Une ingénieure pétrolière et un analyste financier libyens fictifs étudient des dossiers devant une évocation d’infrastructures pétrolières et bancaires.

L’accord qui relie directement la sortie d’une crise de direction de la Banque centrale à la reprise pétrolière a été signé le 26 septembre 2024, avec une levée de la force majeure le 3 octobre suivant. Il ne s’agit pas d’un nouvel accord conclu à l’automne 2026. Un autre arrêt du pipeline Sharara–Zawiya, puis sa réouverture en septembre 2026, montrent pourquoi il faut distinguer règlement institutionnel et sécurité durable des flux.

Un pipeline rouvert ne raconte pas la même crise

Le 26 septembre 2026, la National Oil Corporation, entreprise publique libyenne du pétrole, annonce la réouverture de la vanne n° 7 du pipeline Sharara–Zawiya. Ses équipes engagent les opérations techniques de remise en route ; le débit doit retrouver progressivement son niveau habituel. La NOC remercie notamment les travailleurs du secteur, les notables locaux et les représentants communautaires qui ont contribué au déblocage. Son communiqué n’attribue pas cette issue à un nouvel accord sur la direction de la Banque centrale. [1]

Le rapprochement avec septembre 2024 est tentant : dans les deux cas, une interruption pétrolière expose une fragilité de l’économie libyenne. Mais les décisions, les acteurs immédiatement impliqués et les mécanismes de sortie ne sont pas interchangeables. L’accord sur la Banque centrale appartient à une séquence distincte, survenue en 2024.

L’enjeu dépasse la circulation du brut. Il porte sur la possibilité de transformer une ressource nationale en revenus publics prévisibles, puis en dépenses contrôlables. C’est sur ce passage, entre extraction et services rendus à la population, que doit être évaluée la portée d’un compromis financier.

De la bataille des nominations à la reprise de 2024

Selon le compte rendu de la mission des Nations unies en Libye, le Conseil présidentiel adopte, le 18 août 2024, des décrets remplaçant le gouverneur et le conseil d’administration de la Banque centrale. La Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État les rejettent. Le 26 août, les autorités désignées par la Chambre et son président annoncent la suspension de la production et des exportations pétrolières. La dispute institutionnelle se prolonge ainsi dans l’accès à la ressource. [2]

Le 26 septembre 2024, les représentants de la Chambre des représentants et du Haut Conseil d’État signent un accord facilité par l’UNSMIL. Il prévoit la désignation du gouverneur et de son adjoint, puis celle du conseil d’administration. La mission explique que le choix des responsables revient aux Libyens et rattache la procédure à leur cadre politique et juridique. À cette date, elle appelle encore à rouvrir les installations : la signature ne signifie donc pas que tout le pétrole recommence immédiatement à circuler. [3]

Le 30 septembre, l’UNSMIL salue l’approbation des candidats. La nouvelle direction prend ses fonctions le 2 octobre. Le lendemain, la NOC annonce la levée de la force majeure, ouvrant la voie à la reprise des opérations et des exportations. Cette succession documente la sortie de la crise de 2024 ; elle ne constitue pas une garantie générale contre de futurs blocages. [2] [4]

Ce que les annonces permettent réellement de mesurer

Le 8 octobre 2024, la NOC publie une production quotidienne de 1 133 133 barils de pétrole brut et de condensats. L’entreprise la présente comme un redressement intervenant quelques jours après la levée de la force majeure. Ce chiffre est un indicateur physique sur vingt-quatre heures. Il ne mesure ni les recettes nettes encaissées par l’État, ni leur répartition entre territoires ou catégories de dépenses. [5]

En mai 2026, une autre étape concerne précisément la dépense. La Banque centrale annonce le démarrage de la mise en œuvre d’un accord sur les dépenses financières unifiées. Une réunion associe son gouverneur Naji Mohammed Issa, son adjoint, le Bureau d’audit et un comité financier conjoint, avec l’appui de l’ambassade des États-Unis. Les discussions portent sur le suivi des revenus, des dépenses et les modalités techniques de décaissement. [6]

Cette annonce ne doit être confondue ni avec la nomination de 2024 ni avec un audit démontrant que toutes les dépenses sont déjà unifiées et transparentes. Elle établit l’engagement d’un mécanisme de mise en œuvre. Son efficacité doit se vérifier dans les documents d’exécution, les contrôles et les paiements effectivement réalisés.

Trois niveaux apparaissent donc : l’accord de direction, la reprise de production et l’organisation des dépenses. Ils sont liés, mais chacun réclame ses propres preuves.

Le contrôle des flux se joue à plusieurs endroits

La crise de 2024 met en évidence un mécanisme de pression : contester une autorité financière tout en interrompant la ressource qui doit l’alimenter. L’analyse de l’UNSMIL relie explicitement les deux séquences. Elle ne permet cependant pas d’attribuer à un seul acteur toutes les décisions prises sur le terrain, ni de considérer les institutions libyennes comme les exécutantes d’un plan extérieur unique. [2]

L’épisode de septembre 2026 ajoute une autre échelle. Une vanne située sur un axe de transport peut interrompre l’acheminement vers une raffinerie et des terminaux, même si l’existence de la direction bancaire n’est pas l’objet immédiat du conflit. Le communiqué de réouverture décrit une intervention conjointe, communautaire et technique. Il rend visibles des capacités libyennes de médiation et de remise en service qui disparaissent d’un récit limité aux grandes capitales étrangères. [1]

Ces capacités ne doivent pas être romancées. Le remerciement adressé aux médiateurs ne révèle pas les concessions éventuellement consenties, ni les obligations prises par les parties. De même, les travailleurs qui rétablissent un flux ne disposent pas nécessairement du pouvoir de décider de l’usage des revenus. La maîtrise technique, le contrôle matériel et l’autorité budgétaire restent des fonctions différentes.

Un règlement durable suppose qu’elles puissent fonctionner ensemble, avec des procédures de contestation qui ne rendent pas la production nationale dépendante de chaque conflit local ou institutionnel.

La souveraineté se mesure aussi après la vente

Le point de départ d’une lecture centrée sur les acteurs libyens est leur droit à décider de l’usage de leurs ressources et à demander des comptes à ceux qui les administrent. La présence d’une médiation internationale peut faciliter un compromis ; elle ne remplace pas cette responsabilité. Dans ses propos de septembre 2024, l’UNSMIL insiste d’ailleurs sur un budget unifié et une répartition transparente de la richesse. Ce sont alors des objectifs déclarés, pas des résultats déjà certifiés. [3]

Le trajet de la valeur mérite d’être suivi étape par étape : production vendue, paiement reçu, recettes enregistrées, dépenses autorisées, contrats exécutés. À chaque étape, une hausse de volume peut coexister avec une difficulté différente. Des recettes supplémentaires ne prouvent pas une meilleure qualité des équipements ; un crédit budgétaire ne prouve pas qu’un service est disponible dans une commune.

Les rapports de force internes comptent autant que l’accès aux marchés extérieurs. Les besoins des régions productrices, des villes consommatrices, des salariés et des populations éloignées des centres de décision ne se confondent pas. Évaluer leur traitement demande des données territoriales, sans présumer qu’un responsable représente uniformément tous les habitants de l’Est, de l’Ouest ou du Sud.

La souveraineté économique ne se réduit donc pas au nom inscrit à la tête de la Banque centrale. Elle se vérifie dans la continuité des institutions, la capacité de contrôle public et la transformation des recettes en biens collectifs.

Les pertes annoncées ne remplacent pas des comptes rapprochés

Le 25 septembre 2026, la NOC estime que le blocage du pipeline a entraîné plus de 75 millions de dollars de pertes financières directes jusqu’au 24 septembre. Cette évaluation appartient à l’entreprise concernée ; elle n’est pas présentée ici comme une perte budgétaire nette auditée. Son communiqué comporte aussi des chiffres quotidiens de production perdue dont l’addition ne correspond pas au total annoncé. Le volume cumulatif ne peut donc être retenu sans rapprochement ou correction. [7]

Cette incohérence ne suffit pas à nier l’interruption, confirmée par le communiqué de reprise. Elle limite la précision du bilan chiffré. Il faudrait connaître la méthode de valorisation, les possibilités de rattrapage des volumes, les coûts techniques et les éventuelles conséquences contractuelles pour estimer le préjudice final.

Concernant l’accord de dépenses unifiées, les pièces examinées n’établissent pas une ventilation complète des paiements, un audit de l’ensemble des engagements ni la disparition des circuits concurrents. Concernant la réouverture de septembre 2026, elles ne détaillent pas les termes d’une éventuelle négociation avec les auteurs du blocage. Ce sont des inconnues décisives pour apprécier la solidité des compromis.

Il n’est donc pas possible de conclure, au 10 octobre 2026, que la crise réglée en 2024 aurait mis fin à tous les usages politiques de l’infrastructure pétrolière.

Trois épreuves pour dépasser les reprises provisoires

Une première trajectoire serait celle d’une consolidation progressive : règles de nomination respectées, continuité des flux et publication de comptes permettant de rapprocher recettes et dépenses. Dans ce cas, les accords institutionnels gagneraient une portée mesurable pour les usagers des services publics. L’indicateur décisif serait la régularité de cette chaîne, et non la seule annonce d’un niveau élevé de production.

Une deuxième trajectoire verrait subsister des interruptions localisées malgré une direction bancaire stabilisée. Elle montrerait que la résolution des conflits exige aussi des médiations territoriales et des engagements vérifiables autour des installations. La reprise de septembre 2026 rend cette question concrète, sans permettre de prévoir sa répétition.

Une troisième trajectoire serait celle d’une remise en cause du compromis financier lui-même. Elle devrait être établie par de nouveaux actes, décisions ou perturbations documentées ; elle ne peut être déduite automatiquement d’un incident pétrolier.

L’accord de septembre 2024 a permis une sortie de crise identifiable. Le test de 2026 est plus exigeant : savoir si les institutions et les acteurs locaux peuvent protéger la ressource de conflits récurrents, puis rendre son produit lisible et utile à la population.

Des documents distincts pour deux séquences pétrolières

[1] NOC, réouverture du pipeline Sharara–Zawiya, 26 septembre 2026.

[2] UNSMIL, exposé de Stephanie Koury au Conseil de sécurité, 9 octobre 2024 : chronologie de la crise bancaire et de la reprise pétrolière.

[3] UNSMIL, intervention lors de la signature de l’accord, 26 septembre 2024. [4] UNSMIL, approbation des nouveaux dirigeants de la Banque centrale, 30 septembre 2024.

[5] NOC, production sur les dernières vingt-quatre heures, 8 octobre 2024.

[6] Banque centrale de Libye, début de mise en œuvre de l’accord de dépenses unifiées, 15 mai 2026.

[7] NOC, estimation des pertes liées au pipeline Sharara–Zawiya, 25 septembre 2026. Estimation attribuée ; incohérence arithmétique relevée dans les volumes publiés.

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