Le Conseil des ministres du 30 septembre 2026 a adopté un projet de décret relatif au Fonds d’électrification rurale et deux projets de loi préparant l’adhésion à des institutions financières africaines. Ces décisions ouvrent des procédures ; elles ne prouvent ni des financements déjà décaissés ni des raccordements supplémentaires.
La Rédaction — 10 octobre 2026
Des décisions financières à l’épreuve du service rendu
En Mauritanie, le financement de l’électricité rurale et l’accès à de nouveaux partenaires financiers figurent désormais dans une même séquence gouvernementale. Le communiqué officiel du 30 septembre mentionne l’organisation du Fonds d’électrification rurale, le FER, ainsi que deux projets autorisant la ratification des instruments d’adhésion au Groupe TDB et à l’ATIDI. Le rapprochement de ces dossiers présente une cohérence économique, sans démontrer qu’un financement de ces institutions a déjà été affecté au fonds. [1]
L’enjeu se mesure dans les localités concernées : coût du branchement, prix de l’énergie, régularité du service et capacité à réparer les installations. Une architecture financière peut faciliter l’investissement ; elle ne produit pas automatiquement une électricité accessible aux ménages. Pour un atelier, une exploitation agricole ou un service collectif, une puissance adaptée et une alimentation disponible au moment nécessaire comptent autant que la présence d’un équipement.
L’analyse doit ainsi suivre le passage entre plusieurs étapes : règle adoptée, ressource mobilisée, contrat conclu, installation livrée et service effectivement utilisé. Le dossier documente surtout les premières.
Un fonds créé par la loi dès 2022
Le FER ne naît pas du seul Conseil des ministres de septembre 2026. L’article 40 de la loi n° 2022-027 portant Code de l’électricité l’a créé pour financer la réalisation et le suivi de la stratégie nationale d’électrification rurale. L’article 41 renvoie à un décret pris en Conseil des ministres pour ses modalités d’organisation, de gestion et d’emploi des ressources. Cette distinction explique la portée du texte annoncé : organiser un instrument prévu par la loi. [3]
Le Code identifie plusieurs ressources possibles, parmi lesquelles les dotations de l’État, certains prélèvements liés au secteur électrique et les contributions de partenaires. Une recette autorisée n’est pas nécessairement une recette encaissée. Son rendement dépend des textes d’application, des bases de calcul et des sommes effectivement recouvrées.
Le Pacte national de l’énergie, présenté dans le cadre de Mission 300, situe ce chantier dans une trajectoire plus large. Il retient un objectif d’accès universel à l’électricité en 2030, à partir d’un taux national de référence de 55 %, et chiffre à environ 2,45 milliards de dollars le financement restant à mobiliser. Ces valeurs appartiennent au document de programmation ; elles ne constituent pas un bilan actualisé au 10 octobre 2026. [4]
Deux adhésions préparées, des engagements à préciser
Les projets du 30 septembre concernent le Groupe de la Banque de commerce et de développement de l’Afrique de l’Est et australe, TDB, et l’Agence pour l’assurance du commerce en Afrique, désignée ATIDI. Le gouvernement associe la première démarche à la diversification des financements et la seconde à la mobilisation de garanties et d’assurances. Le communiqué établit l’adoption de projets par l’exécutif. Il ne documente pas l’achèvement de toutes les étapes parlementaires et internationales. [2]
Pour l’ATIDI, la procédure publiée prévoit notamment une approbation de la demande d’adhésion par l’assemblée générale, la ratification du traité et la signature d’un accord de participation. Elle confirme que l’affiliation comporte plusieurs actes distincts. Les gouvernements africains détiennent collectivement la majorité des actions, selon cette même présentation institutionnelle. [6]
Les listes de membres consultées sur les sites des deux institutions ne mentionnent pas la Mauritanie. Ces listes peuvent être actualisées avec retard : leur silence ne constitue donc pas une preuve suffisante de non-adhésion. Il renforce seulement la nécessité d’obtenir un acte d’admission ou une notification officielle avant d’écrire que tous les droits et obligations liés à l’affiliation sont déjà effectifs. [5, 6]
Comment une garantie peut faciliter un investissement
Le FER, une banque de développement et un assureur multilatéral n’exercent pas la même fonction. Un fonds public peut soutenir des opérations dont les recettes commerciales sont insuffisantes. Un prêteur examine les conditions de remboursement. Un assureur couvre certains risques définis au contrat. Leur articulation pourrait rendre réalisables des projets qui ne réunissent pas seuls les conditions financières nécessaires.
Un exemple permet de comprendre le mécanisme sans présumer de son application en Mauritanie. La facilité régionale de soutien à la liquidité de l’ATIDI, la RLSF, protège des producteurs indépendants d’électricité renouvelable contre certains retards de paiement d’acheteurs publics. Après indemnisation, l’institution prévoit de rechercher le remboursement des sommes versées auprès de l’opérateur public et du ministère des Finances concernés. La garantie organise donc la prise en charge du risque ; elle ne le fait pas disparaître. [7]
L’ATIDI a annoncé en juillet 2025 une garantie pour le projet solaire de Sokodé, au Togo. Ce précédent illustre l’existence d’un instrument mobilisable pour un projet identifié. Il ne permet pas de transposer à la Mauritanie les conditions togolaises, d’affirmer qu’une garantie y a été accordée ou d’annoncer une baisse future du prix de l’électricité. [7]
L’évaluation économique devrait intégrer le coût complet du montage : intérêts, primes d’assurance, frais, subventions et obligations publiques éventuelles. Un prêt affichant un taux plus faible peut s’accompagner d’autres charges. Seuls les contrats permettraient de comparer les solutions sur une base homogène.
La capacité de négocier se construit aussi dans les villages
Diversifier les partenaires africains peut élargir les possibilités de financement du pays. L’effet sur son autonomie dépendra toutefois des conditions négociées, des droits de décision et de l’apprentissage acquis par les acteurs mauritaniens. La qualification « africaine » d’une institution ne renseigne pas, à elle seule, sur tous ses financeurs ou sur chaque contrat.
Le registre du Groupe TDB distingue des membres régionaux, des membres non régionaux et des institutions actionnaires. Il mentionne notamment des États africains, la Banque populaire de Chine, une banque de développement biélorusse et plusieurs organismes financiers. Cette composition documente une coopération financière plurielle ; elle ne prouve aucune domination particulière sans examen des droits de vote et des décisions. [5]
À l’échelle locale, la question porte sur les compétences et les revenus qui resteront dans le pays. Si des entreprises mauritaniennes peuvent participer à l’installation, à la maintenance et à la fourniture de services, l’investissement peut développer une capacité productive durable. Si l’exploitation dépend longtemps de prestations importées sans transfert de savoir-faire, les dépenses peuvent continuer à sortir du territoire. Ce sont deux mécanismes possibles, dont le poids réel nécessitera les marchés et leurs conditions d’exécution.
La place des usagers importe également. Un dispositif peut accroître le nombre de connexions sans rendre le service abordable pour les ménages les moins solvables. Les associations locales, les collectivités et les utilisateurs professionnels ont des besoins différents : les agréger sous une promesse générale d’électrification ferait disparaître les effets distributifs de la réforme.
Les montants et les responsabilités encore à documenter
Le communiqué gouvernemental ne donne pas le montant d’une dotation effectivement versée au FER à la suite du Conseil du 30 septembre. Il ne publie pas davantage une liste de prêts TDB ou de garanties ATIDI attribués à des projets mauritaniens dans le cadre des démarches annoncées. L’absence de ces données dans le document consulté limite les conclusions ; elle ne signifie pas qu’aucune discussion financière n’existe.
Les pièces prioritaires sont le décret intégral publié, les lois de ratification, les actes d’admission, les engagements de capital, le budget du fonds et ses règles de sélection. Les contrats devraient ensuite préciser les bénéficiaires, les échéances, la monnaie de remboursement, les mécanismes de contrôle et la répartition des risques.
Un deuxième ensemble de données concerne le service rendu : localités desservies, connexions actives, tarifs, interruptions et capacités de maintenance. Un inventaire d’équipements serait insuffisant pour mesurer la continuité de l’alimentation. De même, l’annonce d’un crédit ne permet pas de déterminer quelle part atteint effectivement les usages ruraux.
La documentation internationale consultée apporte surtout un cadre de programmation ou présente les produits des institutions concernées. Elle ne fournit pas une évaluation indépendante des effets du dispositif adopté fin septembre. Le bilan distributif reste donc à construire.
Trois résultats possibles derrière une même annonce
Un premier scénario verrait le FER doté de ressources régulières et relié à des projets sélectionnés sur des critères publiés. Les instruments financiers supplémentaires pourraient alors contribuer à étendre l’accès, sous réserve de contrats soutenables et d’une exécution contrôlée. Le résultat se mesurerait au service disponible et à son coût pour les usagers.
Un deuxième scénario serait celui d’un décalage durable entre organisation institutionnelle et alimentation financière. Le fonds existerait juridiquement, mais les versements, les contrats ou les travaux prendraient du retard. Pour départager difficultés transitoires et blocage structurel, il faudrait suivre les crédits ouverts, engagés et payés, ainsi que les échéances de livraison.
Un troisième scénario favoriserait les opérations les plus rentables tout en laissant les localités isolées dépendantes de subventions insuffisantes. Ce risque est une question de conception et de contrôle : il ne démontre pas que les autorités ont retenu cette orientation.
L’étape du 30 septembre est donc documentée comme une préparation juridique et financière. Son apport à la souveraineté énergétique sera établi lorsque les ressources mobilisées se traduiront en services fiables, en dépenses supportables et en compétences durables pour les populations concernées.
Les textes qui permettent de suivre l’exécution
1. Primature de Mauritanie, 30 septembre 2026, communiqué n° 29/2026 du Conseil des ministres, versions arabe et française.
2. Agence mauritanienne d’information, 30 septembre 2026, compte rendu des projets d’adhésion et d’organisation du FER.
3. Journal officiel, loi n° 2022-027 portant Code de l’électricité, texte intégral conservé par FAOLEX, articles 40 et 41, pages imprimées 719-720.
4. République islamique de Mauritanie, Pacte national de l’énergie, Mission 300, objectifs et financement programmé, notamment pages 4 à 7.
5. Groupe TDB, composition de l’actionnariat et représentation des membres, consultée le 10 octobre 2026.
6. ATIDI, procédure d’adhésion et liste des États membres, consultées le 10 octobre 2026.
7. ATIDI, présentation de la facilité RLSF et annonce concernant le projet de Sokodé, 7 juillet 2025. Documentation du fournisseur d’assurance ; aucun contrat mauritanien n’est établi par ces pages.

