazi, le nouveau gouverneur a réaffirmé que la banque formait une institution souveraine unique, avec des services et des agences relevant d’un même cadre. C’est un engagement officiel en faveur de la continuité. Il ne constitue pas encore une mesure indépendante de l’intégration effective de tous les systèmes, comptes et procédures. [9]
Dépenses, devises et prix : le mécanisme sous surveillance
Le 23 octobre, la MANUL a averti que des pressions continues pour financer une hausse des dépenses publiques pourraient accentuer les tensions sur le taux de change, nourrir l’inflation et accélérer la diminution des réserves. Elle a également demandé le respect des procédures libyennes et une meilleure gouvernance. Cette mise en garde est formulée comme un risque lié aux politiques suivies, non comme la description d’un effet déjà imputable au nouveau gouverneur. [3]
Le mécanisme économique peut être expliqué sans supposer une décision qui n’a pas été documentée. Si la dépense en monnaie nationale augmente plus vite que les recettes soutenables et que la production disponible, une partie de la demande peut se reporter sur les importations et les devises. La banque centrale doit alors arbitrer entre ses interventions, la préservation des réserves et les conséquences du change sur les prix.
Une hausse ponctuelle des revenus pétroliers peut atténuer la contrainte à court terme. Si elle finance des engagements permanents, le problème peut réapparaître lorsque les recettes diminuent. C’est pourquoi l’autonomie de la banque ne se résume pas à son statut juridique : elle dépend aussi de sa capacité pratique à refuser ou encadrer des demandes incompatibles avec son mandat, tout en rendant compte de ses décisions.
Dans sa déclaration de mission du 10 avril 2026, le FMI jugeait déjà la trajectoire budgétaire insoutenable et recommandait de renforcer l’indépendance de la banque. Il appelait à un cadre budgétaire coordonné, à des contrôles de dépense et à une meilleure transparence. Ce diagnostic précède le changement de gouverneur. Il invite à examiner des contraintes structurelles, plutôt qu’à attribuer les déséquilibres à la seule personne qui dirige l’institution. [8]
L’unité financière se négocie entre institutions libyennes
Le 27 octobre, la banque a annoncé une rencontre entre Fawzi Abou Khazam et Mohamed Takala, président du Haut Conseil d’État. Le communiqué évoque les procédures de transmission des fonctions et affirme la poursuite normale des opérations. Il établit l’existence d’un dialogue institutionnel ; il ne vaut pas, par lui-même, publication d’une délibération formelle du Haut Conseil sur la nomination du 2 novembre. [10]
La question de l’indépendance concerne les citoyens autant que les responsables politiques. Le paiement des salaires, l’accès aux devises pour les transactions autorisées, la fiabilité des banques et la stabilité des prix dépendent d’une continuité institutionnelle. Protéger cette continuité ne dispense pas du contrôle public : une institution indépendante doit pouvoir expliquer ses décisions, publier des comptes et répondre aux organes habilités à l’évaluer.
Les administrations, les équipes bancaires et les professionnels libyens disposent d’un rôle propre dans la reconstruction de procédures communes. La médiation internationale peut aider à maintenir un espace de négociation, mais ne remplace ni les actes des institutions libyennes ni leur exécution. Le débat porte ainsi sur la capacité de l’État à gérer des ressources nationales dans un cadre vérifiable, au-delà de l’équilibre temporaire entre dirigeants.
Des récits de passation à éclaircir, des actes à publier
La transition a été accompagnée d’informations qui ne doivent pas être aplaties en un récit unique. Le 22 octobre, LANA a relayé un communiqué de la banque dénonçant l’entrée de personnes dans son siège et dans le bureau du gouverneur en son absence. Reuters rapporte ensuite la suppression de cette déclaration et une communication bancaire décrivant une transmission cordiale des fonctions. Le corpus ne permet pas de reconstituer indépendamment l’incident ni d’en établir les responsabilités. [11, 12]
Les motifs personnels de la démission de Naji Issa ne sont pas établis par les pièces utilisées ici. Il serait donc infondé de transformer la succession en preuve d’une sanction, d’un accord clandestin ou d’une contrainte déterminée. Les événements vérifiés doivent rester distincts des interprétations possibles.
Pour apprécier la solidité institutionnelle de la nomination, il faudrait réunir la décision complète du 2 novembre, les documents de consultation entre les organes concernés et les éventuelles observations juridiques. Pour mesurer l’indépendance financière, il faudrait aussi disposer de comptes consolidés, d’informations sur les demandes de financement et de décisions motivées des comités. Le nombre de réunions et les déclarations de continuité ne suffisent pas à répondre à ces questions.
La nouvelle direction sera jugée sur les règles qu’elle applique
Une première trajectoire serait une continuité renforcée : fonctionnement commun des services, publication des décisions de gouvernance et coordination budgétaire plus rigoureuse. Si ces avancées s’accompagnent d’un contrôle des engagements publics et d’informations financières comparables, le changement de direction pourrait contribuer à stabiliser les anticipations. Le résultat resterait tributaire des recettes pétrolières et des décisions prises hors de la banque.
Une deuxième trajectoire serait le maintien des opérations courantes sans réduction des pressions de financement. La banque pourrait alors assurer les paiements tout en conservant des tensions sur les réserves et le change. Le succès d’une transmission administrative ne suffirait pas à démontrer la soutenabilité de la politique économique.
Une troisième trajectoire verrait réapparaître une contestation institutionnelle ou des obstacles à l’exécution commune des décisions. Il faudrait alors en vérifier les actes précis, sans annoncer par avance une nouvelle rupture. Au 6 novembre 2026, la prise de fonctions de Fawzi Abou Khazam est attestée. La consolidation de l’indépendance financière reste, elle, une question d’exercice du pouvoir, de transparence et de responsabilité.
Actes institutionnels et données financières de référence
[1] Banque centrale de Libye, communiqué sur la prestation de serment de Fawzi Abou Khazam, 4 novembre 2026, renvoyant à la décision parlementaire du 2 novembre.
[2] Banque centrale de Libye, déclaration du conseil d’administration du 25 octobre 2026, prise de fonctions au 22 octobre et comités de gouvernance.
[3] MANUL, déclaration sur l’intégrité et l’indépendance de la Banque centrale de Libye, 23 octobre 2026.
[4] MANUL, intervention à la signature de l’accord entre la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État, 26 septembre 2024.
[5] Agence LANA, acceptation provisoire de la démission de Naji Issa et désignation intérimaire, 22 octobre 2026.
[6] Agence LANA, vote de la Chambre des représentants à Sebha, 2 novembre 2026.
[7] Banque centrale de Libye, état des recettes et dépenses de janvier à septembre 2026 et annonce de publication du 8 octobre 2026.
[8] FMI, déclaration de fin de mission au titre de l’article IV sur la Libye, 10 avril 2026. Il s’agit d’une appréciation des services du Fonds.
[9] Banque centrale de Libye, réunion du gouverneur avec les directeurs de services à Benghazi, 5 novembre 2026.
[10] Banque centrale de Libye, entretien avec Mohamed Takala, 27 octobre 2026.
[11] Agence LANA, communiqué bancaire dénonçant une entrée dans les locaux du gouverneur, 22 octobre 2026.
[12] Reuters, compte rendu de la nomination de Fawzi Abou Khazam et des communications contradictoires sur la passation, 2 novembre 2026. État des faits au 6 novembre 2026.

