Le financement de la BID accélère un corridor déjà engagé

La Mauritanie et le Mali ont franchi en 2026 plusieurs étapes concrètes vers une interconnexion électrique à haute tension capable de relier leurs réseaux à l’architecture énergétique de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). L’avancée la plus récente sur le plan financier est l’accord conclu entre Nouakchott et la Banque islamique de développement (BID) pour 55,19 millions d’euros, destiné à l’interconnexion Mauritanie–Mali et à des centrales solaires associées. L’Assemblée nationale mauritanienne a ensuite autorisé la ratification du mécanisme de financement en mai.

Le titre doit toutefois être lu avec précision. La BID soutient le projet sans en être l’unique financeur ni l’origine. Le PIEMM est antérieur à l’accord de 2026 et repose sur un montage multibailleur associant notamment la Banque africaine de développement, le Fonds d’investissement climatique et le Fonds OPEP. Les infrastructures ne sont pas encore achevées et la continuité jusqu’au Mali dépend toujours de plusieurs étapes de financement et de mise en vigueur.

Ce qui est établi au 30 août 2026 est donc une progression réelle, mais non l’achèvement de l’interconnexion. La Mauritanie a sécurisé et contractualisé une partie importante des travaux sur son territoire ; le financement de la BID renforce le dispositif ; la partie malienne demeure indispensable pour transformer ces avancées nationales en corridor électrique pleinement transfrontalier.

Un projet qui relie accès à l’électricité, solaire et intégration régionale

Le PIEMM répond à trois contraintes structurelles communes aux deux pays : un accès encore incomplet à l’électricité, une offre qui peine à suivre la demande et une forte exposition aux combustibles fossiles. Le projet prévoit une infrastructure de transport à 225 kV, des postes électriques, des raccordements de localités et des composantes solaires. La Banque africaine de développement le rattache à l’initiative Desert to Power, dont l’objectif est d’accroître la production solaire et les échanges électriques dans le Sahel.

Les documents de la BAD projettent environ 2,2 millions de bénéficiaires en Mauritanie, 80 000 nouveaux ménages raccordés dans 150 localités agro-pastorales, ainsi qu’environ 500 000 bénéficiaires et 20 000 ménages dans une cinquantaine de localités de la région de Kayes au Mali. Il s’agit d’objectifs de projet, non de raccordements déjà réalisés.

Le corridor présente aussi une fonction régionale. Il doit offrir à la Mauritanie une liaison renforcée avec le réseau interconnecté de l’OMVS et au Mali une voie supplémentaire d’approvisionnement. L’interconnexion ne crée pas automatiquement de l’énergie disponible : elle augmente surtout la capacité des réseaux à mutualiser leurs ressources lorsque production et contrats d’échange existent.

55,19 millions d’euros de la BID, mais un financement bien plus large

Le Conseil d’administration de la BID a approuvé le 13 décembre 2025 un financement de 55,19 millions d’euros pour l’interconnexion Mauritanie–Mali et les centrales solaires associées. La Mauritanie a ensuite signé le 9 mars 2026 un accord d’ijara portant sur cette opération. Le ministère mauritanien des Affaires économiques et du Développement arrondit l’enveloppe à 55,2 millions d’euros. Le 18 mai, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi relatif à cet accord, ce qui constitue une étape juridique essentielle pour sa mise en œuvre nationale.

Cette somme ne correspond pas au coût total du PIEMM. Les documents de la BAD situent l’ensemble du projet à plusieurs centaines de millions d’unités de compte, tandis que le ministère mauritanien de l’Énergie présente le corridor Nouakchott–Néma auquel il s’articule comme un programme d’environ un milliard de dollars. Les 55,19 millions d’euros de la BID ne doivent donc pas être présentés comme le financement intégral de l’interconnexion.

Une autre étape a été franchie le 28 avril 2026 avec la signature de contrats de travaux à Nouakchott. Le groupement Sino Hydro/SOCOL doit construire la ligne Kiffa–Tintane sur 114 kilomètres et les postes associés. Le groupement JSPDI/CPECC doit réaliser le tronçon Tintane–Aïoun sur 70 kilomètres et son poste. Le contrôle et la surveillance sont confiés au groupement Artelia/S4E sous supervision de la SOGEM. Le ministère mauritanien de l’Énergie chiffre ces travaux à 135 millions de dollars, financés par le Groupe de la BAD, le Fonds d’investissement climatique et le Fonds OPEP pour le développement international. Là encore, ces 135 millions concernent des lots déterminés et non l’intégralité du corridor.

La frontière électrique ne sera franchie qu’avec la phase malienne

L’enjeu est désormais d’enchaîner les segments physiques jusqu’au réseau malien. La fiche publiée par le ministère malien de l’Énergie distingue une première phase mauritanienne — Kiffa–Tintane et Tintane–Aïoun — et une seconde phase transfrontalière prolongeant la ligne vers Yélimané puis Kayes, où elle doit rejoindre le réseau malien et l’architecture de Manantali.

Le ministère malien indique que les accords concernant le tronçon Yélimané–Tintane–Kiffa ont été signés par le Mali et la Mauritanie, mais que le processus de mise en vigueur restait en cours côté malien. Pour Kayes–Yélimané, il signalait encore des négociations attendues avec la Banque ouest-africaine de développement. Il mentionne également la ratification attendue d’un financement BAD pour une partie de la phase transfrontalière. Les informations publiques consultées au 30 août ne permettent pas d’établir que l’ensemble de ces étapes a depuis été définitivement achevé.

Cette distinction est stratégique. Une ligne moderne sur le seul territoire mauritanien améliore déjà la desserte intérieure, mais elle ne produit pas encore tous les effets d’un marché régional. Le bénéfice supérieur apparaît lorsque le réseau franchit effectivement la frontière, se raccorde à Kayes et permet des flux contractualisés entre systèmes nationaux. C’est à ce stade que l’infrastructure peut renforcer la redondance, la stabilité et la capacité de secours mutuel.

Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est de transformer les frontières en réseaux

Le PIEMM illustre une logique de souveraineté énergétique qui ne se confond pas avec l’autarcie. Pour des systèmes électriques africains de taille limitée, la souveraineté peut au contraire résider dans la multiplication des sources, des interconnexions et des capacités de négociation. Un pays dépendant d’une seule centrale, d’un seul combustible ou d’un seul axe de transport est vulnérable. Un réseau maillé avec des voisins et alimenté par plusieurs technologies dispose d’une marge de sécurité plus grande.

L’OMVS fournit un cadre africain déjà éprouvé. La SOGEM gère le patrimoine énergétique de Manantali et l’organisation possède une expérience de partage d’infrastructures entre États. L’extension vers la Mauritanie peut donc renforcer une architecture régionale portée par des institutions africaines, même avec des financements multilatéraux extérieurs.

La valeur stratégique dépendra cependant des règles d’exploitation. Les contrats d’achat et de transit, les tarifs, la disponibilité réelle des capacités, la maintenance, la répartition des coûts et la gouvernance des flux détermineront la part du bénéfice conservée par les économies nationales. L’enjeu ne consiste pas seulement à construire des pylônes, mais à créer un système où l’électricité soutient l’industrialisation, l’irrigation, la transformation agroalimentaire, les services numériques et les petites entreprises dans les territoires traversés.

Des composantes solaires à des stades d’avancement différents

Le volet solaire exige lui aussi une lecture prudente. Les documents institutionnels associent clairement le PIEMM à une augmentation de la capacité photovoltaïque. La BAD a notamment publié en avril 2026 un appel relatif aux études de faisabilité, de bancabilité et d’impact environnemental d’une centrale solaire photovoltaïque de 50 MWc avec stockage par batteries à Néma. Une étude n’est cependant pas une centrale construite : le financement, l’attribution, la construction et la mise en service constituent des étapes distinctes.

Cette différence de maturité impose de ne pas additionner les annonces solaires comme des capacités déjà disponibles. Certaines composantes sont en travaux, d’autres en contractualisation ou en étude ; les calendriers des lignes, postes, centrales et raccordements ruraux diffèrent.

Une autre incertitude concerne le coût final. Les montages ont été structurés sur plusieurs années et avec plusieurs bailleurs ; les montants publiés peuvent couvrir des périmètres différents. La transparence devra donc distinguer clairement le coût global du PIEMM, les lots mauritaniens, les lots maliens, les centrales solaires, les raccordements ruraux et les financements de chaque partenaire. Cette ventilation est indispensable pour mesurer l’exécution réelle et éviter de compter deux fois une même composante.

La prochaine étape : passer des contrats aux flux d’électricité

La perspective favorable est celle d’un corridor achevé avant la fin de la décennie, capable d’acheminer une production diversifiée entre Nouakchott, l’intérieur mauritanien, la zone frontalière, Kayes et le réseau OMVS. Les documents retiennent un horizon d’exécution allant jusqu’à 2030-2031 selon les composantes. Sous réserve des financements et des travaux, l’infrastructure pourrait réduire les coûts de délestage et améliorer la continuité du service.

Il reste cependant plusieurs conditions. Le Mali doit achever les étapes financières et juridiques encore ouvertes sur les tronçons transfrontaliers. Les compensations foncières et exigences environnementales doivent être exécutées. Les réseaux de distribution doivent suivre le rythme du transport, faute de quoi une grande ligne peut traverser des territoires sans améliorer assez vite l’accès local. Enfin, la capacité d’EDM-SA, de la SOMELEC, de la SOGEM et des régulateurs à maintenir les ouvrages et organiser les échanges sera aussi importante que la construction elle-même.

Le signal de 2026 demeure néanmoins significatif : financement de la BID, ratification parlementaire mauritanienne et signature de contrats de travaux montrent que le projet a dépassé le stade d’une simple intention diplomatique. La mesure de son succès sera plus exigeante : kilomètres effectivement mis sous tension, postes opérationnels, mégawatts solaires raccordés, ménages alimentés, fiabilité du service et volume réel d’électricité échangé entre les pays. C’est à partir de ces indicateurs que l’interconnexion pourra être jugée comme un instrument d’intégration et de souveraineté énergétique africaines.

Des sources convergentes, mais un suivi d’exécution encore nécessaire

Les sources institutionnelles convergent sur l’existence du PIEMM, son objectif régional, l’appui de la BID, la ratification mauritanienne et la contractualisation de plusieurs lots. Elles convergent également sur le fait que le projet est multibailleur et qu’il associe transport à haute tension, raccordements et solaire. La documentation est donc robuste sur l’architecture et sur les décisions déjà prises.

Les limites portent sur l’état exact de la phase malienne à la date du 30 août 2026 et sur la consolidation financière de l’ensemble des composantes. Les pages institutionnelles maliennes consultées signalent encore des démarches en cours pour certains financements et certaines mises en vigueur. En l’absence d’un document public plus récent attestant la clôture de ces étapes, l’article les maintient comme zones à confirmer plutôt que de présenter la liaison transfrontalière comme définitivement financée et exécutable sur toute sa longueur.

SOURCES INSTITUTIONNELLES ET DOCUMENTAIRES

  • Banque islamique de développement — Conseil d’administration, approbation du financement de 55,19 millions d’euros pour l’interconnexion Mauritanie–Mali et les centrales solaires associées, 13 décembre 2025.
  • Ministère mauritanien des Affaires économiques et du Développement — signature des accords avec la BID, dont 55,2 millions d’euros pour l’interconnexion électrique et les centrales solaires associées, mars 2026.
  • Assemblée nationale de Mauritanie / Agence mauritanienne d’information — adoption de l’accord d’ijara signé le 9 mars 2026 pour le PIEMM, 18 mai 2026.
  • Ministère mauritanien de l’Énergie et du Pétrole — signature des contrats de travaux Kiffa–Tintane et Tintane–Aïoun et présentation du corridor, 28 avril 2026.
  • Banque africaine de développement — fiche et documents du Projet d’interconnexion électrique en 225 kV Mauritanie–Mali et de développement des centrales solaires associées, PIEMM / Desert to Power.
  • Ministère malien de l’Énergie et de l’Eau — Projet Manantali II : situation des phases Kiffa–Tintane–Yélimané–Kayes et état des financements.
  • SOGEM–OMVS — avis et résultats de passation de marchés relatifs aux lignes 225 kV du PIEMM.
  • Banque africaine de développement — appel à manifestation d’intérêt pour les études d’une centrale solaire de 50 MWc avec stockage à Néma, 22 avril 2026.

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