Serbie · Diplomatie

Belgrade remet São Tomé-et-Príncipe au centre de son agenda africain

Le partenariat entre la Serbie et São Tomé-et-Príncipe a connu une nouvelle accélération durant l’été 2026. Le 3 août, à Belgrade, le Premier ministre santoméen Américo Ramos a été reçu successivement par le chef du gouvernement serbe Đuro Macut et par le ministre des Affaires étrangères Marko Đurić. Les communiqués officiels serbes décrivent une relation amicale que les deux parties souhaitent élargir à l’éducation, à la santé, à l’agriculture, à la numérisation, à la culture et aux échanges économiques.

Cette séquence s’est prolongée le 31 août. À l’occasion de la commémoration du 65e anniversaire de la première Conférence des chefs d’État et de gouvernement du Mouvement des non-alignés, le vice-Premier ministre et ministre serbe de l’Intérieur Ivica Dačić a reçu Horácio Castro da Trindade de Sousa, ministre santoméen de la Défense et de l’Ordre intérieur. La sécurité et la lutte contre la criminalité transnationale ont alors été ajoutées aux domaines de coopération publiquement évoqués.

Le fait central est donc établi : Belgrade et São Tomé cherchent à densifier une relation déjà ancienne en multipliant les secteurs de coopération et les contacts de haut niveau. Mais le terme « renforcement » doit rester précisément défini. Les sources disponibles documentent des engagements politiques, la poursuite de programmes existants et des offres de partage d’expertise ; elles n’établissent pas, au 1er septembre 2026, un nouveau traité global, une enveloppe financière majeure ou un dispositif sécuritaire opérationnel déjà mis en œuvre.

Une relation née du non-alignement et de la décolonisation

Les relations diplomatiques ont été établies en 1977, deux ans après l’indépendance de São Tomé-et-Príncipe. Le ministère serbe des Affaires étrangères rappelle que la Yougoslavie socialiste avait soutenu la lutte d’émancipation de l’archipel et que les liens politiques restent marqués par l’héritage du Mouvement des non-alignés. Cette profondeur historique fournit aujourd’hui à Belgrade un récit de continuité qui distingue sa diplomatie africaine de celle des anciennes puissances coloniales européennes.

Le socle juridique bilatéral reste toutefois limité. La fiche officielle serbe cite notamment un accord de coopération scientifique et technique signé en décembre 1985. Une nouvelle phase s’est ouverte en février 2022, lorsque Nikola Selaković est devenu le premier ministre serbe des Affaires étrangères à effectuer une visite officielle à São Tomé-et-Príncipe. Cette visite a débouché sur un mémorandum relatif aux consultations politiques entre les deux ministères des Affaires étrangères et un mémorandum de coopération dans l’agriculture.

En juillet 2022, les deux parties ont encore élargi ce cadre avec un accord supprimant les visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et officiels ainsi qu’un instrument de coopération dans l’éducation. En décembre 2023, la Serbie a fourni vingt tonnes de semences de maïs à l’archipel, aide dont le Premier ministre santoméen Patrice Trovoada avait publiquement remercié Belgrade lors d’une rencontre en janvier 2024. Ces étapes montrent que la relation actuelle ne naît pas de zéro : elle consolide une série d’initiatives engagées depuis 2022.

Août 2026 transforme les intentions en feuille de route multisectorielle

Le rendez-vous du 3 août 2026 donne au partenariat un contenu plus large. Đuro Macut a annoncé la poursuite des bourses accordées aux étudiants santoméens dans le cadre du programme « World in Serbia ». Il a également proposé que l’Office serbe des technologies de l’information et de l’administration électronique partage son expérience afin de soutenir la modernisation de l’administration numérique de São Tomé-et-Príncipe. Ces engagements sont suffisamment précis pour être considérés comme des axes de coopération identifiés, mais ils ne valent pas encore preuve d’un programme financé et exécuté.

Marko Đurić a, de son côté, cité l’éducation, la santé, l’agriculture, la numérisation et la culture parmi les secteurs à développer. Il a aussi remercié São Tomé-et-Príncipe d’avoir confirmé sa participation à l’Expo spécialisée 2027 de Belgrade. Cette exposition est présentée par la partie serbe comme une plateforme de visibilité et de mise en relation. À ce stade, aucun volume d’investissement ou contrat commercial lié à la participation santoméenne n’est publiquement documenté.

Le 31 août, l’entretien entre Dačić et le ministre santoméen de la Défense et de l’Ordre intérieur a ajouté un volet sécuritaire. Le gouvernement serbe mentionne explicitement la lutte contre la criminalité transnationale, parallèlement à l’économie, à l’éducation et au commerce. Cette évolution est politiquement significative, mais sa portée pratique reste ouverte : aucune source institutionnelle consultée ne détaille encore un accord de police, un dispositif de formation, une coopération maritime, un financement ou un calendrier d’exécution.

Derrière la chaleur diplomatique, des échanges économiques presque inexistants

La principale faiblesse du partenariat reste économique. Selon les données reprises par le ministère serbe des Affaires étrangères, le commerce de marchandises entre les deux pays n’a atteint que 21 000 euros en 2025 : 14 000 euros d’exportations serbes et 7 000 euros d’importations depuis São Tomé-et-Príncipe. Ce niveau extrêmement faible interdit de présenter la relation comme un partenariat économique déjà substantiel, quelles que soient la fréquence des rencontres et la qualité du dialogue politique.

Ce décalage éclaire la stratégie de Belgrade. Les secteurs cités en 2026 — agriculture, santé, éducation, numérisation, culture — sont précisément ceux dans lesquels des coopérations de capacité peuvent être engagées sans nécessiter immédiatement de grands flux commerciaux. La Serbie peut mobiliser des bourses universitaires, des administrations techniques, des fournisseurs de solutions numériques et des savoir-faire agricoles. Pour São Tomé-et-Príncipe, l’intérêt dépendra toutefois de la capacité de ces coopérations à répondre à des besoins définis localement plutôt qu’à créer seulement de nouveaux débouchés pour des entreprises étrangères.

Le partenariat devra donc être évalué sur des indicateurs concrets : nombre de bourses effectivement attribuées et achevées, retour ou circulation des compétences, technologies transférées, maintenance locale, valeur créée dans l’agriculture, amélioration mesurable des services publics numériques et développement d’échanges commerciaux plus diversifiés. Sans ces données, l’expression « renforcement économique » doit rester une perspective et non un résultat.

Pour l’archipel, diversifier les partenaires sans diluer ses priorités

Du point de vue santoméen, la diversification diplomatique correspond à une stratégie plus large. En 2026, la diplomatie du pays a insisté sur les vulnérabilités propres aux petits États insulaires en développement, sur l’accès au financement, la transition numérique, l’économie bleue et la coopération Sud-Sud. Une relation avec la Serbie peut donc être pertinente si elle apporte des capacités techniques, des formations ou des projets répondant à ces priorités, sans accroître une dépendance financière ou technologique mal maîtrisée.

L’offre serbe en matière d’administration électronique mérite particulièrement d’être suivie. Pour un petit État insulaire, la numérisation peut réduire les coûts administratifs, améliorer l’accès aux services et rapprocher l’État des citoyens et de la diaspora. Mais la souveraineté numérique ne se résume pas à l’installation d’outils : elle suppose la maîtrise des données, des infrastructures, de la cybersécurité, des standards, des contrats de maintenance et de la formation des agents publics santoméens.

Le même raisonnement vaut pour la sécurité. La lutte contre la criminalité transnationale peut couvrir des besoins réels, notamment pour un État insulaire situé dans le golfe de Guinée. Cependant, tout futur dispositif devrait être apprécié selon ses finalités, sa base juridique, son contrôle démocratique, les données échangées et les compétences transférées. Une coopération sécuritaire utile pour l’Afrique est celle qui augmente les capacités souveraines locales plutôt que de créer une dépendance durable envers un prestataire extérieur.

Accords, budgets et résultats : ce que les communiqués ne disent pas encore

Plusieurs informations manquent encore. Premièrement, les sources officielles d’août 2026 ne publient pas de nouvel accord-cadre signé à l’occasion de la visite d’Américo Ramos ni de l’entretien sécuritaire du 31 août. Les axes de coopération sont donc documentés comme intentions et engagements politiques, mais pas comme un ensemble contractuel entièrement constitué. L’existence éventuelle de documents non publiés ne peut être exclue ; elle ne peut pas davantage être affirmée.

Deuxièmement, aucun budget consolidé n’est associé à ce rapprochement. Les bourses « World in Serbia » existent, l’aide agricole a déjà été matérialisée dans le passé et Belgrade offre son expertise en administration électronique, mais les montants futurs, les bénéficiaires, les calendriers et les mécanismes de suivi ne sont pas détaillés. La documentation ne permet donc pas de calculer une valeur financière du partenariat 2026.

Troisièmement, les résultats économiques restent à démontrer. Le commerce bilatéral de 2025 est marginal et aucune hausse mesurable attribuable aux rencontres d’août 2026 ne peut encore être observée. Enfin, le volet sécuritaire nécessite une vigilance particulière : sans texte d’accord, contenu de formation, mécanisme de contrôle ou données budgétaires, il serait prématuré de parler d’alliance ou de partenariat sécuritaire opérationnel.

Expo 2027 sera le premier test visible de la nouvelle phase

À court terme, la participation de São Tomé-et-Príncipe à l’Expo 2027 de Belgrade fournira un premier test concret. L’événement peut offrir à l’archipel une vitrine pour le tourisme, l’agriculture, la culture et les opportunités d’investissement. Son intérêt réel dépendra cependant des projets qui pourront être négociés, des acteurs économiques santoméens mobilisés et de la capacité à convertir l’exposition en relations commerciales durables.

Le deuxième test concernera l’éducation et le numérique. La poursuite des bourses et l’éventuelle coopération entre administrations peuvent produire des effets plus structurels que les échanges commerciaux actuels, à condition que les compétences acquises soient réinvesties dans les institutions et les entreprises santoméennes. Les prochains communiqués devront préciser les effectifs, les programmes, les responsabilités et les résultats attendus.

Enfin, la densification politique devra être mesurée à l’aune de la réciprocité. Il est établi que la Serbie valorise fortement l’appui diplomatique de São Tomé-et-Príncipe dans les enceintes internationales et sur les questions touchant à son intégrité territoriale. Pour que le partenariat soit réellement équilibré, les bénéfices pour l’archipel devront être aussi identifiables : capacités publiques renforcées, formation, technologie, valeur ajoutée locale, accès à de nouveaux marchés et meilleure marge de négociation. Au 1er septembre 2026, la dynamique est réelle ; sa transformation en gains structurels reste à confirmer.

Les sources qui permettent de mesurer le rapprochement

  • Gouvernement de la République de Serbie — « Advancing bilateral relations between Serbia, São Tomé and Príncipe », 3 août 2026.
  • Ministère des Affaires étrangères de la République de Serbie — « Đurić: Serbia Seeks to Enhance Cooperation with São Tomé and Príncipe », 3 août 2026.
  • Gouvernement de la République de Serbie — entretien Ivica Dačić / Horácio Castro da Trindade de Sousa, 31 août 2026.
  • Ministère des Affaires étrangères de la République de Serbie — fiche bilatérale « Sao Tome and Principe » : relations depuis 1977, commerce 2025 et accords publiés.
  • Ministère des Affaires étrangères de la République de Serbie — visite officielle de Nikola Selaković à São Tomé-et-Príncipe, 12 février 2022.
  • Ministère des Affaires étrangères de la République de Serbie — coopération et accord sur les visas diplomatiques et officiels, 6 juillet 2022.
  • Ministère des Affaires étrangères de la République de Serbie — entretien Ivica Dačić / Patrice Trovoada et aide de vingt tonnes de semences de maïs, 17 janvier 2024.
  • Ministère des Affaires étrangères, de la Coopération et des Communautés de São Tomé-et-Príncipe — orientations 2026 sur diplomatie, transition numérique, coopération Sud-Sud et vulnérabilités des petits États insulaires.

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