Le Plan Mattei passe devant les acteurs de sa mise en œuvre
Les 28 et 29 octobre 2026, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés italienne a poursuivi l’examen du troisième rapport sur le Plan Mattei pour l’Afrique. Elle a entendu des responsables du développement agricole, de la santé et des institutions financières. Ces auditions participent au contrôle de l’action gouvernementale ; elles ne constituent pas une nouvelle adoption du plan. [1, 2]
Le document examiné, présenté par la présidente du Conseil Giorgia Meloni, est arrêté au 30 juin 2026 et a été transmis le 2 juillet. Ce décalage compte : un chiffre figurant dans le rapport ne décrit pas nécessairement la situation à la date des auditions, et une annonce ultérieure doit être identifiée séparément. [3]
L’enjeu est de vérifier comment les partenariats annoncés se traduisent en financement, en projets exécutés et en services accessibles. Les résultats pour les partenaires africains ne peuvent se résumer au nombre d’accords signés ou à la présence d’entreprises italiennes.
Un contrôle annuel prévu depuis la création du dispositif
La gouvernance du Plan Mattei a été définie par le décret-loi nº 161 de 2023, converti par la loi nº 2 du 11 janvier 2024. Le document stratégique a été adopté par décret de la présidente du Conseil le 7 octobre 2024, après avis parlementaire. Une obligation de rapport annuel permet aux chambres de suivre l’exécution et les mesures envisagées pour l’améliorer. [4]
Le 28 octobre, la commission a entendu Federica Diamanti pour le Fonds international de développement agricole, Dante Carraro pour Medici con l’Africa Cuamm, Michele Pignotti pour SACE et Vittorio de Pedys pour SIMEST. Le 29, elle a auditionné Dario Scannapieco pour Cassa Depositi e Prestiti, ou CDP. Les comptes rendus attestent la tenue des auditions ; les seules notices de séance ne retranscrivent pas l’intégralité des échanges. [1, 2]
L’examen ne s’est pas achevé avec ces deux journées. La documentation parlementaire mentionne notamment une nouvelle audition du coordinateur de la structure de mission, Fabrizio Saggio, le 4 novembre. Au 8 novembre, les pièces consultées établissent donc un travail de contrôle poursuivi, pas un quitus général sur tous les projets. [5]
Des chiffres de portée différente dans le bilan gouvernemental
Le rapport de juin recense dix-huit pays partenaires, soixante-seize projets principaux et six axes d’intervention. Il présente environ 1,2 milliard d’euros de financements approuvés par le comité technique du Fonds italien pour le climat, quelque 4 milliards de garanties SACE mobilisées et environ 269 millions de conversion de dette engagée. Ces catégories ne mesurent pas la même chose. [3]
Un financement approuvé peut encore attendre sa contractualisation ou son décaissement. Une garantie couvre un risque et ne correspond pas, par sa valeur nominale, à un don versé. Une conversion de dette modifie l’usage ou les conditions d’une créance ; elle ne doit pas être additionnée sans méthode à un prêt ou à des capitaux privés mobilisés.
CDP rappelle une enveloppe initiale globale de 5,5 milliards d’euros et indique, sur sa page consacrée au plan, plus de 2,7 milliards de ressources engagées depuis 2024. Là encore, le terme employé est celui d’engagements. La page consultée le 8 novembre ne fournit pas, à elle seule, le montant effectivement reçu par chaque bénéficiaire final. [6]
Les six axes couvrent l’eau, l’agriculture et la pêche, l’énergie, les infrastructures physiques et numériques, l’éducation et la formation, ainsi que la santé. Le gouvernement fait de l’eau une priorité de 2026, présentée comme convergente avec l’agenda de l’Union africaine. Ce choix de programmation doit ensuite être suivi à l’échelle des projets. [3]
Prêts, dons et garanties doivent pouvoir être suivis séparément
L’architecture financière associe plusieurs institutions. Le ministère italien des Affaires étrangères définit et coordonne les priorités de coopération ; l’AICS assure des fonctions de mise en œuvre technique ; CDP intervient comme institution financière du développement et gestionnaire de fonds. D’autres instruments soutiennent l’activité internationale des entreprises italiennes. [7]
Un exemple précis est l’accord de cofinancement annoncé par la Banque africaine de développement le 17 avril 2026. Signé par son président Sidi Ould Tah et le ministre italien Giancarlo Giorgetti, il prévoit jusqu’à 140 millions d’euros : 100 millions de financements concessionnels et 40 millions de dons, imputés sur des ressources italiennes existantes et associés aux financements de la Banque. La BAD doit les administrer selon ses propres procédures. [8]
La signature est un résultat institutionnel vérifiable. Le plafond de 140 millions ne constitue cependant ni un relevé de décaissements ni la valeur de travaux déjà achevés. Cet accord complète d’autres mécanismes ; il ne doit pas être confondu avec l’ensemble de la facilité liée au processus de Rome et au Plan Mattei.
Le contrôle utile consiste à relier chaque ressource à une opération identifiable : financeur, bénéficiaire, instrument, conditions, calendrier, montant décaissé et résultat attendu. Sans cette chaîne, additionner les annonces produit un total difficile à interpréter.
Le recours aux prêts peut permettre des investissements plus importants, mais appelle un examen de leur soutenabilité. L’OCDE souligne, dans sa revue de la coopération italienne de 2026, qu’une dépendance accrue au crédit ne remplace pas nécessairement les dons pour les partenaires qui en ont le plus besoin. [9]
Borana montre le rôle des institutions éthiopiennes
Le programme d’eau de Borana, en Éthiopie, permet de regarder le partenariat à hauteur d’exécution. Le rapport d’évaluation de son financement additionnel prévoit un don de 7 millions de dollars provenant de la Rome Process/Mattei Plan Financing Facility, le RPFF. Cet apport complète une phase de programme déjà existante, au lieu d’en financer la totalité. [10]
Le document attribue au volet RPFF des objectifs précis : environ 60 kilomètres de réseau de distribution, quatre systèmes de pompage solaire et 8 300 personnes supplémentaires desservies. Ce sont des cibles, pas un comptage de réalisations établi au 8 novembre 2026. Un rapport d’évaluation préalable ne suffit pas à attester l’achèvement ultérieur des ouvrages. [10]
L’exécution relève du ministère éthiopien de l’Eau et de l’Énergie et du Bureau de l’eau et de l’énergie d’Oromia, avec des structures locales de mise en œuvre et de suivi. Les institutions africaines prennent ainsi part à la conception, à la gestion et au contrôle ; elles ne sont pas de simples destinataires d’une opération italienne. [10]
Cette organisation pose des questions concrètes : qui entretiendra les équipements, comment le service restera accessible, quels usagers seront desservis et comment leurs difficultés seront signalées ? Les réponses doivent venir des dispositifs locaux et des rapports d’exécution.
L’exemple montre aussi une limite d’attribution. Lorsqu’un fonds Mattei complète un programme antérieur, tous les résultats de ce programme ne peuvent être imputés à cette seule contribution. Il faut distinguer le socle existant et les effets supplémentaires recherchés.
Le Parlement relève des informations encore hétérogènes
Le dossier des services d’étude du 13 juillet observe que les descriptions de projets reposent sur des informations souvent hétérogènes. Il relève que les fiches détaillées concernent surtout les interventions financées par le Fonds pour le climat et le RPFF, et que la valeur financière des projets n’est pas toujours indiquée. Cette réserve est documentaire et précise ; elle ne démontre pas, par elle-même, l’échec des interventions. [4]
La revue de l’OCDE reconnaît l’impulsion politique et la mobilisation plus large des acteurs italiens, tout en soulignant les besoins de coordination, de transparence et de suivi des résultats. Son analyse porte sur une période de collecte distincte : elle ne doit pas être présentée comme un audit des auditions d’octobre. [9]
En Côte d’Ivoire, le rapport prévoit l’achèvement de l’extension néonatale d’Abobo-Est en juin 2027. L’ouvrage ne doit donc pas être présenté comme livré en octobre 2026. [3] La coexistence d’activités opérationnelles et de projets futurs est normale dans un portefeuille pluriannuel, mais elle impose un vocabulaire constant. Un centre ouvert, un personnel formé, un chantier engagé et un service réellement utilisé correspondent à des étapes différentes.
Il manque encore, dans les pièces rassemblées, un tableau homogène permettant de rapprocher pour l’ensemble des projets les engagements, les paiements, les livrables et les effets durables. Cette limite empêche de calculer un taux global de réussite solide.
Les avis des administrations partenaires ne remplacent pas davantage l’expérience des populations. La participation des collectivités, des professionnels, des organisations locales et des diasporas doit pouvoir être documentée dans la définition des besoins comme dans l’évaluation.
Les prochaines preuves devront venir des projets
Un premier progrès serait la publication régulière de données comparables pour chaque intervention, avec une distinction entre financement approuvé, contrat signé, paiement et réalisation. Cette transparence permettrait aussi de limiter le double comptage entre instruments italiens, européens et multilatéraux.
Une deuxième étape serait le suivi des services dans la durée. Pour l’eau, l’existence d’un réseau ne suffit pas : continuité, qualité, coût pour les usagers et maintenance comptent. Pour la formation, le nombre de participants ne mesure pas à lui seul l’acquisition de compétences ou leur utilisation professionnelle.
Une troisième exigence concerne le partage de la décision. Les partenaires africains doivent pouvoir identifier les priorités retenues, les conditions financières acceptées et les responsabilités de gestion. Les mécanismes de suivi nationaux et locaux peuvent rendre cette participation observable.
Les auditions des 28 et 29 octobre donnent ainsi une occasion de confronter les composantes du Plan Mattei. Le dossier atteste des partenariats et des instruments financiers en place ; la démonstration de leurs effets exige encore un suivi précis, projet par projet, au bénéfice des populations concernées.
Les pièces du contrôle parlementaire et des financements
[1] Chambre des députés, IIIe commission, bulletin des auditions informelles du 28 octobre 2026, rapport Doc. CCXXXIII, nº 3.
[2] Chambre des députés, « Montecitorio7 », nº 179, compte rendu des travaux des 28 et 29 octobre 2026 ; WebTV de l’audition de Dario Scannapieco, 29 octobre.
[3] Présidence du Conseil italien, troisième rapport sur l’état d’exécution du Plan Mattei, arrêté au 30 juin 2026, Doc. CCXXXIII, nº 3, transmis le 2 juillet.
[4] Services d’étude de la Chambre et du Sénat, dossier ES0334, « Relazione sullo stato di attuazione del Piano Mattei », 13 juillet 2026.
[5] Chambre des députés, dossier thématique « Iniziative italiane per l’Africa », mise à jour du 5 novembre 2026.
[6] Cassa Depositi e Prestiti, « Our Commitment to the Mattei Plan », page consultée le 8 novembre 2026.
[7] Ministère italien des Affaires étrangères, présentation des instruments financiers liés au Plan Mattei, 7 juillet 2026.
[8] Banque africaine de développement, communiqué sur l’accord de cofinancement avec l’Italie, 17 avril 2026.
[9] OCDE, OECD Development Co-operation Peer Reviews: Italy 2026, chapitre « Findings », sections sur le financement, la coordination et le suivi.
[10] Banque africaine de développement, Borana Resilient Water Development for Improved Livelihoods Program II — Additional Financing, rapport d’évaluation P-ET-E00-023, objectifs, financement et dispositif d’exécution, consulté le 8 novembre 2026.

