Portrait éditorial illustratif d’Abarchi Ousmane devant un paysage désertique et des échantillons géologiques.POLINT-013 — Madaouela et la participation publique nigérienne — Illustration éditoriale générée.

La convention signée le 23 septembre 2026 attribue 40 % de Madaouela à l’État nigérien et 60 % à Atomic Eagle. Le désistement de l’arbitrage est désormais acté, mais la répartition du capital ne suffit pas à établir le financement, la rentabilité ou les retombées locales du projet d’uranium.

Un accord signé et un projet encore à développer

Le 23 septembre, à Niamey, le ministre nigérien des Mines, Abarchi Ousmane, et Phil Hoskins, représentant MAMICO et Atomic Eagle, ont signé une nouvelle convention pour Madaouela. L’Agence nigérienne de presse et l’annonce boursière de l’entreprise concordent sur la répartition : 40 % pour l’État, 60 % pour Atomic Eagle. [1][3] Cette participation publique constitue un élément central du nouvel accord ; elle ne signifie ni propriété publique majoritaire ni perception immédiate de 40 % des ventes d’uranium.

Il faut également distinguer la société, le permis et la mine. Madaouela Mining Company, ou MAMICO, porte le projet. L’accord organise son développement dans la région d’Arlit. Les documents techniques récents décrivent encore des travaux d’évaluation et d’optimisation. Aucune mise en production commerciale de Madaouela n’est établie par le dossier consulté au 5 novembre 2026. [4]

Du retrait du permis au désistement devant le CIRDI

Le gouvernement rappelle que le permis Madaouela I est revenu au domaine public par le décret n°2024-474 du 31 juillet 2024. Le Conseil des ministres du 21 août 2026 a ensuite adopté un projet de décret de réattribution à MAMICO, avec des engagements financiers et de contenu local. [2] Ces étapes précèdent la convention de septembre ; elles ne doivent pas être fondues dans une seule annonce de « reprise de la mine ».

Le registre du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements apporte une précision devenue essentielle. L’affaire GoviEx Niger Holdings et GoviEx Uranium contre la République du Niger, ARB/25/1, a été enregistrée le 2 janvier 2025. Après une demande de désistement du 29 septembre 2026, une ordonnance du 19 octobre en a pris acte au titre de la règle 44. La procédure est indiquée comme terminée. [5]

Ce résultat procédural permet de dépasser la simple annonce d’un futur retrait de l’arbitrage faite en septembre. Il ne constitue pas une sentence établissant la légalité du retrait de permis, une faute de l’État ou un droit à indemnisation. Le règlement négocié et le jugement du fond sont deux issues différentes. Les présenter comme équivalents fausserait la lecture des rapports entre le Niger et l’investisseur.

L’identité du partenaire privé a également évolué : le rapport annuel d’Atomic Eagle indique que l’acquisition de GoviEx a été achevée le 13 novembre 2025. [8] Il s’agit d’une opération de société, qu’il serait réducteur de présenter comme un simple changement de nom du titulaire historique.

Les quarante pour cent ne forment pas un bloc gratuit

Atomic Eagle détaille la participation nigérienne en deux composantes : 15 % d’intérêt porté gratuitement et 25 % d’intérêt contributif. L’entreprise conserve le contrôle opérationnel, sous réserve de la gouvernance convenue. [3] Le mot « contributif » est déterminant : les 40 % ne peuvent pas être décrits comme une participation entièrement acquise sans obligation financière. Les modalités concrètes des apports restent à apprécier dans les accords applicables.

Le gouvernement annonce une redevance initiale forfaitaire de 10 millions de dollars américains. [2] Dans son rapport du 30 octobre, Atomic Eagle indique avoir versé un premier montant de 5 millions de dollars au gouvernement nigérien pendant le mois. [4] Il s’agit d’une déclaration de paiement de l’entreprise, distincte d’une quittance du Trésor ; elle ne permet pas d’affirmer que la totalité des 10 millions a été encaissée.

La comparaison avec l’ancien montage mérite une correction de périmètre. L’ANP évoque 10 % auparavant. [1] Le rapport annuel 2025 d’Atomic Eagle décrit pourtant une participation totale de 20 % pour l’État dans l’ancienne société COMIMA : 10 % gratuits auxquels s’étaient ajoutés 10 % supplémentaires en 2019, face à 80 % pour GoviEx. [8] Le passage de 20 % à 40 % est donc étayé pour la participation totale ; la distinction entre part gratuite et part totale ne prouve pas pourquoi le compte rendu de l’ANP a retenu 10 %.

Le rendement public dépend aussi des coûts et des droits de décision

Une participation au capital ouvre une position d’actionnaire. Elle ne se confond pas avec les impôts, redevances ou versements contractuels dus à l’État. Les dividendes éventuels dépendent notamment des bénéfices distribuables et des décisions de distribution. Le remboursement de financements, les dépenses de développement et les coûts d’exploitation influencent donc la valeur économique d’une participation, même lorsque son pourcentage est clairement annoncé.

Le contrôle opérationnel attribué au partenaire privé rend tout aussi importante la capacité publique à vérifier les données. Pour apprécier l’accord, il faudrait connaître les décisions soumises à accord conjoint, les droits d’information, les règles sur les contrats avec des sociétés liées et les mécanismes d’audit. Ces questions ne prouvent aucune pratique abusive ; elles déterminent ce que les 40 % permettent effectivement de surveiller et de décider.

Le financement constitue une autre étape. La communication de septembre d’Atomic Eagle distingue explicitement Madaouela du projet Dasa, porté par un autre groupe : un financement envisagé pour Dasa n’est pas un engagement financier au profit de Madaouela. [3] La proximité géographique et l’appartenance au même secteur ne permettent donc pas de transférer d’un projet à l’autre une promesse de prêt ou un calendrier industriel.

Le contenu local doit se traduire en contrats et en compétences

Le Conseil des ministres mentionne environ 1 000 emplois envisagés et une priorité aux entreprises locales pour les biens et services. [2] Lors de la signature, le ministre Abarchi Ousmane insiste aussi sur la formation et sur l’intégration de la mine au tissu productif nigérien, selon le compte rendu de l’ANP. [1] Ce sont des engagements et une orientation politique ; ils ne valent pas décompte d’emplois déjà créés.

Cette approche peut être rapprochée de la Vision minière africaine adoptée par l’Union africaine en 2009. Celle-ci lie l’exploitation des ressources aux compétences, aux fournisseurs, aux infrastructures et aux bénéfices pour les communautés, au-delà des seules recettes fiscales. [6] Le rapprochement éclaire les critères d’évaluation de Madaouela ; il ne signifie pas que la conformité de la convention à ce cadre a été auditée.

L’enjeu nigérien est alors concret : quelle part des achats pourra être réalisée par des entreprises disposant réellement de compétences et d’activité locales ? Quels postes relèveront de la construction temporaire ou de l’exploitation durable ? Quelle progression sera possible vers les métiers techniques et l’encadrement ? Les collectivités et les travailleurs ont intérêt à disposer de réponses vérifiables, car une hausse de participation nationale ne garantit pas automatiquement une répartition locale des bénéfices.

La convention complète et le financement restent à examiner

Les pièces réunies comprennent des déclarations officielles et des annonces boursières détaillées, mais pas un exemplaire intégral signé de la convention avec toutes ses annexes. Elles ne permettent donc pas d’auditer l’ensemble des clauses fiscales, de stabilisation, de financement public, de règlement des différends ou de fermeture du site. Cette limite porte sur l’accès documentaire ; elle ne démontre pas l’existence de clauses défavorables dissimulées.

Les ressources géologiques appellent la même précision. La présentation d’Atomic Eagle utilise une estimation historique établie selon le cadre canadien et la qualifie d’estimation étrangère pour sa communication australienne. [7] Une ressource estimée n’est ni un stock d’uranium déjà extrait ni une garantie de rentabilité. Les études doivent encore relier géologie, procédé, coûts et débouchés dans les conditions retenues pour le développement.

L’enquête n’a pas obtenu de position directe récente des communautés concernées sur le nouvel accord, ni de dossier environnemental complet actualisé joint à la convention. Il serait donc abusif d’affirmer leur approbation, leur opposition générale ou la maîtrise démontrée des effets futurs. Eau, déchets, sécurité des travailleurs et remise en état devront être appréciés sur des études et engagements identifiables, avec leurs mécanismes de contrôle.

Après le règlement du différend, les étapes industrielles restent ouvertes

Le rapport d’Atomic Eagle du 30 octobre vise désormais le premier trimestre 2027 pour une estimation de ressources convertie au référentiel JORC et pour une étude de cadrage. [4] Ce calendrier remplace, pour l’actualisation des ressources, l’objectif de fin 2026 encore affiché dans la communication de septembre. [3] Ces échéances restent des objectifs d’entreprise ; elles ne constituent pas une date de première production.

Si les études et le financement progressent, l’accord pourrait soutenir une nouvelle phase de développement, avec des recettes et des activités locales à vérifier au fur et à mesure. Si les paramètres économiques ou les conditions de financement ne sont pas réunis, le projet pourrait rester à l’étude malgré le règlement juridique. Le désistement réduit une incertitude précise ; il ne supprime pas les risques industriels.

La conclusion documentée est donc double : le Niger dispose d’une participation annoncée de 40 % dans une structure renouvelée, et l’arbitrage historique est clos par désistement. Pour apprécier le bénéfice national, il faudra suivre les contributions effectivement financées, les paiements reçus, les contrats locaux, les protections environnementales et, seulement ensuite, les revenus de l’exploitation.

Les sources qui distinguent accord, paiement et production

Les sources nigériennes établissent les engagements présentés par l’État. Les documents d’Atomic Eagle sont des déclarations d’entreprise identifiées comme telles. Le registre du CIRDI permet une vérification indépendante de l’état procédural, sans trancher les mérites économiques du nouvel accord.

[1] Agence nigérienne de presse, Hamza Harouna Adamou, compte rendu de la signature de la convention de Madaouela, 23 septembre 2026.

[2] Gouvernement du Niger, conclusions du Conseil des ministres du 21 août 2026, point 1.2 relatif à Madaouela I.

[3] Atomic Eagle, annonce à l’ASX, « Madaouela Mining Convention formally executed with Republic of Niger », 24 septembre 2026, notamment pages 1, 3 et 5.

[4] Atomic Eagle, September 2026 Quarterly Activities Report, publié le 30 octobre 2026, notamment pages 1–2 et 12.

[5] CIRDI, registre de l’affaire GoviEx Niger Holdings Ltd. et GoviEx Uranium Inc. contre République du Niger, ARB/25/1, désistement acté le 19 octobre 2026, consulté le 5 novembre 2026.

[6] Union africaine, présentation de la Vision minière africaine adoptée en février 2009, page « AMV – Africa Mining Vision », consultée le 5 novembre 2026.

[7] Atomic Eagle, fiche du projet Madaouela, précisions sur l’estimation historique des ressources et sa classification, consultée le 5 novembre 2026.

[8] Atomic Eagle, rapport annuel 2025 publié le 25 mars 2026, page 4 sur l’acquisition de GoviEx et note 12(b), page 50, sur l’ancienne participation dans COMIMA.

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