Pretoria veut convertir la fraternité politique en puissance productive

Le 17 juillet 2026, l’Afrique du Sud et la Namibie ont réuni à Pretoria la quatrième session de leur Commission binationale. Cyril Ramaphosa et Netumbo Nandi-Ndaitwah ont coprésidé cette rencontre, précédée de réunions de hauts fonctionnaires les 14 et 15 juillet, puis d’un segment ministériel le 16 juillet. La séquence est établie par le communiqué conjoint publié par le ministère sud-africain des Relations internationales et de la Coopération.

La portée politique de la réunion ne fait guère de doute. Les deux États sont liés par les luttes de libération contre le colonialisme sud-africain et l’apartheid, par leur frontière, par l’Union douanière d’Afrique australe et par la Communauté de développement de l’Afrique australe. Mais le véritable enjeu de Pretoria se situait ailleurs : transformer cette proximité historique et institutionnelle en capacités industrielles, énergétiques et logistiques concrètes.

Le communiqué place au premier plan les chaînes de valeur transfrontalières, la valorisation des minerais, l’énergie et les corridors de transport. Le tournant annoncé reste toutefois une intention encadrée : sept instruments ont été signés, mais aucun portefeuille exhaustif de projets financés, montant consolidé des engagements nouveaux ou calendrier détaillé n’a été publié. L’axe industriel est politiquement recherché ; sa matérialisation reste à démontrer.

Une alliance née de la libération, désormais jugée sur ses résultats

La relation bilatérale possède une profondeur que ne résume pas une rencontre diplomatique. Netumbo Nandi-Ndaitwah a rappelé à Pretoria le procès d’Andimba Toivo ya Toivo et de trente-six autres Namibiens sous le régime d’apartheid, ainsi que la communauté de destin entre les mouvements de libération des deux pays. Selon son allocution, la décision d’élever la relation au rang de Commission binationale remonte à 2012. Les autorités sud-africaines situent, quant à elles, l’établissement du mécanisme en 2013. Cette différence de chronologie ne remet pas en cause l’existence de l’institution, mais elle invite à distinguer la décision politique de sa mise en œuvre formelle.

Avant la quatrième session, Pretoria recensait 75 accords ou mémorandums bilatéraux. Cette densité juridique rend centrale la question de l’exécution. Cyril Ramaphosa a lui-même affirmé que la réussite se mesurerait aux usines, infrastructures, investissements et emplois effectivement créés.

La Namibie demeure étroitement reliée à l’économie sud-africaine. La présidence sud-africaine affirme que plus de 50 entreprises de son pays ont investi environ 1,2 milliard de dollars en Namibie entre 2023 et 2025, créant près de 4 900 emplois dans les mines, la banque, l’assurance, l’immobilier et les énergies renouvelables. Il s’agit d’une donnée officielle vérifiable comme déclaration gouvernementale. En revanche, la méthode de calcul, la liste complète des entreprises et la ventilation sectorielle des emplois n’ont pas été publiées avec le communiqué ; les chiffres sous-jacents ne sont donc pas auditables à partir de cette seule source.

Cette asymétrie place la coopération devant un choix : prolonger l’expansion de groupes sud-africains dans un marché plus réduit, ou organiser coproduction, transfert de compétences et montée en gamme des entreprises namibiennes.

Sept instruments signés, mais aucune usine livrée le jour du sommet

Les faits établis sont substantiels. Les deux gouvernements ont signé sept instruments : un mémorandum sur l’emploi et le travail ; un accord de coopération entre l’École nationale d’administration sud-africaine et l’Institut namibien d’administration et de gestion publiques ; un accord bilatéral sur les services aériens ; un mémorandum de coopération juridique ; un autre sur les services correctionnels ; un accord de partenariat entre les chambres de commerce des deux pays ; enfin, un mémorandum sur l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.

Le communiqué confirme aussi les chaînes de valeur transfrontalières, les mines, les hydrocarbures, la cartographie géologique, la valorisation locale, l’électricité, les énergies renouvelables, le corridor trans-Kalahari, l’eau, l’agriculture et la formation.

Dans l’énergie, les présidents ont demandé d’accélérer le projet gazier de Kudu. Cette formulation ne signifie pas que la centrale est construite ni que la décision finale d’investissement est acquise. La société publique NAMCOR indique que le consortium, détenu à 95 % par BW Energy et à 5 % par NAMCOR avec un droit de remontée supplémentaire, prépare les études d’ingénierie de base. Le concept actuel vise une première phase d’au moins 420 mégawatts, destinée aux marchés namibien et régional. Kudu est donc un projet avancé dans sa conception, mais encore exposé aux risques de financement, d’achat d’électricité, d’infrastructures et de calendrier.

Netumbo Nandi-Ndaitwah a proposé d’acheminer de l’électricité angolaise vers l’Afrique du Sud via la Namibie et demandé aux trois ministres de l’énergie de formaliser le dossier. Ce n’est pas encore un accord tripartite. Elle a aussi précisé que le cadre légal nucléaire namibien restait en préparation : aucune coopération nucléaire opérationnelle ne peut être affirmée.

La coopération scientifique repose sur un accord de 2005, réaffirmé en 2026, mais les budgets et livrables nouveaux ne sont pas détaillés.

Du bassin de l’Orange au Kalahari, la bataille porte sur la valeur ajoutée

L’analyse d’investigation conduit à identifier quatre nœuds stratégiques. Le premier est le bassin de l’Orange. Les découvertes d’hydrocarbures au large de la Namibie ont suscité un afflux d’intérêts internationaux. Pretoria propose d’y adosser une économie énergétique régionale intégrant exploration, ingénierie, raffinage, pétrochimie, services maritimes, logistique et fabrication avancée. Cette ambition est politiquement cohérente, mais aucun schéma industriel commun entièrement financé n’a été annexé au communiqué.

Le deuxième nœud concerne les minerais critiques. L’Afrique australe dispose d’uranium, de diamants, de cuivre et d’autres ressources indispensables aux transitions énergétiques. La commission affirme vouloir dépasser l’exportation de matières brutes. L’objectif est juste du point de vue de la souveraineté africaine : conserver sur le continent une part plus élevée de la transformation, de la propriété intellectuelle, de l’emploi qualifié et des recettes fiscales. Mais la valorisation locale exige de l’électricité fiable, des infrastructures, des capitaux patients, des marchés régionaux et des clauses de contenu local opposables. Aucun de ces instruments n’est automatiquement créé par une déclaration présidentielle.

Le troisième nœud est le corridor industriel vert autour de Boegoebaai. L’hydrogène peut soutenir l’ammoniac et la transformation industrielle, ou reproduire l’extractivisme s’il est exporté sans industries locales. La souveraineté se mesurera à la propriété, aux emplois, aux transferts technologiques et à l’accès des PME africaines.

Le quatrième nœud est logistique. Le corridor trans-Kalahari peut donner une profondeur continentale aux ports namibiens et aux industries régionales, à condition de desservir les producteurs africains plutôt que le seul acheminement de ressources vers l’extérieur.

Une coopération australe qui peut servir de matrice continentale

Pour l’Afrique, cette commission offre une expérimentation concrète de l’intégration par les chaînes de valeur. L’Afrique du Sud possède une base industrielle, financière et scientifique plus large ; la Namibie dispose de ressources, d’espace, d’un potentiel énergétique et d’une façade atlantique stratégique. Leur complémentarité peut alimenter une spécialisation productive négociée plutôt qu’une concurrence entre voisins.

Le bénéfice deviendrait continental si les projets étaient reliés à la ZLECAf, aux programmes de la SADC et à des fournisseurs africains. Équipements miniers, énergie et corridors pourraient servir le Botswana, la Zambie et au-delà. Ce scénario reste conditionnel.

Une intégration dominée par les grands groupes pourrait accroître l’investissement sans réduire le chômage ni l’exclusion productive. Les plans devraient publier des objectifs de contenu local, formation, achats aux PME, participation des femmes et des jeunes et emplois durables.

Les diasporas et communautés migrantes pourraient bénéficier d’une mobilité professionnelle accrue, mais aucun instrument signé ne crée un régime nouveau de travail ou d’investissement diasporique.

L’Orange, Kudu et les plans d’action restent sous surveillance

Plusieurs zones d’incertitude doivent être conservées dans la version publiée.

La quatrième Commission binationale s’est tenue à Pretoria le 17 juillet 2026. Sept instruments ont été signés et les deux présidents ont demandé l’élaboration de plans d’exécution précisant les responsabilités, les calendriers ainsi qu’une revue à mi-parcours.

Les autorités ont déclaré que plus de 50 entreprises sud-africaines avaient investi environ 1,2 milliard de dollars en Namibie entre 2023 et 2025 et y avaient créé près de 4 900 emplois. Ces chiffres proviennent des communications officielles, mais ne peuvent pas être audités en l’absence des pièces justificatives rendues publiques.

La coopération dans les secteurs de l’énergie et des mines est susceptible de renforcer les investissements bilatéraux, au regard des projets déjà engagés et de la complémentarité des deux économies. En revanche, l’ampleur de ces investissements et la répartition de leurs retombées ne peuvent pas encore être quantifiées.

Le calendrier de développement du projet Kudu, l’architecture financière du corridor industriel vert ainsi que la conclusion du mémorandum relatif à la géologie et aux mines n’ont pas été précisés dans les documents publics.

Aucun règlement définitif de la frontière du fleuve Orange n’est établi à ce stade. La présidente namibienne a demandé que le rapport d’experts soit examiné, mais le communiqué conjoint ne fait état d’aucune décision finale sur cette question.

La valeur totale des nouveaux investissements directement imputables à la quatrième Commission binationale ne peut pas être déterminée à partir des informations publiques disponibles, faute de publication d’un portefeuille financier détaillé.

Les journalistes, parlements et citoyens devront donc obtenir les plans d’action, budgets, bénéficiaires effectifs, marchés publics, indicateurs d’emploi et rapports de revue à mi-parcours.

Le cinquième sommet devra présenter des actifs, pas seulement des intentions

La cinquième session doit se tenir en Namibie à une date non fixée. La crédibilité de l’axe dépendra des décisions d’investissement, contrats d’achat d’électricité, avancées de Kudu, projets de transformation minière et résultats du corridor trans-Kalahari.

Deux États africains peuvent coordonner ressources, entreprises publiques, science et marchés afin de retenir davantage de valeur. Le succès ne résidera pas dans le volume extrait, mais dans la capacité des populations sud-africaine et namibienne à posséder, transformer, financer et gouverner les actifs créés.

Les documents publics qui fondent l’enquête

  • Département sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, Communiqué conjoint de la quatrième session de la Commission binationale Afrique du Sud–Namibie, 17 juillet 2026.
  • Présidence de la République d’Afrique du Sud, déclarations d’ouverture et de clôture de Cyril Ramaphosa, 17 juillet 2026.
  • Présidence de la République de Namibie, déclaration d’ouverture de Netumbo Nandi-Ndaitwah, 17 juillet 2026.
  • Présidence sud-africaine, point de presse relatif à la quatrième Commission binationale, juillet 2026.
  • Département sud-africain de la Science, de la Technologie et de l’Innovation, bilan de la coopération scientifique après la Commission binationale, 21 juillet 2026.
  • NAMCOR, présentation institutionnelle actualisée du projet gazier de Kudu.

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