Au 10 octobre 2026, le FMI prévoit une croissance algérienne de 3,8 % pour l’année, contre 3,7 % dans l’édition d’octobre des perspectives de la Banque mondiale. Ces projections ne sont pas des résultats acquis. Elles accompagnent une politique de diversification dont l’enjeu dépasse la hausse du PIB : produire davantage hors hydrocarbures, financer cette production et conserver localement ses bénéfices.
Des terrains attribués aux capacités réellement construites
Le 5 octobre 2026, le conseil d’administration de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement approuve 79 assiettes foncières, représentant 197,5 hectares dans huit wilayas, pour leur mise en ligne sur la plateforme de l’investisseur. Le communiqué publié le lendemain mentionne séparément l’approbation de 17 projets appelés à bénéficier de terrains proposés auparavant. Ces décisions documentent une étape administrative. Elles ne recensent ni 79 usines ouvertes ni autant de productions nouvelles. [1]
Cette distinction donne une mesure concrète du débat sur la diversification. Un terrain disponible peut lever un obstacle à l’investissement ; il faut ensuite des bâtiments, des machines, des raccordements, des compétences et des débouchés pour constituer une capacité productive. Le passage de l’annonce à l’exploitation devient donc une question centrale de l’évaluation publique.
Depuis 2022, une architecture destinée à faciliter l’investissement
La loi n° 22-18 du 24 juillet 2022 définit plusieurs objectifs : valorisation des ressources nationales, activités à forte valeur ajoutée, innovation, transfert technologique, emploi durable et développement territorial équilibré. Elle affirme également la liberté d’investir ainsi que la transparence et l’égalité de traitement. Ce sont des engagements juridiques et des orientations de politique économique ; ils ne constituent pas des résultats statistiques. [2]
Les mesures de 2026 cherchent à rendre ce cadre opérationnel. En avril, l’AAPI invite les investisseurs à signaler leurs intentions pour des disponibilités foncières dans plusieurs zones, notamment à Sidi Bel Abbès et à Tlemcen. L’agence précise que cette collecte précède la publication des offres et que les demandes formelles doivent ensuite passer par la plateforme numérique. Une intention déclarée demeure distincte d’une candidature, d’une attribution et d’un investissement réalisé. [3]
Le 23 juillet, elle annonce qu’à compter du 26 juillet certains guichets uniques permettront de déposer des demandes d’autorisations et d’accomplir différentes formalités administratives. La généralisation à l’ensemble des wilayas est alors annoncée comme une étape ultérieure. Le communiqué établit l’ouverture d’une procédure ; il ne fournit pas une mesure indépendante de la réduction des délais pour toutes les entreprises. [4]
Deux prévisions proches, des dépendances encore mesurables
Dans sa communication du 21 septembre 2026, le FMI estime la croissance de 2025 à 3,9 %, après 3,7 % en 2024, et prévoit 3,8 % en 2026. Il souligne le soutien de l’investissement public à l’activité et l’amélioration des recettes d’hydrocarbures à court terme, tout en relevant des déséquilibres budgétaires et des pressions sur les réserves. [5]
La Banque mondiale présente un autre exercice d’estimation : 3,8 % pour 2025, puis une croissance projetée de 3,7 % en 2026, dont 4,1 % pour les activités hors hydrocarbures. L’écart d’un dixième de point avec le FMI ne permet pas de désigner une institution comme arbitre définitif d’une année encore inachevée. Les dates, les données disponibles et les hypothèses doivent rester attachées aux chiffres. [6]
Le même document de la Banque mondiale rappelle qu’en moyenne sur 2020–2024 les hydrocarbures représentaient 13 % du PIB, 83 % des exportations et 46 % des recettes budgétaires. Ces proportions concernent cette période, pas une photographie de 2026. Leur rapprochement éclaire cependant une dépendance qui dépasse le poids direct du secteur dans la production. Une activité minoritaire dans le PIB peut rester décisive pour l’approvisionnement en devises et le financement public. [6]
Le financement public crée des actifs, mais aussi des arbitrages
Une dépense d’infrastructure peut améliorer durablement les conditions de production : raccordements, transport ou formation. Elle peut également accroître, pendant les travaux, les achats d’équipements à l’étranger. L’effet final dépend de l’usage des actifs construits, des importations qu’ils permettent ensuite d’éviter et des ventes supplémentaires qu’ils rendent possibles. Compter la dépense et compter la capacité productive ne revient pas au même.
La Banque mondiale distingue elle-même diversification de la production, des exportations et des recettes fiscales. Dans sa présentation économique actualisée en avril 2026, elle rappelle aussi les progrès sociaux associés au développement passé du secteur public, tout en soulignant les limites des gains de productivité. Ce double constat interdit de réduire le choix algérien à une opposition abstraite entre État et marché. [7]
Le FMI recommande une consolidation budgétaire progressive, une réforme des subventions énergétiques accompagnée d’aides ciblées et des améliorations de la gouvernance bancaire. Il s’agit de préconisations institutionnelles, non de mesures dont tous les effets sociaux seraient déjà établis. Une appréciation nationale doit en examiner le calendrier, les bénéficiaires et la capacité effective des dispositifs de compensation. [5]
Le critère décisif est la qualité de l’accumulation : quels actifs sont créés, qui les contrôle, quelle part des revenus finance de nouvelles capacités et qui supporte l’ajustement ? Un investissement public utile peut préparer des activités privées ; une aide mal orientée peut aussi immobiliser des ressources. L’étiquette juridique du propriétaire ne suffit pas à trancher entre ces trajectoires.
Les entreprises et les territoires au centre du résultat
Les instruments de l’AAPI rendent possible un suivi plus précis que le seul total des projets enregistrés. Le parcours présenté par l’agence distingue l’enregistrement préalable de l’investissement et le constat d’entrée en exploitation. Cette séparation administrative doit devenir une séparation dans le débat public : une attestation ouvre un parcours, elle n’atteste pas encore de ventes, de revenus ou d’emplois durables. [8]
Pour les travailleurs et les territoires, le résultat se mesure ensuite par des éléments concrets : emplois effectivement pourvus, rémunérations, apprentissage technique, achats auprès de fournisseurs locaux et accès aux marchés. Les répartitions géographiques annoncées ne disent pas encore si les mêmes capacités d’accompagnement existent dans chaque wilaya. Une évaluation utile rapprocherait les attributions foncières des activités réellement lancées et de leurs effets locaux.
La recherche algérienne fournit un autre angle. Dans une étude publiée en 2022 par Les Cahiers du CREAD, Kahina Mehidi et Kamal Oukaci examinent les échanges de l’Algérie avec 18 pays africains entre 2005 et 2020. Leur modèle met notamment en relation la rente, les coûts commerciaux et l’intégration régionale. Ce travail historique éclaire les obstacles à la diversification des débouchés ; il ne mesure pas les effets des réformes de 2026. [9]
L’ouverture vers des marchés africains ne devient une transformation productive que si les entreprises peuvent fabriquer, livrer, encaisser et réinvestir. Une relation commerciale supplémentaire peut élargir les débouchés sans développer beaucoup de compétences locales ; inversement, des fournisseurs nationaux mieux intégrés peuvent augmenter la valeur conservée dans le pays. Ces mécanismes doivent être documentés entreprise par entreprise, sans attribuer automatiquement une vertu industrielle à la destination des exportations.
Ce que les chiffres disponibles ne permettent pas de conclure
Les deux projections de croissance demeurent sensibles à leurs hypothèses. Elles ne doivent pas être additionnées, moyennées arbitrairement ou utilisées comme deux confirmations indépendantes d’un résultat définitif. La petite différence entre leurs évaluations de 2025 rappelle également que les comptes peuvent être révisés. [5] [6]
La distribution sociale de la croissance est moins bien renseignée. La Banque mondiale signale l’ancienneté de la dernière enquête nationale sur les dépenses des ménages disponible dans son dossier, qui remonte à 2011. Un indicateur de pauvreté fondé sur cette enquête ne peut être présenté comme le taux de pauvreté de 2026. La progression du PIB ne permet pas de reconstituer cette information manquante. [6]
Enfin, les communiqués d’investissement ne livrent pas, à eux seuls, un bilan consolidé des mises en exploitation, des abandons, des coûts budgétaires et des gains de productivité. L’absence de ce bilan dans les pièces consultées ne démontre pas l’échec de la politique. Elle empêche simplement de convertir une dynamique administrative documentée en succès économique entièrement mesuré.
Une diversification à juger par les revenus qu’elle retient
Une trajectoire favorable se reconnaîtrait à une hausse durable de la production commercialisable, à des entreprises capables de renouveler leurs équipements et à une progression des recettes extérieures et fiscales hors hydrocarbures. Le mouvement serait plus solide s’il s’accompagnait d’emplois qualifiés, de fournisseurs locaux et d’une capacité de conception accrue.
Une trajectoire plus fragile serait celle d’une activité soutenue par la commande publique, mais toujours très dépendante de devises pétrolières pour ses intrants et ses machines. Elle pourrait produire de la croissance pendant plusieurs années sans résoudre la contrainte de financement. Cette possibilité est une hypothèse de suivi, pas une description uniforme de toutes les entreprises algériennes.
Les prévisions de 2026 donnent ainsi un point de départ relativement favorable. La preuve de la diversification se construira ailleurs : dans les ateliers en activité, les compétences transmises, les exportations effectivement encaissées et les recettes publiques moins exposées à un seul secteur. Les citoyens doivent pouvoir suivre ce passage des ressources engagées aux capacités qui restent dans le pays.
Les documents qui permettent de suivre cette transformation
[1] AAPI, approbation de 79 assiettes foncières, 6 octobre 2026, réunion du 5 octobre.
[2] Journal officiel, loi n° 22-18 relative à l’investissement, 24 juillet 2022, publiée le 28 juillet, notamment articles 2 et 3.
[3] AAPI, recueil d’intentions d’investissement pour le foncier, 16 avril 2026.
[4] AAPI, services proposés dans les guichets uniques, 23 juillet 2026.
[5] FMI, conclusions de la consultation de 2026 au titre de l’article IV, 21 septembre 2026. Projections et recommandations du Fonds.
[6] Banque mondiale, Macro Poverty Outlook, région MENAAP, octobre 2026, fiche Algérie, pages imprimées 4–5 ; estimations distinctes de celles du FMI.
[7] Banque mondiale, présentation économique de l’Algérie, section économique actualisée le 14 avril 2026.
[8] AAPI, mallette de l’investisseur et étapes administratives, consultée le 10 octobre 2026.
[9] Kahina Mehidi et Kamal Oukaci, Rente et intégration commerciale en Afrique : estimation d’un modèle de gravité pour l’Algérie, Les Cahiers du CREAD, vol. 38, n° 3, 2022, p. 177–196. Analyse portant sur 2005–2020.

