Au Niger, le Conseil des ministres a adopté le 10 septembre 2026 un projet de décret ouvrant le régime conventionnel du Code des investissements à NIPHARMEDIC SA. L’entreprise annonce plus de 22 milliards de francs CFA d’investissement et 161 emplois permanents à Niamey. Le test décisif sera la fabrication contrôlée de médicaments essentiels et leur arrivée, à un prix accessible, dans les structures de soins. [1]

Une usine attendue au bout de la décision fiscale

Plus de 22 milliards de francs CFA hors taxes et hors fonds de roulement sont annoncés pour une activité pharmaceutique à Niamey. Mais le chiffre décrit un engagement et le communiqué du 10 septembre, l’adoption d’un projet de décret. Ni l’usine terminée ni des lots de médicaments livrés n’y sont attestés. [1]

L’enjeu est de savoir comment une dépense fiscale éventuelle se convertira en capacité productive, en contrôles de qualité et en approvisionnement régulier. Une exonération peut alléger l’entrée d’équipements ; elle ne fournit ni les principes actifs, ni les compétences, ni un circuit jusqu’aux centres de santé. De ces maillons dépend l’effet sanitaire.

De la production déjà évoquée au nouveau projet de Niamey

Il serait inexact de présenter NIPHARMEDIC comme le commencement absolu de la fabrication de médicaments au Niger. En avril 2026, le ministre de la Santé, Garba Hakimi, a déclaré que du paracétamol, du cotrimoxazole et des sérums étaient déjà produits localement. L’Agence nigérienne de presse a rapporté ses propos sans fournir, dans cet article, une ventilation des fabricants, volumes annuels ou taux de couverture par produit. Il s’agit d’une déclaration ministérielle sur une production préexistante, non de la preuve que NIPHARMEDIC fabrique déjà ces produits. Le ministre a également reconnu des difficultés d’accès à certains médicaments dans les pharmacies. [2]

Le 18 mai 2026, le gouvernement avait annoncé un régime conventionnel pour WEST AFRICAN GLORY PHARMACETICAL SARL, en vue d’une unité à Guesselbodi : 20,47 milliards de francs CFA et 37 emplois permanents annoncés. La gamme et le stade d’exécution de ce projet ne sont pas établis par le communiqué. [3]

Le 10 septembre, le gouvernement a ensuite adopté le projet concernant NIPHARMEDIC. La société est décrite comme une société anonyme ayant son siège à Niamey et un capital social de 100 millions de francs CFA. Son objet social englobe la production, mais aussi l’importation, la distribution et l’exportation de médicaments essentiels génériques, ainsi que les équipements biomédicaux, les réactifs et l’industrie chimique. Le titre d’une reprise de l’Agence nigérienne de presse écrit « NIPHARMEDI », alors que son corps et le communiqué du Conseil des ministres écrivent NIPHARMEDIC SA ; cette dernière graphie est celle retenue ici et par le référentiel éditorial. [1][4]

Ce que les 22 milliards et les 161 postes prouvent réellement

Le Conseil des ministres attribue à la société l’engagement d’investir plus de 22 milliards de francs CFA hors taxes et hors fonds de roulement et de créer 161 emplois permanents, auxquels s’ajouteraient des emplois temporaires. Il ne publie pas, dans ce communiqué, un financement bouclé, le calendrier des décaissements, un inventaire des machines acquises, des recrutements réalisés ou une date d’ouverture. Le capital social de 100 millions de francs CFA, mentionné dans le même document, ne doit pas être confondu avec la totalité de l’investissement projeté : celui-ci représente plus de 220 fois ce capital, sans que cela démontre une insuffisance de financement. L’écart appelle la lecture du plan de financement, qui n’est pas joint. [1]

Le Code des investissements donne un premier repère. Dans le recueil de ses dispositions en vigueur diffusé par l’Agence nigérienne pour la promotion des investissements privés et des projets stratégiques (ANPIPS), l’article 29 fixe pour le régime conventionnel un seuil de 2 milliards de francs CFA, hors taxes et fonds de roulement, et 20 emplois permanents au minimum. Les engagements annoncés de NIPHARMEDIC dépassent ces seuils. Les dépasser dans un dossier ne signifie pas encore les avoir exécutés. L’article 30 fixe une durée de sept ans pour le régime, phase d’investissement comprise, avec au plus trois ans pour celle-ci. [5]

Il faut aussi dater correctement l’avantage. Le communiqué du 10 septembre dit que le Conseil a adopté un projet de décret. Le Code prévoit, aux articles 19 à 21, une décision publiée au Journal officiel et un acte qui précise le programme, le lieu, la durée, les avantages et les obligations. Le communiqué n’est pas la reproduction de ce décret individualisé, ni de son avis de publication. Les pièces publiques examinées pour cet article ne permettent donc pas de chiffrer l’avantage fiscal propre à NIPHARMEDIC ni de confirmer la date exacte à partir de laquelle elle peut effectivement l’utiliser. [1][5]

Les exonérations doivent suivre la fabrication, pas l’importation ordinaire

La différence entre produire et commercialiser est inscrite dans le Code. Son article 4 rend les industries pharmaceutiques éligibles, tandis que l’article 5 exclut les activités purement commerciales, c’est-à-dire l’achat et la vente de produits. Pour une entreprise dont l’objet social inclut à la fois usine, importation et distribution, le contrôle doit identifier précisément les matériels et intrants affectés au programme agréé. L’article 4 interdit de faire profiter une autre activité des avantages obtenus pour l’activité agréée. Il ne s’agit pas d’une accusation contre NIPHARMEDIC, mais d’une séparation indispensable pour juger le projet. [1][5]

Le recueil actualisé du Code précise la mécanique générale. En phase de réalisation, l’article 32 nouveau prévoit des exonérations sur des droits et taxes liés au programme et, sous conditions, sur les équipements importés qui y concourent directement ; il excepte la TVA sur les prestations de services et certains prélèvements sur les importations. Il retire aussi l’exonération pour des équipements importés lorsqu’il existe des équivalents fabriqués localement. En phase d’exploitation, l’article 34 traite des matières premières et emballages importés en cas d’indisponibilité d’équivalents locaux, avec des exclusions, dont la TVA. L’article 35 énumère certains impôts directs et taxes exonérés. Parler d’une exonération générale de toute fiscalité serait donc faux. Le montant et la durée applicables à cette entreprise restent tributaires de l’acte particulier. [5]

Fabriquer un médicament fini à partir d’un principe actif importé crée une activité au Niger, sans prouver la fabrication locale de ce principe. L’OMS distingue ces étapes dans son cadre africain 2025-2035. Molécules, formes galéniques, étapes réalisées à Niamey et origine des intrants ne sont pas précisées le 10 septembre. [1][6]

Après la fabrication viennent le contrôle des lots, le stockage, l’achat et la distribution, jusque dans les centres éloignés de Niamey. Les bonnes pratiques de fabrication exigent des procédés validés, des locaux adaptés et des contrôles documentés. L’investissement n’établit donc ni l’autorisation de chaque produit, ni sa qualité, ni sa disponibilité. [6][7]

Qui décide, qui contrôle et qui reçoit les bénéfices ?

L’État peut négocier des contreparties à l’incitation fiscale : réalisation du programme, nombre et qualité des emplois, formation et transfert de compétences. Les articles 15 et 18 du Code demandent notamment un suivi de l’exécution, une déclaration du démarrage, la priorité aux compétences disponibles au Niger et la conformité aux normes de qualité applicables. Ils prévoient aussi une priorité aux matériaux, produits et services d’origine nigérienne. Mais le même Code laisse à l’entreprise le choix de ses fournisseurs et de ses modes de gestion. Ces dispositions donnent un cadre ; elles ne révèlent pas, en l’absence de convention et de rapports d’exécution, l’origine effective des intrants ou la répartition future de la valeur ajoutée. [5]

L’Agence nigérienne de réglementation du secteur pharmaceutique (ANRP) est un autre acteur central. Le gouvernement décrit sa mission comme le contrôle du secteur, la surveillance du marché avant et après commercialisation et le contrôle de la qualité des produits de santé. En avril 2025, l’ANRP et le Laboratoire national de santé publique et d’expertise (LANSPEX) ont annoncé une convention de coopération en matière de contrôle qualité. Leur rôle concerne la confiance sanitaire dans des médicaments produits au Niger, quelle que soit l’origine du capital de leur fabricant. Aucune inspection ou homologation spécifique de NIPHARMEDIC n’est attestée par les documents examinés. [8][9]

L’enjeu de souveraineté porte sur les opérations réalisées localement, la formation, la maîtrise des formulations et l’accès des patients. Le cadre de l’OMS insiste sur la régulation, les compétences et le transfert technologique. Le communiqué ne révèle ni l’actionnariat ni les partenaires techniques : le siège nigérien ne prouve pas à lui seul qui contrôle la société. [1][6]

Les pièces qui empêchent encore de juger l’usine

La première pièce décisive serait le décret individualisé publié au Journal officiel, avec sa date, ses avantages exacts, les échéances et l’évaluation de la dépense fiscale. L’article 19 du Code demande que l’avis de publication fasse notamment apparaître les investissements annuels, les emplois et une estimation des incitations fiscales sur cinq ans ; l’article 21 impose que l’acte fixe le programme et les obligations. Sans ces pièces, on peut rapporter la décision gouvernementale du 10 septembre, mais pas le montant de l’avantage consommé ni son calendrier particulier. [5]

Il faudra ensuite le plan de financement, les rapports de chantier et d’exécution, la liste des produits, les capacités par ligne et la provenance des principes actifs. Autorisations, inspections et résultats de contrôle des premiers lots diraient si la production peut être distribuée. Volumes livrés, prix et ruptures hors de Niamey diraient si elle améliore l’accès. Ces pièces n’ont pas été établies pour NIPHARMEDIC dans les documents consultés.

Le précédent nigérien justifie le suivi, sans préjuger de ce dossier. Le 16 mai 2025, le Conseil des ministres a annoncé le retrait des avantages conventionnels accordés à deux projets cimentiers, invoquant la non-exécution de leurs engagements d’investissement et d’emploi après des mises en demeure. Le communiqué donne la position du gouvernement sur ces deux entreprises ; il ne constitue pas une prédiction concernant NIPHARMEDIC. L’article 22 du Code prévoit lui-même suspension ou retrait sous conditions et, dans les cas visés, restitution d’avantages. Un contrôle périodique doit éviter d’attendre plusieurs années avant de savoir si l’engagement se matérialise. [5][10]

Trois résultats possibles pour l’accès aux médicaments

Premier scénario : les financements sont réunis, les lignes mises en service, les produits approuvés et contrôlés, les achats réguliers. Le Niger gagne alors une capacité de fabrication supplémentaire, des emplois et une marge de réaction accrue en cas de tension sur les importations. L’effet précis sur les patients dépend encore des produits retenus, de leurs prix et de leur diffusion dans les régions. Ce scénario est possible, mais ses étapes ne sont pas démontrées aujourd’hui. [1][6]

Deuxième scénario : l’usine entre en activité, mais dépend fortement d’intrants importés et ne dessert qu’une partie étroite du marché. Il y aurait bien une production locale de médicaments finis, sans autonomie complète de la chaîne ni garantie d’une baisse des ruptures. Troisième scénario : retards de financement, de construction ou de conformité empêchent l’investissement et les emplois annoncés de se réaliser. Le Code prévoit des moyens de contrôle et de sanction, mais leur efficacité dépendra de l’acte publié, des rapports d’exécution et de leur application. [5][6]

Au 26 septembre 2026, l’État a annoncé une incitation à un projet pharmaceutique d’ampleur ; la production propre à NIPHARMEDIC et son impact sanitaire restent à documenter. L’autonomie se mesurera dans les ateliers, les contrôles de qualité et les lieux de soin. [1][5][7]

Documents consultés pour vérifier le projet

  1. Gouvernement du Niger, conclusions du Conseil des ministres du 10 septembre 2026, point 1.1 : décision annoncée et engagements de NIPHARMEDIC.
  2. Agence nigérienne de presse, propos du ministre de la Santé sur la production et la disponibilité, 24 avril 2026 : déclaration attribuée, sans statistiques de fabrication par entreprise.
  3. Gouvernement du Niger, conclusions du Conseil des ministres du 18 mai 2026 : projet WEST AFRICAN GLORY PHARMACETICAL.
  4. Agence nigérienne de presse, article du 10 septembre 2026 : reprise du communiqué, avec divergence typographique entre titre et corps.
  5. ANPIPS, Recueil des dispositions en vigueur du Code des investissements, mis en ligne en 2026 : art. 4-5, 15, 18-22 et 29-37. Le titre interne du PDF comporte une coquille sur l’année de la loi ; le texte et l’index de l’ANPIPS identifient la loi n° 2014-09 du 16 avril 2014.
  6. OMS Afrique, Framework for strengthening local production of medicines, vaccines, and other health technologies in the WHO African Region 2025–2035, 2024 : cadre régional, qui n’est pas une mesure spécifique au Niger.
  7. OMS, Good Manufacturing Practices : exigences techniques générales de fabrication et contrôle.
  8. Gouvernement du Niger, présentation des missions de l’ANRP, 13 août 2025 : surveillance et contrôle pharmaceutique.
  9. ANRP, convention avec le LANSPEX du 17 avril 2025 : collaboration en contrôle qualité.
  10. Gouvernement du Niger, conclusions du Conseil des ministres du 16 mai 2025 : annonce de retraits d’agréments dans le ciment.

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