Dans l’État nigérian d’Osun, le gouvernement affirme appliquer à son université l’accord conclu entre Abuja et le syndicat ASUU. Le même syndicat conteste une prolongation de deux ans annoncée pour le vice-chancelier. Les annonces de versement, les textes de gouvernance et la continuité des cours ne se vérifient pas de la même manière : c’est précisément ce que cette controverse oblige à distinguer.

À Osogbo, deux différends se retrouvent dans une même réponse

Le 12 septembre 2026, le commissaire à l’information de l’État d’Osun, Kolapo Alimi, répond publiquement au Conseil exécutif national de l’Academic Staff Union of Universities (ASUU). Le gouvernement estime qu’Osun a été injustement omis de la liste des États salués par le syndicat pour la mise en œuvre de l’accord salarial fédéral de 2025. Il conteste aussi la lecture d’ASUU sur la durée du mandat d’Odunayo Clement Adebooye, vice-chancelier de l’Osun State University (UNIOSUN). Une première réponse officielle, datée du 8 septembre et publiée le 9, portait déjà sur la gouvernance de l’établissement.

Le communiqué syndical, signé le 10 septembre par son président Christopher Piwuna à la suite d’une réunion tenue le 5, ne se limite pas à Osun. Il critique l’application jugée incomplète de l’accord dans plusieurs universités, réclame des salaires retenus et des retenues sur paie non reversées, et prévient qu’une grève nationale suspendue pourrait être réactivée si les demandes restent sans réponse. Pour UNIOSUN, il dénonce spécifiquement l’allongement annoncé du mandat de son dirigeant jusqu’en janvier 2029 au lieu de janvier 2027. Une reproduction intégrale de ce texte syndical est accessible dans la presse ; son exemplaire publié directement par ASUU n’a pas été retrouvé dans les pièces consultées.

Un accord fédéral et une université financée par un État

Le ministère fédéral de l’Éducation a présenté, le 14 janvier 2026, l’accord renégocié avec ASUU, désigné comme « accord de 2025 » par les parties. Parmi les mesures annoncées figurent une revalorisation de 40 % des émoluments des enseignants universitaires par le mécanisme de l’allocation consolidée pour les outils académiques, ainsi qu’une allocation annuelle pour les professeurs et certains autres grades. Le ministère indique une prise d’effet au 1er janvier 2026. La signature de l’accord entre les parties nationales est documentée ; elle ne démontre pas à elle seule que chaque établissement, fédéral ou d’État, a payé chaque composante à chaque ayant droit.

UNIOSUN relève de l’État d’Osun, dont une loi constitutive détermine la gouvernance. Le niveau fédéral négocie avec un syndicat national et administre ses propres établissements ; Osun décide et finance les versements dans son université. Adhérer à un barème, annoncer une enveloppe et exécuter des virements sont trois étapes distinctes. Adopter des paramètres salariaux fédéraux ne soumet pas automatiquement la nomination du vice-chancelier à la loi des universités fédérales.

À la fin d’août, le gouverneur Ademola Adeleke reconstitue le conseil de gouvernance d’UNIOSUN. Selon ASUU, il annonce lors de son inauguration, le 1er septembre, une prolongation de deux ans du mandat de Clement Adebooye. L’assemblée de l’État examine ensuite un amendement à la loi constitutive.

Les annonces de versement et leurs limites vérifiables

Le 27 avril, l’État d’Osun annonce que le gouverneur a approuvé l’application à UNIOSUN des principaux volets de l’accord, avec des arriérés remontant à janvier. Il relaie la déclaration du porte-parole de l’université sur les indemnités académiques, les outils de travail et les allocations professorales. Le président de la section locale d’ASUU, Wende Olaosebikan, accueille favorablement cette approbation.

Le 12 septembre, le gouvernement soutient avoir déjà appliqué l’accord et commencé à payer les arriérés. Il se dit deuxième État après Ekiti à approuver les nouveaux salaires. La note d’avril documente l’approbation ; celle de septembre, la revendication d’un début de paiement. Ni bordereau de paie anonymisé ni rapport d’audit n’établissent le nombre de bénéficiaires et la couverture intégrale de l’accord.

La formule selon laquelle Osun aurait appliqué l’accord « avant le gouvernement fédéral » appelle une réserve supplémentaire. Le ministère fédéral annonçait dès le 9 février que certaines universités fédérales reflétaient déjà la hausse d’une composante dans les salaires. Osun ne publie son approbation qu’en avril. Ces dates ne permettent pas d’établir la priorité chronologique revendiquée pour l’ensemble de l’accord ; les calendriers de chacune de ses composantes pourraient différer et les pièces individuelles de paiement manquent. La comparaison doit rester limitée aux annonces publiées, sans transformer l’une ou l’autre communication en audit complet.

Dans sa déclaration de septembre, ASUU cite Abia, Bauchi, Ekiti, Ogun et d’autres États, mais pas Osun. Cette omission est vérifiable ; son motif ne l’est pas. L’intention malveillante dénoncée par l’exécutif ne découle pas de la seule absence d’Osun dans la liste.

Le mandat du vice-chancelier face à trois niveaux de droit

ASUU affirme que la loi constitutive d’UNIOSUN limitait le vice-chancelier à un mandat unique de cinq ans et rapproche ce dispositif de la loi fédérale de 2012. Osun réplique que sa propre loi constitutive, votée par son assemblée, gouverne l’institution. Le texte fédéral de 1993, conservé dans un recueil officiel, comporte une liste d’universités fédérales. Mais cette distinction ne tranche pas, sans lecture des textes complets, la portée de normes éventuellement reprises par la législation d’Osun.

Selon le communiqué gouvernemental du 8 septembre, le mandat d’Adebooye devait prendre fin en janvier 2027 et l’assemblée a adopté un projet d’amendement. Des comptes rendus du 3 septembre décrivent sa troisième lecture, puis une transmission prévue au gouverneur pour assentiment. Le 12 septembre, l’exécutif parle d’une loi « modifiée ». Le vote, l’assentiment, la publication, l’entrée en vigueur et l’application à une personne déjà nommée restent pourtant des questions successives. Aucun texte promulgué ni acte d’assentiment daté n’a été identifié.

Cette lacune interdit un verdict sur la légalité de la prolongation. Le seul vote parlementaire ne prouve pas que chaque étape préalable a été validée rétrospectivement. Les pouvoirs du Visitor — fonction exercée ici par le gouverneur —, ceux du conseil et les dispositions transitoires doivent être lus ensemble. Le syndicat conserve sa capacité de contestation ; le désaccord relève du droit et des procédures.

L’enjeu africain : financer le travail et préserver des règles stables

Pour les enseignants, la question pratique n’est pas l’étiquette « premier État à appliquer » : elle porte sur la rémunération effectivement versée, les rappels, les retenues reversées et la possibilité de travailler sans incertitude mensuelle. Pour les étudiants et leurs familles, elle concerne aussi le coût d’un calendrier interrompu, les stages, les examens et les décisions de diplôme. Une augmentation annoncée peut améliorer le maintien des enseignants et leurs moyens de recherche, mais son effet ne se mesure pas au communiqué ; il faut connaître les paiements et la continuité réelle des activités.

Les États nigérians peuvent adapter l’organisation des établissements qu’ils financent, selon leurs compétences. Cette latitude gagne en légitimité lorsque les textes sont publics, que les organes de gouvernance exercent leurs responsabilités et qu’une décision touchant un dirigeant en place peut être contrôlée. Enseignants et étudiants doivent savoir quelle norme s’applique et quelle voie permet une contestation.

UNIOSUN a maintenu sur son site le calendrier de sa seizième cérémonie de remise des diplômes, prévue du 18 au 24 septembre. Le programme publié est un élément de continuité institutionnelle, pas une preuve que chaque cours s’est tenu normalement ni que tout risque de grève a disparu. La menace évoquée par ASUU est conditionnelle et nationale ; aucun document consulté n’établit un arrêt des cours à UNIOSUN en raison de ce conflit au 24 septembre.

Les pièces qui manquent aux deux camps

Il manque les décisions budgétaires d’Osun, les circulaires locales, des fiches de paie anonymisées et le détail des rappels versés. Comparer Osun et Abuja exige les mêmes composantes et périodes. Les salaires retenus et les cotisations contestées au niveau national ne constituent pas automatiquement des dettes d’UNIOSUN.

Sur la gouvernance, il faut la loi de 2006 et son amendement authentifiés, le procès-verbal parlementaire, la date d’assentiment et de publication, la décision du Visitor et l’avis éventuel du conseil. Ces pièces éclaireraient l’application au titulaire déjà nommé. Le texte intégral de l’accord et l’original du communiqué d’ASUU renforceraient également l’analyse.

Le dialogue devra produire des documents contrôlables

Si l’État publie les paiements et ASUU les confronte à ses relevés locaux, le désaccord salarial pourrait devenir vérifiable. Si les textes de 2006 et de 2026 sont accessibles avec leurs dates d’effet, le mandat pourrait être examiné devant les organes compétents, voire par un juge saisi du différend.

La réponse donnée à ASUU par Osun contient une approbation documentée de l’accord salarial et l’affirmation d’un début de paiement, dont l’ampleur demeure à contrôler. Elle décrit aussi un vote d’amendement, dont l’assentiment et l’effet précis sur le mandat d’Adebooye n’ont pas pu être établis. C’est à cette double vérification que se mesure la solidité de la gouvernance universitaire : assurer les moyens des enseignants et rendre lisibles les règles qui commandent leurs institutions, afin que les étudiants puissent étudier dans un cadre prévisible.

Les déclarations et registres à consulter

  • Ministère fédéral de l’Éducation, communiqué sur la signature et la présentation de l’accord FGN-ASUU, 14 janvier 2026 ; ministère fédéral de l’Information, annonce du début de mise en œuvre d’une revalorisation dans certaines universités fédérales, 9 février 2026.
  • Gouvernement de l’État d’Osun, communication du 27 avril 2026 relative à l’approbation de l’accord à UNIOSUN et réaction du président de la section locale d’ASUU ; communiqué sur la dissolution et la reconstitution du conseil, 28 août 2026.
  • Gouvernement de l’État d’Osun, déclarations du commissaire à l’information sur la gouvernance d’UNIOSUN, datée du 8 septembre et publiée le 9, et sur l’accord et la gouvernance, 12 septembre 2026.
  • ASUU, déclaration signée par Christopher Piwuna le 10 septembre 2026 après la réunion du 5 septembre, reproduite intégralement par Public Lens ; à recouper avec l’original syndical.
  • Assemblée de l’État d’Osun, site de l’institution ; comptes rendus de la troisième lecture du projet de modification de la loi d’UNIOSUN le 3 septembre publiés dans la presse locale, en attente du texte parlementaire authentifié et de son éventuel assentiment.
  • Université UNIOSUN, programme institutionnel de la seizième cérémonie de remise des diplômes, du 18 au 24 septembre 2026 ; ministère fédéral de l’Éducation, recueil des textes législatifs du secteur universitaire, pour le champ de la loi fédérale de 1993.

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