Scène illustrative de deux professionnels soudanais examinant un poste de transformation électrique à l’arrêt.AFR-001 — Illustration éditoriale générée.

Les frappes signalées à la fin d’octobre et au début de novembre 2026 menacent bien davantage que l’éclairage des villes. Elles atteignent les installations dont dépendent les soins, l’eau et la production, tandis que l’identification des responsables exige une enquête distincte.

Quand la panne électrique interrompt les soins

Une coupure de courant peut devenir une urgence médicale collective. Dans un entretien publié par ONU Info le 3 novembre 2026, Denise Brown, coordinatrice humanitaire des Nations unies au Soudan, rapporte l’interruption des dialyses de 25 patients dans un hôpital situé près de Khartoum. Selon les informations reçues de l’Organisation mondiale de la santé, l’établissement ne disposait ni de groupe électrogène ni de panneaux solaires. Elle décrit aussi des centaines de camions humanitaires immobilisés faute de carburant. Ces observations montrent comment les atteintes aux infrastructures énergétiques se répercutent sur les services essentiels. [1]

La question stratégique est celle de la capacité des Soudanais à maintenir une vie économique et sociale lorsque plusieurs maillons du réseau cessent de fonctionner. Réparer une ligne ne suffit pas si le poste qui l’alimente demeure inutilisable ; rétablir le courant dans une ville ne garantit pas celui des localités voisines. L’enquête doit donc suivre les installations, leurs usages civils et les moyens de réparation, en distinguant les dommages constatés des responsabilités encore disputées.

Une succession de frappes sur plusieurs régions

Le 1er novembre, des attaques sont signalées contre les postes d’Abou Hamad, dans l’État du Nil, et d’Al-Dabba, dans l’État du Nord. Darfur24 rapporte des dommages importants et relaie la déclaration du gouverneur de l’État du Nil selon laquelle la remise en état d’Abou Hamad demandera du temps. Cette information locale renseigne les conséquences immédiates, sans constituer à elle seule une expertise technique exhaustive. [2]

Le 2 novembre, Sudan Tribune fait état de frappes sur Aroma et New Halfa, dans l’État de Kassala, ainsi que sur une installation de distribution dans la zone de Merowe. Le journal attribue les attaques aux Forces de soutien rapide, en s’appuyant notamment sur des sources locales. Cette attribution doit rester explicitement rattachée à ses informateurs : elle ne vaut pas publication d’une analyse indépendante des trajectoires, des débris ou de la chaîne de commandement. [3]

Ces épisodes prolongent une dégradation plus ancienne. Dans son rapport d’avril 2026, Le coût de l’inaction, le Comité international de la Croix-Rouge décrit déjà les effets cumulés de la guerre sur les hôpitaux, l’eau, l’électricité et les communications. Les frappes récentes touchent donc des services dont les capacités de remplacement ont été éprouvées par plusieurs années de conflit. Elles ne peuvent être analysées comme une série de pannes isolées sur un système resté intact. [4]

Des dommages concordants mais des bilans incomplets

Le noyau documentaire est cohérent : des installations énergétiques ont été atteintes dans plusieurs États et les perturbations concernent des usages civils. Les signalements locaux permettent de nommer des postes et des villes ; l’alerte humanitaire permet de documenter certaines conséquences sanitaires. En revanche, les décomptes publiés ne portent pas toujours sur le même objet : nombre de frappes, nombre de postes touchés ou nombre d’équipements devenus inutilisables. Les additionner produirait un total trompeur. [1⁠–⁠3]

Une centrale de production, un poste de transformation et une ligne de transport remplissent des fonctions différentes. Un poste qui reçoit puis redistribue l’électricité peut interrompre l’alimentation d’une zone alors que la centrale continue de produire. La presse locale identifie précisément Aroma comme un nœud de transformation et de redistribution. Cette fonction aide à comprendre l’étendue possible des coupures ; elle ne permet pas de calculer sans données d’exploitation le nombre exact d’usagers privés de service. [3]

Le 31 octobre, le secrétaire général de l’ONU a condamné l’intensification des attaques de drones commises par les parties au conflit, y compris contre les infrastructures essentielles. Son communiqué appelle à protéger les civils et à cesser les hostilités. Il établit la position de l’Organisation et la gravité de son alerte ; il ne fournit pas, pour chaque installation électrique, une attribution individualisée ni un rapport d’expertise. [5]

Le coût se propage au-delà du transformateur

L’électricité relie des activités qui apparaissent séparées dans les bilans de destruction. Le rapport du CICR expose cette interdépendance : l’arrêt de l’alimentation compromet le fonctionnement des services hospitaliers et des réseaux d’eau ; l’affaiblissement de ces services accroît ensuite les besoins de déplacement et d’assistance. La perte d’un équipement a donc un coût immédiat, puis des effets différés sur la santé et sur la possibilité de rester dans son quartier ou son village. [4]

L’analyse économique invite à suivre également la réparation. Il faut des pièces compatibles, des équipes disponibles, un accès sécurisé et un financement. Un équipement livré mais impossible à installer ne restaure aucune capacité. Une réparation provisoire peut améliorer le service tout en laissant subsister une fragilité majeure. La durée de l’interruption est, pour les usagers, un indicateur aussi important que le coût comptable du matériel détruit.

Le recours individuel à des équipements autonomes modifie la répartition de la charge. Les ménages et entreprises capables de financer un secours peuvent limiter certaines pertes ; les autres restent dépendants du rétablissement collectif. Cette différence constitue un mécanisme plausible d’aggravation des inégalités, dont l’ampleur demanderait une enquête sur les prix, les revenus et la disponibilité réelle des équipements. Elle ne doit pas être transformée en mesure statistique faute de données.

La reconstruction dépend des capacités soudanaises

L’autonomie énergétique ne se mesure pas uniquement à la propriété publique ou privée des installations. Elle dépend aussi des compétences nécessaires pour diagnostiquer une panne, remplacer une pièce, maintenir un stock et remettre le réseau en service. Pour les administrations, les techniciens et les collectivités soudanaises, préserver ces capacités conditionne la reconstruction. Des achats d’urgence peuvent être indispensables sans constituer, à eux seuls, une stratégie durable de remise en état.

Les intérêts des usagers doivent rester visibles dans les décisions de financement. Une remise en service privilégiant uniquement les axes les plus rentables pourrait laisser de côté des centres de santé ou des localités moins solvables. À l’inverse, un programme hiérarchisé selon l’urgence civile pourrait protéger les usages vitaux tout en préparant la reprise productive. Ce sont deux logiques possibles ; les pièces consultées ne permettent pas d’affirmer laquelle commande actuellement l’ensemble des réparations.

Le droit encadre aussi l’usage de la force. Dans son communiqué du 22 octobre, le CICR rappelle que l’emploi de drones ne modifie pas les obligations de distinction, de proportionnalité et de précaution. Une technologie précise ne rend pas automatiquement licite une attaque. L’examen juridique doit porter sur la cible, les informations disponibles au moment de la décision et les dommages civils prévisibles, sans déduire la légalité du seul type d’arme utilisé. [6]

Les pièces nécessaires pour établir les responsabilités

Il manque un inventaire technique consolidé des installations touchées, avec leur état avant et après chaque frappe, la durée des interruptions et les réparations effectuées. Sans ces éléments, il est impossible de publier un coût national fiable ou d’attribuer chaque panne à une attaque. Un incident technique peut coïncider avec une campagne militaire ; cette simultanéité ne suffit pas à établir sa cause.

L’identification des responsables réclame un autre ensemble de preuves : débris authentifiés, données de trajectoire, images géolocalisées, témoignages recoupés et documents de commandement lorsqu’ils sont accessibles. Les accusations de soutien extérieur, comme celles visant l’Éthiopie rapportées par Sudan Tribune, doivent être présentées comme des accusations. La plainte annoncée par un gouvernement n’établit pas, par elle-même, la fourniture d’une arme ou la participation à une frappe. [3]

Enfin, une enquête sur les effets distributifs devrait entendre les services d’eau, les personnels de santé, les artisans et les exploitants agricoles. La documentation institutionnelle disponible est utile mais ne remplace pas leurs comptes d’exploitation, leurs relevés d’interruption ou leurs témoignages vérifiés. L’absence de ces pièces limite le chiffrage des pertes ; elle n’annule pas les atteintes aux services déjà documentées.

Trois trajectoires pour les services essentiels

Si les attaques se poursuivent et que les réparations demeurent plus lentes que les destructions, le réseau pourrait se fragmenter en zones d’alimentation instable. Ce scénario augmenterait les besoins de secours et compliquerait la reprise économique. Il s’agit d’une projection conditionnelle : aucune des sources consultées ne permet de dater une interruption générale ni d’en prévoir l’étendue.

Une stabilisation partielle serait envisageable si les équipes peuvent accéder aux installations, disposer des pièces et protéger les usages prioritaires. Des solutions autonomes pourraient contribuer à sécuriser certains services, à condition que leur entretien et leur financement soient prévus. Elles ne remplaceraient pas nécessairement les capacités requises par toutes les activités industrielles ou urbaines.

La trajectoire la plus favorable supposerait une réduction durable des hostilités et un programme de réparation contrôlable par les acteurs soudanais. Son suivi devrait publier des résultats concrets : heures de service rétablies, établissements reconnectés, coûts engagés et capacité de maintenance conservée. Le constat établi porte aujourd’hui sur la fragilisation des services ; la reconstruction exige de rendre mesurable ce qui permet effectivement aux habitants de retrouver une vie autonome.

Les documents qui fondent cette enquête

[1] ONU Info, entretien avec Denise Brown sur les attaques de drones et leurs effets humanitaires, 3 novembre 2026 ; texte intégral reproduit par Global Issues sous le titre « ‘This is not about politics. This is about people’: UN warns of impact of deadly drone strikes in Sudan ».

[2] Darfur24, « Drone Strikes Power Stations in Northern Sudan », 2 novembre 2026. Source journalistique locale et déclarations attribuées.

[3] Sudan Tribune, « Drone strikes hit Sudan power grid, cutting electricity in multiple states », 2 novembre 2026. Les attributions militaires et accusations diplomatiques sont celles des sources citées par le journal.

[4] CICR, Sudan — The cost of inaction, avril 2026, développement consacré aux infrastructures et aux services essentiels.

[5] Nations unies, déclaration du porte-parole du secrétaire général sur l’intensification des attaques de drones au Soudan, 31 octobre 2026.

[6] CICR, « Sudan: Aerial attacks on populated areas are endangering civilian lives », 22 octobre 2026. Documentation consultée le 7 novembre 2026.

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