Scène fictive d’une juriste accueillant une femme dans un centre administratif gambien consacré aux mobilités.

La Rédaction — 10 octobre 2026

L’adoption définitive et l’entrée en vigueur restent à confirmer ; le projet permet déjà d’examiner l’articulation entre contrôle et protection.

Le Parlement gambien a approuvé la deuxième lecture du projet le 16 juin 2026, puis engagé son examen détaillé. Les fiches officielles obtenues ne documentent pas son adoption définitive. Les sanctions et garanties analysées ci-dessous sont donc celles du projet publié, sans les présenter comme un droit nouveau déjà applicable. [1, 2]

Un vote de deuxième lecture ne suffit pas à faire une loi

Le titre du référentiel appelle une précision décisive. Dans son suivi parlementaire, l’Assemblée nationale situe la première lecture au 8 juin 2026, puis la deuxième au 16 juin. Elle indique que l’examen disposition par disposition a commencé le 29 juin, sans être achevé : les travaux s’étaient alors arrêtés à la quatrième partie. Cette fiche a été actualisée le 14 juillet. Une autre, mise à jour le lendemain, porte toujours la mention d’examen en commission. [1, 2]

Le 17 juin, The Gambia Journal a titré sur un projet « adopté », tout en précisant dans son article qu’il s’agissait de la deuxième lecture et que d’autres étapes restaient nécessaires. Ce titre de presse ne peut donc servir seul à annoncer une loi achevée. [11]

L’article 100 de la Constitution consultée rattache l’exercice du pouvoir législatif aux projets votés par l’Assemblée et ayant reçu l’assentiment du président. Au 10 octobre, les pièces obtenues ne permettent pas de certifier l’achèvement de cette chaîne pour l’Immigration Bill. Elles permettent en revanche d’analyser un projet réel, dont les effets éventuels concernent directement les voyageurs, les agents publics et les personnes sollicitant une protection. [4]

Une réforme issue de plusieurs chantiers gambiens

Le projet vise à remplacer l’Immigration Act de 1965 et s’inscrit, selon sa présentation officielle, dans la réforme du secteur de la sécurité. L’exécutif met en avant la modernisation du service de l’immigration, de sa gestion et de sa responsabilité administrative. Ces objectifs renseignent l’intention gouvernementale ; ils ne constituent pas une mesure d’efficacité ou une évaluation indépendante de la qualité du texte. [2]

Le rapport de la Commission nationale des droits de l’homme consacré à 2024 retrace des travaux antérieurs : un projet sur le trafic illicite de migrants en 2019, un chantier général sur l’immigration en 2023, puis leur rapprochement en 2024, dans un contexte de contraintes financières et techniques. La Commission recommandait d’accélérer le texte, mais aussi de former les personnels et d’informer la population. Cette genèse empêche de réduire la réforme à une réaction soudaine à un seul événement migratoire. [5]

La protection des réfugiés possède, elle aussi, une histoire nationale antérieure à 2026. Le Refugee Act a été adopté le 23 octobre 2008 et a reçu l’assentiment présidentiel le 17 novembre suivant, selon sa notice juridique. Il serait donc inexact de présenter le nouveau projet comme la naissance de tout droit d’asile en Gambie. [6]

Les sanctions proposées côtoient des exceptions de protection

Dans la version parlementaire publiée, la section 112(1) prévoit, pour l’organisation intentionnelle d’une entrée irrégulière contre avantage financier ou matériel, une amende minimale d’un million de dalasis et au moins cinq ans d’emprisonnement. La section 129 exclut la responsabilité du migrant au titre du fait d’avoir lui-même fait l’objet du trafic illicite. La section 58(3) introduit des protections pour la personne demandant l’asile à la frontière lorsqu’un retour l’exposerait aux dangers qu’elle énumère, et pour les victimes de traite. La section 149 prévoit des garanties dans les procédures de retour, dont l’accès à des recours et la protection contre le refoulement. Ce sont les dispositions du projet consulté, susceptibles d’amendements, et non des sanctions dont l’application en 2026 serait ici établie. [3]

Cette exemption ne signifie pas une immunité pour tout acte distinct. Le projet ne permet pas non plus d’affirmer une augmentation uniforme de toutes les sanctions : il faudrait comparer chaque infraction au droit antérieur applicable.

Il faut enfin distinguer trafic illicite de migrants, traite des personnes et demande d’asile. Une qualification pénale vise des faits à prouver ; une demande de protection appelle un examen propre. Les confondre peut conduire à mal identifier la personne poursuivie, la personne à protéger et le fondement de la décision.

La protection se joue au moment de la décision

L’analyse du fonctionnement attendu conduit à une question concrète : comment une personne rencontrée par un agent sera-t-elle orientée vers la procédure correspondant à sa situation ? Un dispositif cohérent suppose des entretiens compréhensibles, des décisions motivées, la possibilité de conserver une trace des démarches et un accès effectif au contrôle. Ces critères permettent d’évaluer l’exécution future ; ils ne décrivent pas des garanties dont le fonctionnement serait déjà vérifié sur le terrain.

Le journal gambien The Voice a consacré en juin un éditorial à la marge d’appréciation des agents aux frontières. Il y reconnaît les objectifs de modernisation tout en s’interrogeant sur les incohérences possibles et les abus qu’un contrôle insuffisant pourrait laisser apparaître. Cette appréciation est une position éditoriale attribuée. Elle ne prouve pas que les agents commettent les abus envisagés, mais elle met en évidence une question que la seule liste des sanctions ne résout pas. [11]

Le dialogue de juin 2026 devant le Comité des Nations unies sur les travailleurs migrants offre un autre point d’observation. Les experts ont interrogé la délégation sur la détention des enfants, la formation des agents, les mécanismes de plainte et la protection des personnes travaillant dans l’économie informelle. La délégation a présenté des politiques nationales et une coordination avec les pays voisins. Ces questions ne sont pas des constats judiciaires ; les réponses de l’État ne valent pas audit indépendant. [8]

La circulation régionale compte autant que la frontière

La perspective afrocentrée situe le dossier dans les relations entre populations ouest-africaines. Le protocole de la CEDEAO du 29 mai 1979 organise la circulation communautaire en plusieurs étapes. Il prévoit notamment l’entrée sans visa pour une visite n’excédant pas quatre-vingt-dix jours, sous les conditions documentaires et de passage définies par le texte, tout en réservant aux États certains motifs de refus. La circulation régionale n’est donc ni sans règles ni réductible à une faveur discrétionnaire. [9]

Une étude d’Aderanti Adepoju, Alistair Boulton et Mariah Levin, publiée en 2007 dans la série de recherche du HCR, examinait déjà la possibilité d’utiliser les instruments de la CEDEAO pour faciliter le séjour et l’activité des réfugiés communautaires. Sa notice précise qu’elle portait notamment sur les situations sierra-léonaise et libérienne. Cette piste invite à étudier les possibilités régionales de vie et de travail, sans prouver que le projet gambien les réalise. Le texte intégral de l’étude n’ayant pas été obtenu, son apport reste limité à son objet documenté. [10]

La Gambie se présente aussi comme un pays d’accueil. Dans sa déclaration de 2025 au HCR, elle faisait état de 4 099 personnes reconnues réfugiées et de 504 demandes d’asile en examen en septembre de cette année-là. Ces données gouvernementales ne décrivent pas les effectifs d’octobre 2026. Elles rappellent que la protection se mesure aussi en parcours d’accueil et en accès aux services dans un État africain. [7]

La réforme doit ainsi être examinée du point de vue des agents, des commerçants transfrontaliers, des travailleurs et des personnes menacées.

Les actes manquants qui limitent la conclusion

La pièce décisive est une version finale authentifiée, avec les preuves du vote complet, de l’assentiment présidentiel et de l’entrée en vigueur. Les fiches de juillet peuvent être incomplètement actualisées : elles ne prouvent pas qu’aucune décision ultérieure n’a été prise.

Les recherches sur les étapes de septembre et d’octobre, ainsi que la consultation de plusieurs procès-verbaux parlementaires de septembre, n’ont pas permis de confirmer cette adoption définitive. Les documents consultés ne couvrent pas nécessairement toutes les séances, commissions ou publications légales. La conclusion reste donc une absence de confirmation, et non l’affirmation que le projet aurait été rejeté ou définitivement bloqué.

Il manque aussi un ensemble consolidé d’amendements et une évaluation budgétaire reliant les nouvelles tâches aux moyens. Aucun effet sur le trafic illicite ou sur la protection effective des demandeurs d’asile ne peut être attribué au projet.

Du texte applicable aux résultats mesurables

Si un texte définitif est publié, la première étape sera de le comparer à la version étudiée : maintien des exceptions, rédaction des infractions, portée des contrôles et organisation des recours. Cette comparaison devra précéder toute présentation pratique des nouvelles obligations aux voyageurs ou aux résidents.

Si les débats continuent, leur suivi devra porter sur les amendements et les arguments des institutions comme de la société civile : un accord sur le principe d’une réforme ne préjuge pas de ses dispositions.

Il faudra ensuite documenter les décisions : motifs de refus, orientation vers l’asile, plaintes et poursuites. Un recul des départs constatés à un point de passage ne suffirait pas à démontrer la disparition des réseaux ou l’amélioration de la sécurité des personnes.

À la date de cette enquête, le projet propose une articulation entre répression et protection, mais l’adoption définitive annoncée par le titre n’est pas établie. La question reste double : quel texte aura force de loi, puis comment les autorités gambiennes, les juridictions et les personnes concernées pourront-elles en vérifier l’application ?

Les sources pour distinguer le projet de la loi

1. Assemblée nationale de Gambie, fiche détaillée du projet, mise à jour le 14 juillet 2026 : premières lectures des 8 et 16 juin, examen commencé le 29 juin ; les dates de mise à jour ne sont pas les dates des votes.

2. Assemblée nationale, seconde fiche du projet, 15 juillet 2026 : statut affiché en commission et objectifs officiels de la réforme.

3. Assemblée nationale, Immigration Bill 2026, version publiée, sections 58(3), 112(1), 129 et 149 : contenu analysé comme projet, sans certification d’entrée en vigueur.

4. Constitution gambienne, texte reproduit dans WIPO Lex, article 100 : rôle du vote parlementaire et de l’assentiment présidentiel.

5. Commission nationale des droits de l’homme, State of Human Rights Report 2024, partie sur le trafic illicite de migrants : genèse des projets et recommandations nationales.

6. Autorités législatives gambiennes, Refugee Act 2008, notice Refworld : antériorité du cadre de l’asile et dates législatives ; le fichier intégral joint n’a pu être récupéré.

7. Gouvernement gambien, déclaration au comité exécutif du HCR en 2025 : engagements et effectifs déclarés en septembre 2025, non actualisés à 2026.

8. ONU à Genève, dialogue avec le Comité sur les travailleurs migrants, 5 juin 2026 : questions des experts et réponses de l’État, à distinguer.

9. CEDEAO, protocole du 29 mai 1979 sur la libre circulation, articles 2 à 4 : cadre régional.

10. Aderanti Adepoju, Alistair Boulton et Mariah Levin, notice et résumé de recherche sur mobilité et intégration, HCR, décembre 2007 : contribution intellectuelle, consultée à travers sa notice.

11. The Gambia Journal, compte rendu de la deuxième lecture, 17 juin 2026 ; The Voice, éditorial sur les pouvoirs de contrôle, même date : sources médiatiques de fonctions différentes.

Oh bonjour 👋
Ravi de vous rencontrer.

Inscrivez-vous pour recevoir nos dernières enquêtes et analyses directement dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *