Au cœur de l’architecture institutionnelle continentale à Addis-Abeba, l’Union africaine (UA) a stratégiquement redéfini son Agenda 2063. L’analyse des documents officiels de la Commission de l’Union africaine (CUA) pour la période du 25 mai 2026 indique une volonté de rompre avec la rhétorique humanitaire pour adopter une posture géoéconomique combative.
Le thème officiel de l’année 2026, tel que publié dans la note conceptuelle de l’UA, est : « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». L’investigation révèle que ce choix n’est pas dicté par une simple préoccupation environnementale, mais par l’identification de l’eau comme l’infrastructure fondamentale de l’industrialisation africaine. Le président de la CUA, Moussa Faki Mahamat, a présidé ces cérémonies en soulignant que la résilience climatique et la santé publique sont les fondations mêmes de l’avenir du continent.
Le récit officiel de l’UA, structuré pour préparer la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026, s’articule autour de directives précises visant à forger une voix africaine unifiée sur la scène multilatérale.
Axes stratégiques de l’UA (mai 2026)
| Axe stratégique | Fondement idéologique et opérationnel | Déclaration panafricaine associée |
|---|---|---|
| Droit humain et souveraineté | Rejet de la marchandisation néolibérale de l’eau. L’assainissement est affirmé comme un droit inaliénable, non comme un bien de consommation soumis aux diktats des marchés financiers. | « Chaque Africain mérite l’accès à l’eau potable et à un assainissement sûr — ce n’est pas un privilège, mais un droit. » |
| Transformation économique | L’eau est repositionnée comme le principal moteur de l’indépendance industrielle, de l’autosuffisance agricole et de la sécurité énergétique continentale. | « L’eau est le moteur de l’industrialisation, de l’agriculture et de l’avenir énergétique de l’Afrique. » |
| Adaptation et résilience | Développement d’infrastructures climato-résilientes pour protéger les populations, notamment les enfants (WASH), contre les chocs exogènes (sécheresses, inondations). | « Sécuriser l’eau, c’est sécuriser l’Afrique contre les chocs climatiques. » |
| Solidarité transfrontalière | Les ressources hydrographiques (bassins, lacs, aquifères) doivent cesser d’être des zones de conflit pour devenir les artères d’une diplomatie panafricaine. | « L’eau nous unit par-delà les frontières — nos rivières, lacs et aquifères sont des lignes de vie partagées. » |
Cette doctrine vise à forcer les États membres à mobiliser des investissements massifs dans les infrastructures, tout en protégeant les écosystèmes. En arrimant la question de l’eau à l’industrialisation, l’UA tente de reprendre le contrôle narratif face aux institutions de Bretton Woods qui dominent traditionnellement le financement des infrastructures en Afrique.

