Neuf millions de dollars pour faire circuler le capital au-delà des frontières
Le Fonds africain de développement a annoncé, le 24 juin 2026, l’approbation d’un don de 9 millions de dollars destiné à renforcer l’intégration financière en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique. Le financement doit soutenir le projet d’intégration des marchés de capitaux et des systèmes de paiement de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique, désigné par l’acronyme EAC-CAMPSI.
Le projet a été approuvé le 12 juin 2026, selon le site du Fonds. La fiche MapAfrica du Groupe de la Banque africaine de développement enregistre un engagement de 6,4 millions d’unités de compte, équivalent institutionnel du montant annoncé en dollars, sous l’identifiant P-Z1-HZ0-046. Le financement provient du seizième cycle de reconstitution du Fonds africain de développement, guichet concessionnel du Groupe de la Banque.
L’ambition est de relier des marchés de capitaux, des infrastructures de paiement et des régulateurs qui opèrent encore selon des règles, des monnaies et des niveaux de maturité différents. La subvention est pertinente, mais elle ne garantit ni l’harmonisation des lois, ni l’interopérabilité, ni la transparence : ces résultats dépendront de l’exécution, de la cybersécurité et d’indicateurs vérifiables.
Une intégration monétaire retardée cherche ses infrastructures
La Communauté d’Afrique de l’Est poursuit depuis plusieurs années un marché commun et une union monétaire. Son protocole de marché commun affirme la libre circulation des capitaux. Dans la pratique, les différences de réglementation, de supervision, de change, de technologie et de profondeur des marchés continuent de ralentir les opérations transfrontalières.
EAC-CAMPSI succède à un projet régional de paiement et de règlement qui avait déjà modernisé des systèmes et rapproché des cadres juridiques, mais connu des lenteurs d’exécution. La revue du portefeuille est-africain publiée par la Banque africaine de développement au début de 2026 en signalait encore l’effet sur les décaissements. L’obstacle est donc autant institutionnel que technologique : banques centrales, régulateurs, bourses, dépositaires et législations doivent avancer ensemble.
La stratégie de développement 2026/2027–2030/2031 de la CAE prévoit un système régional interopérable, des services bancaires transfrontaliers et l’harmonisation des marchés de capitaux. Ses estimations budgétaires ne peuvent toutefois être assimilées au don EAC-CAMPSI sans rapprochement projet par projet.
Un projet régional couvrant huit membres de la CAE et l’Éthiopie
Le périmètre annoncé compte neuf pays : Burundi, République démocratique du Congo, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du Sud, Tanzanie et Ouganda. Huit sont membres de la Communauté d’Afrique de l’Est ; l’Éthiopie ne l’est pas. Le projet relève donc à la fois de la CAE et d’une logique plus large de la Corne de l’Afrique.
Le Secrétariat de la Communauté d’Afrique de l’Est doit assurer la mise en œuvre. Le Fonds attend plusieurs résultats : des marchés de capitaux plus efficaces et intégrés ; un meilleur accès des entreprises et des citoyens aux services financiers ; le renforcement des infrastructures de marché et de paiement ; l’amélioration des capacités réglementaires et institutionnelles ; une participation accrue des femmes et des jeunes aux marchés financiers régionaux.
Le projet doit accompagner le plan directeur des paiements transfrontaliers de la CAE pour 2025–2030 et contribuer à la ZLECAf. En juillet 2026, le Comité des affaires monétaires a confirmé le début de sa mise en œuvre, tout en constatant une convergence macroéconomique inégale et des risques cybernétiques. La monnaie unique visée pour 2031 demeure un objectif politique, non une échéance assurée.
La fiche de projet MapAfrica mentionne une clôture planifiée à la fin de 2028. Cette date offre un repère administratif ; elle ne constitue pas la preuve que les neuf pays auront alors harmonisé l’ensemble de leurs marchés et systèmes de paiement.
L’harmonisation technique ne suffira pas à produire la confiance
Le premier chantier est l’interopérabilité. Connecter banques, systèmes de règlement, opérateurs de monnaie mobile et plateformes nationales peut réduire les délais et les coûts de correspondance. L’effet est plausible, mais le communiqué ne publie ni tarif cible, ni délai moyen, ni volume de référence.
Le deuxième concerne les marchés de capitaux. L’intégration peut élargir la base d’investisseurs, mais aussi concentrer les flux au Kenya ou dans les places les mieux équipées si les règles d’accès, les coûts de cotation et les protections ne sont pas équilibrés.
Le troisième est la transparence. La technologie peut améliorer la traçabilité ; elle ne remplace ni l’indépendance des régulateurs, ni la déclaration des bénéficiaires effectifs, ni les audits et les sanctions. La transparence n’est pas un résultat automatique du don.
La composition géographique ajoute une difficulté de gouvernance. Le Secrétariat de la CAE mettra en œuvre un projet incluant l’Éthiopie, pays extérieur à l’organisation. Les modalités de décision, de supervision, de partage des données et de règlement des différends avec ce neuvième bénéficiaire devront être explicites. Les sources publiques consultées ne détaillent pas encore cette architecture.
Financer l’Afrique avec l’épargne africaine plutôt qu’avec la fragmentation
L’Afrique dispose d’une épargne institutionnelle encore enfermée dans des marchés nationaux étroits ou orientée vers des actifs extérieurs. Des marchés régionaux plus liquides peuvent financer infrastructures, industrie, agriculture, énergie et innovation.
Pour la RDC, la Somalie, le Soudan du Sud et l’Éthiopie, le projet peut élargir l’accès régional ou renforcer des capacités encore jeunes. Ces effets supposent stabilité, réglementation crédible et protection des investisseurs.
EAC-CAMPSI peut également servir la ZLECAf en rapprochant le financement du commerce des circuits commerciaux réels. Une PME exportatrice ne bénéficie pas pleinement d’une préférence tarifaire si elle ne peut pas être payée rapidement, convertir les fonds à un coût prévisible ou obtenir un crédit de long terme. L’infrastructure financière constitue ainsi une composante de la souveraineté commerciale africaine.
L’inclusion des femmes et des jeunes devra être mesurée par des données ventilées sur les comptes, entreprises financées, volumes et coûts d’accès. Pour les diasporas, aucun produit d’investissement ou mécanisme de transfert dédié n’est établi : le bénéfice reste prospectif.
Les budgets, les marchés publics et les indicateurs manquent encore
Plusieurs éléments restent à documenter pour apprécier pleinement la portée du projet.
Le Fonds africain de développement a annoncé l’octroi d’un don de 9 millions de dollars en faveur du projet EAC-CAMPSI. Celui-ci couvre neuf pays et sa mise en œuvre est confiée au Secrétariat de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE).
La base de données MapAfrica mentionne un financement de 6,4 millions d’unités de compte, l’identifiant de projet P-Z1-HZ0-046 ainsi qu’une date de clôture prévisionnelle fixée à la fin de l’année 2028.
L’interopérabilité des marchés financiers et l’harmonisation des cadres réglementaires sont susceptibles de réduire les frictions financières et de faciliter l’accès au capital, à condition que les réformes prévues soient effectivement mises en œuvre de manière convergente par les États participants.
Le rythme d’adhésion des neuf pays, le niveau de compatibilité des systèmes, le coût global de l’intégration ainsi que la répartition des bénéfices entre les différentes places financières n’ont pas été précisés dans les documents publics.
La ventilation du budget par composante et par pays, le calendrier détaillé des marchés publics, l’identité des prestataires retenus, les valeurs de référence ainsi que les objectifs quantifiés en matière d’égalité de genre et d’inclusion des jeunes ne peuvent pas être établis à partir de l’annonce publique.
Une divergence de calendrier apparaît entre les informations publiées par le Fonds africain de développement et celles figurant dans la base MapAfrica : cette dernière fait état d’une date d’approbation administrative différente de celle du 12 juin mentionnée par le Fonds. En l’absence d’explication officielle, cette différence peut résulter d’étapes administratives distinctes et ne permet pas de tirer une conclusion définitive.
Un tableau de bord public devrait réunir décaissements, contrats, incidents, coûts, volumes transfrontaliers, nouveaux émetteurs et résultats sociaux. Sans ces données, le succès resterait évalué à partir d’intentions.
Le vrai test commencera lorsque les capitaux changeront réellement de marché
Le don doit maintenant produire des plans de travail, normes, textes harmonisés et capacités de supervision. Les pays devront ensuite prouver que les paiements circulent à moindre coût et que les entreprises accèdent à des financements plus longs.
Le projet ne doit pas être confondu avec l’union monétaire elle-même. Il peut préparer certaines infrastructures indispensables, mais il ne résout ni les divergences macroéconomiques, ni les choix de change, ni les conditions politiques d’une monnaie unique. Le Comité des affaires monétaires a d’ailleurs reconnu en juillet 2026 que les progrès de convergence restaient inégaux.
Modeste au regard de neuf systèmes nationaux, la subvention peut catalyser des normes et des marchés communs. Sa valeur politique dépendra de la transparence de l’exécution.
Les pièces institutionnelles à suivre jusqu’en 2028
- Fonds africain de développement, annonce du don de 9 millions de dollars pour l’intégration financière en Afrique de l’Est, 24 juin 2026.
- Groupe de la Banque africaine de développement, fiche MapAfrica du projet EAC-CAMPSI, identifiant P-Z1-HZ0-046.
- Communauté d’Afrique de l’Est, approbation du plan directeur des systèmes de paiement transfrontaliers, 14 mai 2025.
- Communauté d’Afrique de l’Est, Septième stratégie de développement 2026/2027–2030/2031 — matrice de mise en œuvre.
- Communauté d’Afrique de l’Est, communiqué de la 29e réunion ordinaire du Comité des affaires monétaires, juillet 2026.
- Groupe de la Banque africaine de développement, revue régionale de la performance du portefeuille d’Afrique de l’Est, 2026.

