Des règles publiques existent, leur application reste inégale
Les Îles Salomon ont construit une architecture officielle pour encadrer la relocalisation planifiée des populations exposées aux catastrophes, à l’érosion, à la montée du niveau marin et aux transformations environnementales lentes. En août 2022, des lignes directrices sur la relocalisation planifiée ont été remises au gouvernement. En 2024, des consultations provinciales ont porté sur des procédures opérationnelles destinées à organiser le déplacement de personnes. Le gouvernement a également engagé des discussions avec la province de Malaita sur la relocalisation de communautés vulnérables.
Ces éléments confirment la mise en œuvre d’un processus public : rédaction de lignes directrices, consultations, préparation de procédures et recherche de sites ou de solutions. Ils ne démontrent pas qu’une politique nationale complète soit appliquée uniformément, ni que des communautés aient été relocalisées à grande échelle avec toutes les garanties annoncées. Le titre du référentiel est donc globalement fondé, à condition de distinguer l’édification d’un dispositif de son résultat territorial.
La documentation officielle elle-même montre que le chantier est progressif. Le Plan d’action technologique publié dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le climat prévoit encore le développement d’une politique de relocalisation induite par le changement climatique et la mise en œuvre de stratégies planifiées. Cette formulation indique qu’en 2024 la consolidation normative n’était pas achevée.
De la vulnérabilité insulaire à la décision de partir
La relocalisation est souvent décrite comme une réponse technique à un risque physique. Elle touche en réalité le territoire, la propriété, la parenté, les lieux sacrés, les moyens de subsistance, l’accès à l’école et aux soins, ainsi que l’autorité coutumière. Déplacer des maisons sans reconstruire ces relations produit un nouveau risque social.
Les lignes directrices remises en 2022 visent les communautés affectées par des changements lents et par des catastrophes soudaines. En 2021, leur préparation concernait notamment les atolls bas et les îles artificielles. En 2024, les procédures opérationnelles ont été discutées à Choiseul, tandis que des échanges avec Malaita visaient des personnes déplacées ou menacées par la montée des eaux et d’autres aléas.
Ces démarches montrent que le gouvernement ne limite pas la mobilité climatique à une évacuation d’urgence. Il cherche à organiser des déplacements durables. Mais le seuil de décision reste difficile : à quel moment la protection sur place devient-elle insuffisante ? Qui évalue le danger ? Quelle autorité décide ? Comment garantir que le consentement n’est pas forcé par l’abandon progressif des services publics ? Les documents consultés n’apportent pas une réponse complète et uniforme à ces questions.
La terre coutumière, cœur du problème
Aux Îles Salomon, la majorité des terres relève de régimes coutumiers. Une relocalisation peut donc nécessiter l’accord de groupes propriétaires, la délimitation de droits, la reconnaissance de nouveaux usages et la prévention de conflits entre communautés d’accueil et communautés déplacées.
Une politique opérationnelle doit déterminer qui négocie, qui consent, comment les femmes et les personnes non représentées dans les structures traditionnelles participent, et comment les accords sont conservés. Elle doit également prévenir la vente opportuniste, l’accaparement ou l’exclusion des ménages sans titre formel.
Les consultations provinciales constituent un signal positif, car les autorités locales et coutumières devront exécuter une grande partie du processus. Leur tenue ne prouve cependant pas que tous les groupes concernés disposent d’une assistance juridique, d’une information scientifique compréhensible ou d’un mécanisme indépendant de recours. L’enquête doit rechercher les accords fonciers, procès-verbaux, cartes, évaluations sociales et règles de compensation associés à chaque site.
Relocaliser des vies, pas seulement des bâtiments
Le succès d’une relocalisation se mesure après le déplacement. Les familles doivent disposer d’eau, d’assainissement, d’énergie, de transports, d’écoles, de soins et de moyens de gagner leur vie. Les pêcheurs déplacés loin du littoral, les agriculteurs installés sur des sols inconnus ou les commerçantes éloignées de leurs marchés peuvent perdre leur autonomie malgré un habitat plus sûr.
La politique climatique 2023–2032 et les documents technologiques reconnaissent la nécessité d’une approche de résilience. Mais les budgets détaillés, les coûts par ménage, les dispositifs de restauration des revenus et les indicateurs de satisfaction ne sont pas publiés de manière consolidée. Les annonces sur les centres d’évacuation et la mobilité climatique en 2026 montrent une progression, sans permettre de confondre abris temporaires et relocalisation définitive.
Un centre d’évacuation protège pendant une catastrophe ; une relocalisation transforme durablement l’appartenance territoriale.
Les droits humains doivent précéder l’urgence
Une relocalisation planifiée peut sauver des vies lorsqu’un territoire devient trop dangereux. Elle peut aussi constituer un déplacement arbitraire si elle est imposée sans nécessité, sans consentement réel ou sans solution adéquate. Les principes internationaux demandent d’intégrer la relocalisation aux politiques de climat, de réduction des risques, d’aménagement et de déplacement interne.
Pour les Îles Salomon, cela implique un mécanisme transparent d’évaluation du risque, une information accessible, plusieurs options lorsque cela est possible, une consultation continue et un suivi après installation. Les personnes déplacées doivent pouvoir contester une décision, participer au choix du site et conserver un lien avec leur territoire d’origine lorsque les conditions le permettent.
Les femmes, les personnes handicapées, les enfants, les personnes âgées et les ménages pauvres peuvent subir des impacts différents. Leur présence à une réunion ne suffit pas à garantir leur pouvoir de décision. Les procédures doivent prévoir une représentation effective, des données ventilées et des recours accessibles.
Le financement climatique au-delà des conférences
Le gouvernement salomonais demande depuis plusieurs années davantage de ressources internationales pour l’adaptation, les pertes et préjudices et la relocalisation des communautés. Cette demande est cohérente avec la faible contribution du pays aux émissions mondiales et sa forte exposition. Le Fonds vert pour le climat et les partenaires régionaux peuvent soutenir des études, des infrastructures et des capacités.
Mais le financement de projets pilotes ne remplace pas une enveloppe nationale prévisible. Les coûts comprennent l’acquisition ou la négociation foncière, les infrastructures, les logements, la restauration des moyens de subsistance, la protection culturelle et le suivi pendant plusieurs années. Une relocalisation sous-financée peut déplacer le risque vers une nouvelle zone.
La transparence financière doit porter sur l’origine des fonds, les marchés, les propriétaires des terrains, les entreprises de construction, les bénéficiaires et les coûts d’entretien. Elle permet de vérifier que l’urgence climatique ne devient pas un marché opaque ni un prétexte à déplacer des populations convoitées pour leurs terres.
Le précédent juridique africain de Kampala
L’Afrique dispose d’un instrument régional majeur : la Convention de Kampala sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. Son article 5 oblige les États parties à protéger et assister les personnes déplacées par des catastrophes naturelles ou humaines, y compris le changement climatique. La convention reconnaît donc explicitement un lien que beaucoup de cadres nationaux traitent encore de manière fragmentaire.
Les procédures salomonaises peuvent intéresser les États africains qui doivent traduire cette obligation juridique en décisions locales : évaluation du risque, consultation, terre d’accueil, compensation et suivi. Inversement, l’expérience africaine rappelle que la relocalisation doit être encadrée par des droits opposables et par la responsabilité première de l’État.
L’Union africaine a également lancé une Initiative africaine sur la mobilité climatique, orientée vers des solutions fondées sur les données et centrées sur les populations. En 2025, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a décidé d’étudier la nécessité d’un cadre spécifique pour les personnes déplacées au-delà des frontières en raison du climat. Ces travaux montrent que la mobilité climatique ne peut être réduite à une question humanitaire temporaire.
Ce que l’Afrique et la Mélanésie peuvent construire ensemble
Une coopération Afrique–Mélanésie pourrait réunir juristes, autorités coutumières, urbanistes, climatologues et représentants des communautés. Les thèmes communs sont nombreux : pluralisme foncier, littoraux menacés, habitat informel, déplacements provoqués par des catastrophes et besoin de protéger les identités collectives.
Les Îles Salomon peuvent partager leurs consultations provinciales et leur travail sur les procédures opérationnelles. Les États africains parties à la Convention de Kampala peuvent apporter un cadre de responsabilité, de prévention et de solutions durables. Des outils communs pourraient être développés pour cartographier les risques sans exposer les données sensibles, évaluer les sites d’accueil, sécuriser les accords fonciers et suivre les revenus après déplacement.
Cette coopération n’est pas documentée à ce stade. Elle constitue une projection stratégique. Son intérêt serait de produire des normes conçues par des sociétés du Sud confrontées au même problème, plutôt que d’importer des modèles qui ignorent les régimes coutumiers et les attachements territoriaux.
Ce que les sources ne démontrent pas encore
Les lignes directrices de 2022, les consultations de 2024 et les discussions provinciales sont vérifiées. Il n’est pas établi qu’une loi nationale spécifique sur la relocalisation climatique ait été adoptée. Le nombre exact de ménages durablement relocalisés sous ce dispositif, les sites, les budgets, les accords fonciers, les compensations et les résultats sociaux ne sont pas disponibles dans un bilan public consolidé.
Il reste aussi à distinguer les déplacements spontanés, les évacuations temporaires, les relocalisations liées à des projets d’infrastructure et celles directement organisées pour des risques climatiques. Sans cette classification, les chiffres peuvent mélanger des réalités juridiques différentes.
Passer des procédures à une garantie durable
Si les Îles Salomon transforment leurs lignes directrices en cadre opposable, financé et contrôlé, elles pourraient devenir une référence pour les États insulaires. Si les décisions restent prises projet par projet, les communautés les moins influentes risquent de recevoir les solutions les plus fragiles. Si le financement international augmente sans transparence foncière et sociale, de nouveaux conflits pourraient apparaître.
Le bilan provisoire est sérieux mais incomplet : le gouvernement met réellement en œuvre une politique par étapes ; les procédures progressent ; la preuve d’une relocalisation nationale, équitable et durable reste à produire.
Les textes qui encadrent la mobilité
- Gouvernement des Îles Salomon — Remise des lignes directrices sur la relocalisation planifiée, août 2022.
- Gouvernement des Îles Salomon — Préparation des lignes directrices pour les communautés côtières de faible altitude, juillet 2021.
- Gouvernement des Îles Salomon — Consultations de Choiseul sur les procédures opérationnelles de relocalisation, août 2024.
- Gouvernement des Îles Salomon — Discussions avec la province de Malaita sur les communautés vulnérables, septembre 2024.
- Secrétariat du Programme régional océanien de l’environnement — Politique nationale salomonaise sur le changement climatique 2023–2032.
- Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques — Plan d’action technologique d’adaptation des Îles Salomon, 2024.
- Union africaine — Convention de Kampala et Initiative africaine sur la mobilité climatique.

