Explorer une richesse ne décide pas encore de son extraction
Aux Îles Cook, les licences d’exploration des fonds marins alimentent une promesse de diversification économique et un débat sur la protection de l’océan. Au 6 octobre 2026, les recherches ont progressé, les partenariats se sont multipliés et les règles se sont précisées. Les autorisations actuelles ne permettent toujours pas l’exploitation commerciale.
Le premier point est juridique : la Seabed Minerals Authority, ou SBMA, rappelle que les licences d’exploration servent à cartographier, prélever et étudier. Le passage à l’exploitation exige des décisions séparées. Dans sa mise au point du 9 avril 2026, l’autorité distingue son examen technique, financier et social de l’appréciation environnementale confiée au National Environment Service, le NES. Une campagne scientifique ne vaut donc pas permis d’extraire. [4]
Des licences de 2022 au cadre d’exploitation adopté en 2024
Les premières licences ne datent pas de février 2024. La cérémonie de signature a lieu le 23 février 2022, pour une durée initiale de cinq ans, avec CIC, CIIC Seabed Resources et Moana Minerals. Le communiqué d’origine exclut explicitement la récolte commerciale sous ces licences. Le bilan publié en mars 2024 célèbre leur deuxième anniversaire et précise que CIIC Seabed Resources porte désormais le nom de Cobalt Seabed Resources. [1], [2]
Le jalon majeur de 2024 est réglementaire. Le 4 octobre, la SBMA annonce l’adoption des Seabed Minerals (Minerals Harvesting and Other Mining) Regulations 2024, après des consultations. Ces règles organisent le régime d’une éventuelle activité minière. Le communiqué distingue expressément la création de ce cadre et la décision d’autoriser une exploitation : disposer d’une procédure ne signifie pas qu’un projet en ait franchi les étapes. [3]
Les partenariats extérieurs s’ajoutent ensuite au dispositif. En février 2025, la SBMA présente un mémorandum avec le ministère chinois des Ressources naturelles portant sur la recherche, les technologies, les compétences et les évaluations environnementales. Le texte est annoncé pour cinq ans ; l’autorité précise qu’il ne constitue ni une licence d’exploration ni un permis minier. [6]
Le 5 février 2026, le ministère des Affaires étrangères présente un cadre de coopération avec les États-Unis sur les minerais critiques et leurs chaînes d’approvisionnement. Il est non contraignant, ne garantit ni investissement ni achat de production, et n’engage pas les Cook sur une date d’extraction. La coopération avec plusieurs puissances crée des options scientifiques et commerciales ; ses effets devront être appréciés dans les accords et décisions qui suivront. [7]
Les recherches révèlent des habitats, pas une innocuité démontrée
Le bilan publié par la SBMA le 28 septembre décrit les résultats matériels de la mission EX2605, menée du 19 juillet au 13 août à bord de l’Okeanos Explorer. Elle a cartographié 52 569 km² de fonds et recueilli près de 500 échantillons d’eau, de sédiments, de roches et d’organismes. Les équipes des Cook participent aux analyses avec leurs partenaires américains. Ces chiffres mesurent un effort de recherche ; ils ne correspondent ni à une surface autorisée à l’exploitation ni à un inventaire achevé des espèces. [9]
Les recherches menées ailleurs éclairent les risques sans fournir une prévision locale. Une étude d’Eva C. D. Stewart et de ses collègues, publiée en décembre 2025 dans Nature Ecology & Evolution, examine un essai industriel de 2022 dans la zone Clarion-Clipperton. Deux mois après l’essai, elle mesure dans les traces du collecteur une diminution de 37 % de la densité de la macrofaune sédimentaire et de 32 % de la richesse en espèces. Ces résultats concernent ce site du Pacifique, pas les Îles Cook. [10]
L’enseignement utile est celui du mécanisme et de la méthode : prélever des nodules peut perturber les communautés vivant sur et dans le fond ; identifier un effet suppose de connaître aussi les variations naturelles. Les pourcentages observés ailleurs ne doivent pas être appliqués mécaniquement aux Cook. Une évaluation locale doit décrire les habitats concernés, les techniques envisagées, les rejets et les durées d’observation nécessaires.
Autorisations, entreprises et consultation : les décisions qui comptent
Le règlement environnemental de 2023 publié par le NES organise des niveaux d’encadrement différents. Certaines activités d’exploration sont permises dans les conditions prévues ; d’autres nécessitent un consentement administratif ; les activités de catégorie 3, comprenant les essais miniers et l’exploitation, exigent un permis de projet. Il serait donc inexact d’affirmer que chaque opération scientifique nécessite préalablement la même étude d’impact complète. [5]
Lorsque l’évaluation d’impact est requise, le texte prévoit notamment des données de référence, l’analyse des risques et des incertitudes, ainsi qu’une consultation. La procédure de permis comprend la publication du dossier et l’examen des observations ; le NES peut solliciter une expertise. Ces obligations constituent des moyens de contrôle. Leur existence ne démontre ni la suffisance d’un futur dossier ni l’adhésion de la population à un projet donné. [5]
Le contrôle concerne également les structures des entreprises. Le 11 août 2026, à propos du projet de transaction entre American Ocean Minerals et Odyssey, la SBMA rappelle qu’une opération financière à l’étranger ne modifie pas automatiquement le statut d’une licence. Elle dit examiner les questions de contrôle, de capacité financière et de conformité et avoir demandé des informations supplémentaires. Une licence d’exploration ne transfère pas la propriété d’une portion de la zone économique exclusive. [8]
La discussion publique reste contestée. Dans une contribution du 13 avril, Te Ipukarea Society, organisation environnementale locale, critique l’équilibre des consultations et l’accès à une expertise indépendante. La SBMA documente ensuite une rencontre du 21 juillet réunissant l’organisation et le Tourism Industry Council. La critique doit donc porter sur la qualité et l’influence du dialogue, sans prétendre que les associations ne seraient jamais associées. [12], [13]
Une comparaison africaine centrée sur les bénéfices réellement conservés
La Vision minière africaine, adoptée par l’Union africaine en 2009, propose de relier les ressources minérales au développement local, à la transformation économique et à la protection de l’environnement. Elle invite à regarder au-delà des recettes d’exportation pour examiner les emplois, les compétences et les relations avec les autres activités. Ce cadre apporte une grille comparative ; il ne vaut ni approbation africaine des projets des Cook ni modèle industriel directement transposable à un petit État insulaire. [14]
Dans son discours de Johannesburg du 1er juin 2016, Nkosazana Dlamini Zuma, alors présidente de la Commission de l’Union africaine, insiste sur les capacités de négociation, la connaissance géologique, la formation et les liens entre la mine et l’économie environnante. Cette perspective conduit à une question précise pour les Cook : qui conserverait la valeur après les dépenses de navires, de collecte, de transport, de traitement et de surveillance ? [15]
Les bénéfices locaux peuvent prendre plusieurs formes, à démontrer : emplois qualifiés, recherche, services, fiscalité ou accès aux données. Leur évaluation doit déduire les charges et intégrer les effets sur les activités existantes. La capacité à négocier et contrôler devient aussi importante que le droit formel sur la ressource.
L’horizon 2032 ne résout ni le calendrier juridique ni le calcul économique
L’annonce d’une possibilité de prolonger les licences d’exploration de cinq ans, jusqu’en 2032, suscite une controverse. Le 2 mars 2026, Te Ipukarea Society souligne que cet horizon ne correspond pas nécessairement à une interdiction légale d’exploiter avant cette date. Selon sa lecture, une entreprise pourrait demander un permis si elle estimait satisfaire les critères, sans attendre l’expiration de sa licence. L’organisation reconnaît que l’approbation ne serait pas automatique. [11]
La SBMA a précisé dès le 11 décembre 2025 qu’un renouvellement exige une nouvelle décision fondée sur les résultats obtenus et les travaux proposés. Elle rappelle aussi les deux autorisations nécessaires pour exploiter : un permis environnemental et une licence minière. Les pièces réunies ne permettent donc ni d’affirmer que les trois titres sont déjà prolongés jusqu’en 2032, ni de transformer cet horizon en moratoire ou en date de démarrage commercial. [16]
Sur l’économie, la SBMA reconnaît le 31 juillet que certaines études techniques et économiques des titulaires ne sont pas achevées et qu’elles sont nécessaires à une estimation fiable des retombées. La valeur théorique des métaux présents ne constitue donc pas un bénéfice disponible pour le budget public. Une estimation sérieuse doit expliciter les prix retenus, les rendements, les coûts, la fiscalité et les engagements de réparation ou de suivi. [13]
Les inquiétudes sur la pêche et le tourisme doivent, elles aussi, conserver leur statut : ce sont des risques à examiner, pas des pertes déjà mesurées imputables à une exploitation qui n’est pas autorisée. Le bilan scientifique, économique et social demandé pour décider reste plus large que l’accumulation de données de prospection.
Trois trajectoires dépendantes des preuves et des choix publics
Une exploration prolongée permettrait de poursuivre les inventaires et les études si les renouvellements requis sont accordés. Son intérêt dépendrait de questions de recherche claires, de données accessibles et de l’implication durable des chercheurs des Cook. Prolonger le temps sans définir les preuves attendues laisserait entière la difficulté de décider.
Une demande d’exploitation déplacerait le débat vers un projet identifiable : zone, technique, cadence, traitement, rejets, financement et garanties. Elle devrait être évaluée selon les procédures applicables. Les objectifs annoncés par une entreprise ou l’intérêt d’un partenaire étranger ne pourraient, à eux seuls, tenir lieu d’autorisation.
Un report ou un refus demeurerait une issue à considérer si les risques ne peuvent être suffisamment maîtrisés ou si les bénéfices publics ne sont pas établis. La recherche conserverait alors une utilité pour la connaissance et la gestion de l’océan. La qualité de la décision se mesurera à la possibilité réelle de choisir entre ces trajectoires, après examen des données, et à la capacité d’expliquer ce choix aux habitants.
Les pièces pour distinguer recherche, réglementation et engagements
- SBMA : [1] attribution des licences, février 2022, [2] bilan des deux ans, mars 2024, [3] règlement minier, octobre 2024 et [4] répartition des responsabilités, avril 2026 ; [16] renouvellement et autorisations, décembre 2025.
- National Environment Service : [5] règlement environnemental de 2023.
- Coopérations : [6] mémorandum avec la Chine, février 2025 ; MFAI, [7] cadre avec les États-Unis, février 2026. SBMA : [8] transaction AOMC–Odyssey, août 2026.
- Recherche : SBMA, [9] bilan EX2605, septembre 2026 ; Stewart et al., [10] essai de Clarion-Clipperton, publié en décembre 2025.
- Débat public : Te Ipukarea Society, [11] calendrier et prolongation, mars 2026 et [12] critiques des consultations, avril 2026 ; SBMA, [13] dialogue avec le tourisme, juillet 2026.
- Union africaine : [14] Vision minière africaine et [15] discours de Nkosazana Dlamini Zuma, juin 2016.

