Copenhague soutient le Fonds africain de l’eau, un partenariat mondial de connaissance et de nouveaux véhicules multilatéraux. La réalité du renforcement réside surtout dans l’empilement d’instruments ; les montants publics utilisent parfois des périmètres qui ne sont pas directement comparables.
Le Danemark a constitué un portefeuille de financement de l’eau et de la résilience qui touche plusieurs pays sahéliens. Son soutien au Fonds africain de l’eau vise des projets dans des contextes fragiles, tandis qu’une contribution au partenariat mondial de la Banque mondiale finance la connaissance et les capacités. La nouvelle stratégie danoise de développement élargit cette approche aux infrastructures et à la mobilisation de capitaux. Les faits indiquent un renforcement des instruments. Ils ne permettent pas toujours d’additionner les annonces, engagements et décaissements sans risque de double compte.
Le Fonds africain de l’eau sert de point d’ancrage
Le Conseil danois de la politique de développement a examiné en juin 2021 une contribution de 149,5 millions de couronnes au Fonds africain de l’eau pour un programme de quatre ans. Le document vise le Mali, le Niger, le Burkina Faso, l’Éthiopie et la Somalie, avec un objectif d’accès à l’eau, d’assainissement et de résilience climatique pour des populations pauvres et vulnérables.
Le Fonds, hébergé par la Banque africaine de développement, prépare des projets, finance des études et aide à rendre des infrastructures finançables. Cette fonction est cruciale : de nombreux projets d’eau ne manquent pas seulement de capitaux, mais de données hydrologiques, d’études environnementales, de modèles tarifaires et d’ingénierie suffisamment solides pour obtenir un financement.
Le procès-verbal du Conseil danois est aussi instructif par ses réserves. Les membres ont interrogé la capacité d’exécution, la « bancabilité » en contexte fragile, les risques de duplication et la coordination. Ils ont en même temps relevé l’intérêt d’un instrument africain. La contribution ne peut donc être lue comme un simple chèque : elle finance une chaîne de préparation dont le résultat dépend de la qualité des projets qui en sortiront.
Financer la connaissance n’est pas construire un réseau
Le Danemark a également prévu 80 millions de couronnes pour le Global Water Security and Sanitation Partnership de la Banque mondiale sur 2023-2026, soit une projection de 20 millions par an. Ce partenariat produit de la connaissance, améliore les institutions et soutient la préparation des opérations. Il peut influer sur des programmes sahéliens, mais ne correspond pas directement à 80 millions de travaux physiques au Sahel.
Cette distinction est souvent perdue dans les communications. Une étude, une assistance technique, une garantie et une conduite d’eau sont quatre usages différents de l’argent public. Ils peuvent se compléter, mais leur addition brute ne renseigne pas sur le nombre de ménages raccordés. La traçabilité doit suivre le chemin entre l’étude financée, le projet approuvé, le capital mobilisé et l’infrastructure mise en service.
La stratégie danoise « A Changing World — Partnerships in Development », adoptée en 2025, cherche précisément à utiliser davantage les banques multilatérales et les partenariats pour accroître l’effet de levier. Des véhicules associés à des initiatives européennes et africaines peuvent intégrer l’eau, l’énergie et le transport. Leur dimension sahélienne doit toutefois être vérifiée opération par opération.
Des chiffres cohérents en apparence, mais de nature différente
Les sources officielles danoises ne présentent pas toutes le soutien au Fonds africain de l’eau avec le même montant. Le dossier soumis au Conseil mentionne 149,5 millions de couronnes. Un rapport climatique international indique une valeur de 199 millions, tandis qu’une liste d’assistance climatique a affiché 99,75 millions pour une étape donnée. Ces valeurs peuvent correspondre à des autorisations, composantes ou méthodes de comptabilisation différentes.
L’enquête ne les additionne pas et ne choisit pas arbitrairement l’une comme « vérité totale ». Elle retient 149,5 millions pour la proposition examinée par le Conseil, tout en signalant l’écart. Seule une table de rapprochement publiée par le ministère permettrait d’identifier précisément engagements, dépenses et part imputée au climat.
Cette difficulté illustre un enjeu plus large de la finance du développement. Un même flux peut être enregistré à l’année de l’engagement, du transfert à un fonds, de l’approbation d’un projet ou du décaissement final. Les gouvernements sahéliens et les citoyens ont besoin du dernier niveau : combien est arrivé, pour quelle infrastructure, avec quel contrat et quel résultat ?
Au Sahel, l’eau est une infrastructure de souveraineté
L’accès à l’eau réduit les maladies, le temps de collecte et la vulnérabilité agricole. Il peut aussi diminuer les tensions locales lorsque les règles de partage sont légitimes. Il ne faut toutefois pas transformer ce lien en causalité simpliste : une conduite d’eau ne résout ni un conflit politique ni l’exclusion d’une communauté.
La gouvernance des tarifs est centrale. Les systèmes doivent couvrir l’entretien sans exclure les ménages pauvres. Les subventions ciblées, la péréquation et la participation des communes peuvent concilier viabilité et droit d’accès. Les contrats de partenariat public-privé doivent publier les garanties, les révisions tarifaires et les obligations de service.
Le contenu local offre un autre levier. Forages, pompes, capteurs, maintenance et génie civil peuvent créer des chaînes de fournisseurs sahéliens. Si les études et équipements sont importés sans transfert de compétences, les infrastructures resteront dépendantes. Le financement danois devrait donc mesurer la formation, les achats locaux, la disponibilité des pièces et la maîtrise des données hydrologiques.
Les projets finaux restent insuffisamment reliés aux enveloppes
Les documents consultés décrivent les pays et objectifs du programme, mais ne publient pas dans un seul tableau la liste de tous les projets sahéliens issus de la contribution danoise. Il demeure difficile de suivre chaque couronne jusqu’au bénéficiaire final. Cette limite ne prouve pas l’absence de projets ; elle empêche une attribution précise.
Les projections de personnes desservies dépendent de projets futurs, de cofinancements et de conditions de sécurité. Les coups d’État, restrictions d’accès et attaques peuvent retarder les travaux. Les risques climatiques peuvent aussi modifier les rendements des ressources en eau. Toute cible doit donc être datée et accompagnée d’un état d’avancement.
Enfin, l’effet de levier annoncé par de nouveaux véhicules multilatéraux ne constitue pas un financement acquis. Le capital privé ne vient que si les projets, garanties et revenus sont jugés suffisants. Les États ne doivent pas garantir excessivement ces rendements au détriment de leurs budgets.
Un registre public pour mesurer le renforcement
Dans un scénario favorable, les études du Fonds africain de l’eau déboucheraient sur des investissements, tandis que le partenariat de la Banque mondiale améliorerait les institutions et la maintenance. Le Danemark pourrait alors mobiliser d’autres bailleurs sans perdre le contrôle africain des priorités.
Dans un scénario moins favorable, les ressources se concentreraient sur la préparation et les consultations, avec peu d’infrastructures achevées. Un troisième scénario verrait des projets construits mais fragilisés par le manque de maintenance ou par des tarifs inabordables.
La solution est une chaîne de transparence : engagement danois, transfert au fonds, projet préparé, cofinancement, contrat, décaissement et indicateur de service. Un registre commun entre Copenhague, la Banque africaine de développement et les autorités sahéliennes permettrait d’établir si le renforcement des instruments devient un renforcement de l’accès à l’eau.
Les pièces financières retenues
- Conseil danois de la politique de développement, procès-verbal du 30 juin 2021 sur le Fonds africain de l’eau.
- Ministère danois des Affaires étrangères, dossier de contribution au Fonds africain de l’eau.
- Banque africaine de développement, documentation institutionnelle du Fonds africain de l’eau.
- Ministère danois des Affaires étrangères, contribution au Global Water Security and Sanitation Partnership pour 2023-2026.
- Gouvernement danois, stratégie « A Changing World — Partnerships in Development », 2025.
- Banque mondiale, documentation du Global Water Security and Sanitation Partnership.

