Le Paraguay offre une illustration saisissante de la schizophrénie du développement néolibéral dans le sous-continent. Alors que le pays souffre de l’une des répartitions foncières les plus inéquitables d’Amérique latine – où une poignée de propriétaires terriens et de multinationales de l’agrobusiness contrôlent la quasi-totalité des terres arables cultivées en soja transgénique –, l’État promeut agressivement une image de modernité technologique déracinée.
Les 6 et 7 juin 2026, l’attention gouvernementale (soutenue par le MITIC – Ministère des Technologies de l’Information) s’est concentrée sur la promotion du « Paraguay Blockchain Summit 2026 ». Ce sommet réunit les leaders de l’économie numérique sous le slogan ambitieux : « Le Paraguay entre dans la conversation mondiale sur l’avenir de l’argent ». Le pays ambitionne de devenir un hub régional d’innovation en capitalisant sur son abondance d’énergie hydroélectrique bon marché (barrages d’Itaipu et Yacyretá). Or, l’exploitation de cette énergie par des fermes de minage de cryptomonnaies étrangères ou des intelligences artificielles génère une richesse totalement déterritorialisée, qui ne crée ni emplois massifs ni développement industriel endogène. C’est une extraction de valeur énergétique qui invisibilise totalement les paysans sans terres (campesinos) et les peuples autochtones dépossédés.
Sur le front de la législation financière classique, le pouvoir exécutif a présenté un projet de loi modernisant le secteur des assurances, visant à renforcer la stabilité du marché selon des critères de supervision internationaux prudentiels. En parallèle, le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) a clôturé le 7 juin les candidatures pour ses stages destinés aux étudiants universitaires, avec des évaluations prévues mi-juin à Lambaré. Cette sélection technocratique garantit la reproduction d’une élite administrative urbaine, fermant les portes du pouvoir décisionnel aux secteurs ruraux et populaires.

