Scène illustrative d’une ingénieure et de deux techniciens gambiens examinant une maquette de centrale solaire et de stockage près de Soma.AFR-012 — Gambie : les engagements du contrat solaire Soma II — Illustration éditoriale générée.

La Gambie a annoncé la signature d’un contrat d’achat d’électricité de vingt-cinq ans pour Soma II. L’investissement et les capacités affichés donnent au projet une portée nationale, mais les conditions de prix, de financement et de partage des risques restent à examiner. Deux communications officielles divergent même sur la puissance des batteries : la signature ouvre une étape qui demande des pièces contractuelles précises. [1, 2]

Un accord d’achat et un engagement de mise en œuvre distincts

NAWEC, l’entreprise publique d’eau et d’électricité, annonce avoir signé le 28 octobre 2026 un Power Purchase Agreement de vingt-cinq ans pour Soma Solar Park Phase II. Son communiqué, publié le lendemain, présente un projet de 169 millions de dollars, doté de 148,44 MWc de capacité solaire. La production attendue après mise en service est d’environ 250 GWh par an. Ces chiffres décrivent les caractéristiques et les résultats prévus ; ils ne constituent pas un bilan de production. [1]

La Présidence précise que le partenaire est Solaris Africa Ltd, associé à Mark Cables FZE. Elle distingue le contrat d’achat signé par NAWEC de l’accord de mise en œuvre signé, au nom du gouvernement, par les ministères chargés de l’énergie et des finances. Cette répartition signale plusieurs niveaux d’engagement, dont le contenu doit être recherché dans les instruments eux-mêmes. [2]

Un contrat d’achat organise la relation économique entre producteur et acheteur ; un accord de mise en œuvre peut couvrir d’autres obligations nécessaires au projet. Sans les textes intégraux, il n’est pas possible d’attribuer à l’État une garantie précise ou de définir toutes les obligations de NAWEC. L’annonce de la signature établit un fait contractuel, sans rendre public l’ensemble de ses conditions.

Les chiffres du stockage demandent une clarification officielle

NAWEC annonce des batteries de 50 MW et 200 MWh. La communication présidentielle mentionne, elle, 85 MW de stockage. Le reportage de la radiotélévision publique GRTS reprend les valeurs de 50 MW et 200 MWh. Le désaccord porte donc sur un paramètre important, même si une partie des publications converge. Les pièces consultées ne permettent pas de déterminer quelle puissance est inscrite dans les annexes techniques signées. [1, 2, 3]

Les unités doivent rester distinctes. Les MWc décrivent la puissance nominale des panneaux dans des conditions de référence ; les MW des batteries décrivent une puissance de charge ou de restitution ; les MWh expriment une quantité d’énergie stockable. Quant aux GWh annuels attendus, ils correspondent à une production sur une année. L’addition de ces valeurs donnerait un chiffre sans signification physique.

Sur la base des seules valeurs publiées par NAWEC, 200 MWh divisés par 50 MW correspondent à quatre heures théoriques de restitution à pleine puissance. Ce calcul ne préjuge ni de l’énergie réellement utilisable ni des pertes, de la réserve technique ou de la dégradation. Il sert à lire les unités, pas à garantir quatre heures d’alimentation de tout le pays. Une fiche technique validée devrait préciser ces paramètres.

Les phases successives ne doivent pas être confondues

L’appel publié par NAWEC le 1er octobre 2024 concernait une première phase de 50 MWc à Soma, dans la Lower River Region, avec stockage. Il prévoyait la sélection d’un producteur privé chargé du financement, de la construction et de l’exploitation pendant vingt-cinq ans. Le schéma préliminaire envisageait alors jusqu’à 150 MWc en deux phases. Cette procédure historique concerne la phase initiale ; elle ne documente pas à elle seule l’attribution de Soma II en octobre 2026. [4]

Le document d’évaluation de la Banque mondiale de mai 2025 distinguait également un premier projet de 50 MWc et une extension de 100 MWc envisagée pour les exportations à travers les infrastructures de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie. Il s’agissait d’une configuration de planification. Il faut la replacer dans sa date et son périmètre avant de la comparer à la communication d’octobre 2026. [5]

Ces évolutions appellent un tableau de correspondance entre les phases, leurs sites, leurs points de raccordement et leurs bénéficiaires. Une capacité révisée n’est pas nécessairement une irrégularité, mais elle doit être expliquée. Les citoyens devraient pouvoir comprendre si les nouvelles annonces remplacent, élargissent ou complètent des engagements antérieurs, afin d’éviter de compter deux fois les mêmes installations ou les mêmes ressources.

La durée du contrat rend décisif le partage des risques

Le tarif d’achat, sa monnaie, ses modalités d’indexation et les engagements minimaux d’enlèvement ne sont pas publiés dans les communiqués examinés. Il manque aussi les clauses de disponibilité, les conditions de résiliation et la répartition des coûts de raccordement. Ces informations déterminent ce que paiera l’acheteur lorsque l’électricité est effectivement livrée, mais aussi dans les situations où une installation disponible ne peut pas injecter sa production.

Un exemple de mécanisme financier existe dans la documentation de la première phase : la Banque mondiale décrit un compte séquestre équivalent à six mois de paiements, destiné à couvrir certains impayés de NAWEC envers le producteur. Ce dispositif montre comment un investissement privé peut être associé à des engagements publics. Il appartient au montage décrit en 2025 ; aucune transposition automatique au contrat Soma II n’est justifiée. [5]

Pour Soma II, l’examen devrait porter sur les risques de change, les retards, les performances et les événements ouvrant droit à compensation. Il faut aussi connaître les obligations de renouvellement des batteries et les règles de fin de contrat. Un coût annoncé au moment de la signature ne suffit pas à décrire l’ensemble des charges qui peuvent apparaître pendant vingt-cinq ans d’exploitation.

Une production moins coûteuse ne fixe pas seule la facture des abonnés

Les autorités présentent Soma II comme un moyen d’améliorer la fiabilité et de réduire le recours aux sources de production plus coûteuses. [1, 2] Pour vérifier cette promesse, il faudra distinguer le coût de production du producteur, le prix auquel NAWEC achète l’énergie et le tarif payé par l’abonné. Ces montants répondent à des mécanismes différents et ne peuvent être déduits de la seule puissance des panneaux.

Le réseau doit pouvoir transporter l’énergie jusqu’aux consommateurs. Les pertes, les contraintes d’injection, la maintenance et les besoins de renforcement peuvent modifier le bénéfice économique attendu. Une centrale livrée n’assure pas automatiquement un branchement à chaque ménage ou chaque atelier. L’évaluation devrait donc rapprocher la mise en service de l’installation des investissements de transport et de distribution effectivement réalisés.

Le stockage peut déplacer une partie de la production vers des heures où elle est plus utile. Son intérêt dépendra toutefois des modalités de commande, de la disponibilité réelle des équipements et de leur coût sur toute la durée d’utilisation. Les résultats à suivre seront les quantités injectées, la régularité de la fourniture, les dépenses évitées et l’évolution des factures. Ces indicateurs devront être comparés à une situation initiale clairement définie.

Le financement et les retombées gambiennes restent à documenter

Les 169 millions de dollars annoncés représentent une valeur de projet, sans publication dans le corpus d’un plan complet de dette et de fonds propres. Il manque une preuve de clôture financière, les conditions préalables au démarrage et un calendrier de livraison opposable. La présence d’un investisseur à une cérémonie ne démontre pas que tous les financements sont mobilisables ni que les travaux peuvent commencer immédiatement.

Les retombées nationales demandent aussi des engagements mesurables. Les marchés confiés à des entreprises gambiennes, les métiers accessibles pendant le chantier et l’exploitation, la formation des techniciens et le transfert de compétences devraient être distingués. Un nombre global d’emplois, s’il est annoncé ultérieurement, devra préciser leur durée, leur qualification et les modalités de recrutement. Ces éléments permettraient d’apprécier la capacité productive conservée dans le pays.

Le foncier, les consultations des personnes concernées, les conditions environnementales et le traitement des équipements en fin de vie entrent également dans le coût du projet. Les documents nécessaires ne se limitent pas à une autorisation générale : ils doivent préciser les effets attendus, les mesures de réduction des dommages et les moyens de recours. L’acceptabilité se construit avec les populations et se vérifie dans la mise en œuvre.

La prochaine preuve sera dans les clauses et les étapes exécutées

Soma II peut renforcer l’offre d’électricité si le financement, le raccordement, le stockage et l’exploitation répondent aux besoins du système gambien. Des contraintes sur l’un de ces éléments pourraient retarder ou réduire les bénéfices. Ces possibilités constituent une analyse conditionnelle ; aucune n’autorise à annoncer dès maintenant une baisse acquise des prix ou un échec du programme.

Une publication des principales conditions contractuelles permettrait de passer des annonces à un contrôle effectif. Elle devrait rapprocher le tarif, les garanties éventuelles, les obligations techniques et les échéances, tout en expliquant les informations légalement protégées. Les mises à jour devraient ensuite distinguer financement signé, fonds disponibles, chantier engagé, essais réalisés et fourniture commerciale mesurée.

L’accord de longue durée constitue une décision importante pour NAWEC et pour l’État. Sa qualité se jugera à la fiabilité obtenue, à son coût total et aux capacités développées en Gambie. La clarification de la puissance des batteries est une première exigence simple. La transparence sur les paiements, les risques et les résultats donnera ensuite aux citoyens les moyens d’apprécier la portée réelle du contrat.

Les publications qui distinguent signature, planification et exploitation

[1] NAWEC, « NAWEC Signs Power Purchase Agreement for Soma Solar Park Phase II », communiqué du 28 octobre 2026 publié le 29 octobre ; paramètres annoncés du contrat et du projet.

[2] Présidence de la République de Gambie, « President Barrow Presides Over Major Energy and Waste Management Projects’ Signing », texte daté du 28 octobre, publié le 29 octobre 2026 ; signataires et paramètres annoncés.

[3] Gambia Radio and Television Services, reportage sur l’accord NAWEC–Solaris Africa à Jarra Soma, 29 octobre 2026 ; corroboration des paramètres de stockage, sans reproduction du contrat.

[4] NAWEC, appel à candidatures pour un parc solaire régional de 50 MWc en partenariat public-privé, première phase de Soma, 1er octobre 2024.

[5] Banque mondiale, document d’évaluation du Gambia Infrastructure Project, 7 mai 2025, annexe 3, pages 43 à 45 ; mécanisme financier et configuration alors envisagés pour la première phase.

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