Malgré les coups d’État et la suspension de certaines coopérations gouvernementales, des programmes danois d’eau ont continué au Burkina Faso et au Mali selon des modalités ajustées. Les décaissements 2025 confirment cette continuité, sans garantir encore un nouveau cycle bilatéral complet après 2025.

Le Danemark n’a pas quitté le secteur de l’eau au Sahel lorsque les relations politiques se sont dégradées. Au Burkina Faso, il a restructuré son programme et conservé un appui à l’opérateur national de l’eau. Au Mali, des programmes urbains ont continué avec des modalités adaptées après la suspension de la coopération directe avec le gouvernement central en 2022. Les données de l’aide publique montrent encore des décaissements en 2025. Cette continuité est établie pour les engagements en cours ; le financement de nouveaux cycles après 2025 reste moins documenté.

Au Burkina Faso, l’eau survit à la rupture politique

Le cadre bilatéral danois pour le Burkina Faso couvrait la période 2021-2025. La page de politique publique affiche un budget de 765 millions de couronnes pour le programme bilatéral, avec des composantes sur l’emploi, la gouvernance, l’eau et les ressources naturelles. Un dossier de revue à mi-parcours évoque un cadre total de 1,05 milliard. Ces valeurs semblent refléter des périmètres différents et ne doivent pas être fusionnées.

Après les coups d’État et la dégradation sécuritaire, Copenhague a arrêté ou modifié certaines relations avec l’État central. Le procès-verbal du Conseil danois de la politique de développement en 2024 indique que le programme a été restructuré. Le soutien direct à l’opérateur national de l’eau et un dialogue technique de haut niveau ont été maintenus, tandis que d’autres canaux étaient redirigés vers la société civile et des acteurs non gouvernementaux.

La plateforme danoise d’aide ouverte enregistre environ 68,499 millions de couronnes de décaissement en 2025 pour une opération d’eau au Burkina Faso. Cette donnée confirme un flux pendant la période d’instabilité. Elle ne renseigne pas seule sur le nombre de raccordements, la qualité du service ou la maintenance.

Au Mali, des réseaux urbains sous modalités ajustées

Le programme malien d’eau urbaine vise Kayes, Sikasso et Koutiala. Une composante publiée associe une cible d’environ 207 000 personnes aux améliorations à Sikasso et Koutiala. Le financement danois historique du programme est chiffré à 240 millions de couronnes dans les documents de coopération.

En février 2022, le Danemark a suspendu des programmes directement exécutés avec le gouvernement central malien. Les interventions d’eau ont néanmoins pu continuer après ajustement des modalités, notamment par des structures techniques et des partenaires distincts. La plateforme d’aide indique environ 21,012 millions de couronnes décaissées en 2025 pour l’opération urbaine.

Un autre engagement de 55 millions de couronnes soutient l’adaptation climatique dans des zones fragiles proches des frontières entre Mali, Burkina Faso et Niger. Ce type de programme relie eau, agriculture, résilience et sécurité humaine. Il ne doit pas être compté comme une dépense d’infrastructure hydraulique pure si ses activités couvrent plusieurs secteurs.

Maintenir un programme ne signifie pas préserver son modèle

Les révisions danoises montrent une différence entre continuité financière et continuité politique. Un projet peut continuer alors que le partenariat gouvernemental est suspendu. Les opérateurs techniques, les agences des Nations unies ou les organisations de société civile peuvent recevoir les ressources à la place du budget de l’État.

Cette adaptation réduit le risque de soutenir des autorités non reconnues ou de voir les fonds détournés. Elle peut aussi fragmenter les systèmes publics. L’eau potable exige des réseaux, des normes, une tarification et une maintenance à l’échelle nationale ou municipale. Contourner durablement l’administration peut affaiblir l’institution qui devra gérer les actifs.

L’analyse invite donc à examiner qui signe, qui possède les infrastructures, qui perçoit les tarifs et qui répond des pannes. La « flexibilité » est positive si elle protège les services tout en maintenant une responsabilité publique. Elle devient problématique si elle installe une gouvernance parallèle sans contrôle démocratique.

La sécurité humaine commence par un service accessible

Au Sahel, les populations subissent simultanément insécurité, inflation, déplacements et aléas climatiques. L’accès à l’eau protège la santé, soutient les activités économiques et réduit la charge portée par les femmes et les enfants. Il constitue une composante de la sécurité humaine, pas une simple infrastructure technique.

Les tarifs doivent rester abordables pour les déplacés et les ménages pauvres. Les extensions de réseau ne doivent pas se limiter aux quartiers capables de payer. Les programmes danois devraient publier les niveaux de service, les interruptions, le coût par ménage et la part des investissements dans les zones périphériques.

Les travailleurs et entreprises locales peuvent assurer construction et maintenance. Un financement réellement souverain prévoit formation, stocks de pièces, laboratoires de qualité de l’eau et transfert des systèmes numériques. L’approvisionnement externe sans capacité locale crée une dépendance coûteuse après la fin du projet.

Le passage à l’après-2025 reste incertain

Les décaissements de 2025 confirment la continuité des programmes existants. Ils ne constituent pas la preuve d’un nouveau cadre bilatéral adopté pour 2026-2030. Les documents consultés ne fournissent pas encore une matrice complète des engagements sahéliens succédant aux programmes 2021-2025.

Les deux valeurs publiées pour le cadre burkinabè exigent une clarification du ministère. Il est plausible que l’une corresponde au programme bilatéral et l’autre à un ensemble plus large. Sans tableau de rapprochement, l’article les présente séparément.

Les cibles de bénéficiaires et les résultats physiques nécessitent aussi des données récentes. Les conditions de sécurité ont pu modifier les calendriers et les zones. Un décaissement atteste une dépense, pas automatiquement un ouvrage achevé ni un accès durable.

De la continuité d’urgence à un pacte sahélien de long terme

Dans un scénario favorable, le Danemark prolongera l’appui après 2025, préservera les opérateurs publics et associera les communes, communautés et organisations africaines à la gouvernance. Les instruments multilatéraux, dont le Fonds africain de l’eau, pourraient préparer la prochaine génération de projets.

Dans un scénario intermédiaire, les décaissements finiront les opérations anciennes sans nouveau portefeuille équivalent. Les services progresseraient localement, mais la présence danoise se réduirait. Dans un scénario défavorable, l’insécurité et la fragmentation institutionnelle retarderaient les travaux et compromettraient la maintenance.

Le prochain cadre devrait publier les engagements par pays, modalités, actifs, bénéficiaires et coûts récurrents. Des audits techniques accessibles aux communes permettraient aussi de vérifier la disponibilité des pièces, la qualité de l’eau et la fréquence des pannes. Leur calendrier devrait rester consultable même lorsque la situation politique modifie le canal de financement. La continuité passée est documentée ; un maintien durable exige désormais une décision post-2025 explicite et une gouvernance sahélienne renforcée.

Les traces publiques du financement

  1. Ministère danois des Affaires étrangères, programme bilatéral Burkina Faso 2021-2025.
  2. Conseil danois de la politique de développement, revue de la coopération avec le Burkina Faso, 2024.
  3. Plateforme OpenAid du Danemark, décaissements 2025 pour l’eau au Burkina Faso.
  4. Ministère danois des Affaires étrangères, programme d’eau urbaine au Mali.
  5. Plateforme OpenAid du Danemark, décaissements 2025 pour l’eau urbaine au Mali.
  6. Gouvernement danois, stratégie « A Changing World — Partnerships in Development », 2025.

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