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Kinshasa remet la migration au centre du dialogue belgo-congolais

La coopération migratoire entre la Belgique et la République démocratique du Congo a connu un regain de visibilité en avril 2026 avec la première visite officielle à Kinshasa d’Anneleen Van Bossuyt, ministre belge de l’Asile et de la Migration. Mais les documents disponibles montrent que cette séquence ne crée pas un nouveau régime juridique bilatéral : elle réactive et politise un dispositif ancien, fondé sur l’identification des personnes, la coopération consulaire, le retour et la lutte contre l’immigration irrégulière.

Le 13 avril, la ministre rencontre le vice-Premier ministre congolais de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, en présence du directeur général de la Direction générale des migrations et de l’ambassadrice de Belgique. Le lendemain, elle est reçue par le président Félix Tshisekedi. La Présidence congolaise indique que les échanges portent sur les demandes d’asile, la possibilité de renforcer la collaboration entre la DGM et l’Office des étrangers belge et un meilleur encadrement des flux. Ces éléments établissent un approfondissement politique du dialogue, sans démontrer à eux seuls la conclusion d’un nouvel accord.

Une hausse des demandes qui change le ton de Bruxelles

Les chiffres belges expliquent la pression politique. Le Réseau européen des migrations en Belgique, qui reprend les données de l’Office des étrangers, indique 1 238 demandes de protection internationale introduites par des ressortissants congolais en 2023 contre 2 422 en 2025. En janvier 2026, 198 demandes sont enregistrées, puis 114 en février ; au premier trimestre, la ministre évoque plus de 450 dossiers. Le taux de reconnaissance s’établissait à un peu moins de 15 % en 2025 et à un niveau encore inférieur au début de 2026.

Un faible taux de reconnaissance ne signifie pas que toutes les demandes rejetées seraient frauduleuses ou purement économiques. Chaque demande relève d’une procédure individuelle, et les situations sécuritaires diffèrent fortement entre Kinshasa, l’Est du pays et les autres provinces. La communication belge insiste néanmoins sur le fait qu’une part importante des demandeurs vient de Kinshasa et sur l’existence de demandes que l’administration considère comme étrangères aux critères de protection internationale.

La mission assume donc un objectif de dissuasion. Bruxelles veut réduire ce qu’elle qualifie de demandes non fondées, lutter contre l’utilisation de visas de court séjour suivie d’une demande d’asile, contre la fraude documentaire et contre les messages de passeurs. Sur ce point, l’objectif belge est clairement documenté : agir en amont du départ autant que sur le retour des personnes déboutées.

Un mémorandum ancien, des contacts opérationnels quotidiens

Le fait le plus important apparaît dans la réponse donnée par Anneleen Van Bossuyt à la Chambre des représentants le 24 juin 2026. Interrogée sur la « coopération renforcée avec le Congo », la ministre précise que la Belgique et la RDC ont signé un Memorandum of Understanding en 2006, renouvelé en 2017. Elle affirme que la coopération fonctionne en matière d’identification et de retour et que des contacts ont lieu quotidiennement avec les autorités congolaises par l’intermédiaire de l’agent de liaison migration de l’Office des étrangers présent sur place.

La ministre ajoute que Félix Tshisekedi a confirmé la continuité des bonnes relations et de la coopération opérationnelle existante. Ainsi, il s’agit d’un renforcement politique et pratique d’un mécanisme déjà en vigueur, et non de la création d’un accord inédit. Elle indique également que des sanctions contre la RDC ne sont pas envisagées, précisément parce que la coopération est jugée satisfaisante sur l’identification et le retour.

Le dispositif repose sur établissement ou confirmation de l’identité, obtention de documents nécessaires au retour, échanges entre administrations et suivi bilatéral. En revanche, le texte complet du mémorandum de 2006 et de sa version renouvelée en 2017 n’est pas rendu accessible dans les sources consultées. Il est par conséquent impossible d’en détailler publiquement toutes les clauses, garanties procédurales ou mécanismes de contrôle.

Quand la sécurité s’invite dans une coopération d’abord migratoire

Le volet « sécurité » doit être traité avec davantage de précision que ne le suggère le titre du sujet. Lors de sa rencontre avec Anneleen Van Bossuyt, Jacquemain Shabani Lukoo a exprimé, selon un communiqué repris par l’Agence congolaise de presse, sa préoccupation à propos de certains ressortissants congolais vivant en Belgique sous statut d’asile, qu’il accuse de désinformation et de propagation de discours de haine susceptibles, selon lui, de porter atteinte à la sécurité nationale congolaise.

Cette affirmation est une position officielle du gouvernement congolais ; elle n’est pas, en elle-même, la preuve que les personnes visées ont commis des infractions ou représentent juridiquement une menace pour la sécurité nationale. Aucune liste de personnes, aucune décision judiciaire belge et aucun dossier pénal permettant de vérifier ces accusations n’est fourni dans les documents institutionnels consultés. L’article ne peut donc pas transformer cette préoccupation politique en fait établi.

Surtout, aucune source consultée ne documente la signature en avril d’un accord bilatéral de sécurité, de coopération policière nouvelle ou de partage systématique de renseignements lié aux demandeurs d’asile. Le cœur opérationnel établi reste migratoire : retour, identification, fraude documentaire, lutte contre l’immigration irrégulière et coopération entre administrations. La sécurité apparaît comme un enjeu politique associé, notamment du côté congolais, mais son institutionnalisation précise reste à démontrer.

Pour la RDC, la souveraineté migratoire ne se réduit pas aux retours

Du point de vue africain, l’enjeu dépasse la capacité de la Belgique à éloigner des personnes déboutées. La RDC doit simultanément protéger ses ressortissants, garantir la délivrance de documents fiables, lutter contre les réseaux frauduleux et préserver les droits de ceux qui peuvent légitimement demander une protection internationale. Elle doit aussi éviter qu’un partenariat de retour ne transforme la mobilité congolaise en problème principalement sécuritaire.

La migration entre la RDC et la Belgique s’inscrit dans une histoire longue, des liens familiaux, universitaires, économiques et diasporiques denses. Une coopération équilibrée devrait donc mesurer non seulement le nombre de retours, mais aussi l’accès aux voies légales : études, travail, mobilité professionnelle, regroupement familial, circulation des chercheurs et entrepreneurs. Les documents d’avril portent surtout sur la réduction des demandes d’asile jugées abusives ; ils ne présentent pas, dans le même niveau de détail, une expansion symétrique des possibilités de mobilité régulière.

L’identification nécessaire à un retour ne doit pas conduire à confondre statut migratoire, opposition politique, expression dans la diaspora et menace sécuritaire. En l’absence de données publiques sur les échanges d’informations sensibles, il faut maintenir cette question au rang de vigilance institutionnelle, et non d’accusation.

Ce que le renforcement ne permet pas encore d’affirmer

Plusieurs éléments restent ouverts. Premièrement, les autorités n’ont pas publié de nouvel accord signé en avril 2026. Le cadre connu demeure le mémorandum de 2006 renouvelé en 2017. Deuxièmement, aucun objectif chiffré public n’établit combien de retours supplémentaires la visite doit produire, dans quel calendrier, ni quelle part relèvera du retour volontaire ou du retour forcé. Troisièmement, les sources consultées ne donnent pas de bilan consolidé, postérieur à la mission, permettant de mesurer l’effet de la campagne de dissuasion sur les demandes introduites par des Congolais.

Il n’est pas davantage établi que les préoccupations sécuritaires exprimées par le ministre congolais aient débouché sur une procédure bilatérale particulière. Aucun document public consulté ne prévoit que le simple fait de critiquer les autorités congolaises depuis la Belgique puisse être assimilé à un motif de retour ou à un abus du droit d’asile. Une telle conclusion serait incompatible avec la nécessité d’un examen individuel et dépasserait très largement les preuves disponibles.

Enfin, le taux de reconnaissance faible ne peut être utilisé comme raccourci pour nier la réalité de la violence dans l’Est de la RDC. La Belgique peut considérer qu’une demande individuelle ne remplit pas les conditions légales de protection sans que cette décision constitue un jugement général sur la situation sécuritaire du pays.

Trois tests pour juger la coopération dans la durée

La publication d’informations plus détaillées sur le mémorandum, les procédures d’identification, les garanties offertes aux personnes concernées et les résultats des retours permettrait d’évaluer la coopération autrement que par les déclarations politiques. La deuxième sera la proportionnalité : les mécanismes de lutte contre la fraude et l’immigration irrégulière devront rester séparés de la protection due aux personnes effectivement exposées à des persécutions.

La troisième sera l’équilibre. Si le partenariat se limite à accélérer les retours et à réduire les demandes d’asile, il restera essentiellement structuré autour des priorités belges. S’il s’accompagne d’une amélioration des voies de mobilité régulière, de la coopération consulaire, de la lutte conjointe contre les réseaux criminels et d’un respect vérifiable des droits des Congolais, il pourra davantage être présenté comme un dispositif bilatéral.

Les documents confirment donc un renforcement réel du dialogue et de la coordination opérationnelle. Ils ne démontrent ni un nouveau traité, ni une architecture sécuritaire intégrée, ni un changement de doctrine juridique sur l’asile. La séquence d’avril 2026 doit être comprise comme une intensification d’un mécanisme ancien, rendue politiquement urgente par l’augmentation des demandes et par la volonté belge de privilégier davantage le retour.

Un socle documentaire solide, mais des effets encore à mesurer

Le dossier repose principalement sur quatre ensembles institutionnels. Le Réseau européen des migrations en Belgique documente la mission du 13 avril 2026, les objectifs officiels et les chiffres de l’Office des étrangers. La Chambre des représentants fournit, dans le compte rendu de la commission du 24 juin, la confirmation du mémorandum de 2006 renouvelé en 2017, des contacts quotidiens et de la continuité de la coopération opérationnelle. L’Agence congolaise de presse rapporte les communications de la Présidence et du ministère congolais de l’Intérieur sur les entretiens des 13 et 14 avril. Enfin, la communication de la ministre belge précise les taux de reconnaissance et la logique de dissuasion.

Ces sources convergent sur l’existence et le renforcement du dialogue migratoire. Elles ne permettent cependant pas d’établir le contenu intégral du mémorandum, le nombre de retours effectivement réalisés après la mission, la nature d’éventuels échanges de données sensibles ou la matérialisation d’un nouveau volet sécuritaire. La robustesse documentaire est donc élevée sur les faits diplomatiques et administratifs, mais plus limitée sur les effets opérationnels et sur les accusations sécuritaires formulées à l’égard de certains membres de la diaspora.

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