Économie Politique / Gouvernance Publique
Le 8 juin, Samoa ouvre un nouveau cycle de planification nationale
Le fait central est établi. Le 8 juin 2026, le gouvernement samoan a officiellement lancé le Pathway for the Development of Samoa FY2026/27-FY2030/31, couramment désigné PDS2. Le processus de formulation avait été ouvert publiquement le 26 janvier par le ministère des Finances avec des consultations associant administrations, secteur privé, organisations non gouvernementales, communautés et partenaires de développement. Plusieurs événements publics de lancement ont ensuite été organisés en juin.
Le mot « politique » figurant dans le titre du référentiel doit cependant être précisé. Le PDS2 n’est ni une loi nouvelle ni un programme budgétaire autonome. Il constitue le plan national de développement et la feuille de route de référence pour les cinq exercices allant de juillet 2026 à juin 2031. Sa fonction est d’ordonner les priorités de l’État, d’aligner les plans sectoriels et d’orienter les budgets, les programmes publics et le dialogue avec les partenaires.
Le plan porte une vision explicitement samoane : « A Highly Resilient, Safe, and Prosperous Samoa », ancrée dans le Fa’a Samoa et la foi, et organisée autour de la notion d’Aiga. Le gouvernement présente ainsi la famille et les liens communautaires non comme un simple registre culturel, mais comme une infrastructure sociale de développement. Cette articulation entre planification publique et institutions sociales locales est l’un des traits les plus structurants du PDS2.
Cinq résultats stratégiques pour éviter la dispersion de l’État
Le PDS2 est structuré autour de cinq Key Strategic Outcomes. Le premier porte sur le développement social inclusif : santé, éducation, culture, bien-être et capital humain. Le deuxième vise une économie durable, davantage diversifiée, capable de renforcer le secteur privé et l’autonomie économique des communautés. Le troisième associe gouvernance de confiance, État de droit, sécurité, accès à la justice et diplomatie stratégique.
Le quatrième résultat concerne un environnement protégé et résilient au climat. Il combine sauvegardes environnementales, restauration des ressources, préparation aux catastrophes et accélération de la transition vers les énergies renouvelables. Le cinquième porte sur des travaux publics structurés et des infrastructures durables, avec une attention particulière à la gestion des actifs, aux services essentiels et à la transformation numérique.
Ces cinq résultats sont soutenus par douze Key Priority Areas. Deux principes transversaux, la résilience climatique et l’égalité de genre, doivent être intégrés à l’ensemble du dispositif. Le gouvernement affirme également que des indicateurs et des cibles nationales sont définis dans un Monitoring, Evaluation and Learning Framework. Ce point est important : le PDS2 cherche à réduire le risque d’un plan composé uniquement d’objectifs politiques en lui adjoignant une architecture de mesure et d’apprentissage.
Le premier budget transforme déjà le plan en arbitrages concrets
Le budget FY2026/27 constitue la première année d’exécution du PDS2. Lors du lancement, le Premier ministre a directement relié le plan aux choix budgétaires adoptés pour l’exercice : création d’un Child Well Being Benefit, relance du First Harvest Program pour la sécurité alimentaire, maintien du Sports Development Fund, hausse de la pension des personnes âgées de 70 ans et plus et renforcement du Shelter Financing Program pour les ménages vulnérables.
Le gouvernement prévoit également davantage de moyens pour les bourses, les organismes professionnels et les associations de travailleurs dans le cadre du National Workforce Plan, ainsi que pour les prêts concessionnels aux entreprises. Des crédits supplémentaires sont annoncés pour les organisations non gouvernementales, l’aide juridictionnelle, la construction d’un palais de justice à Savai’i et le District Development Program.
Cette traduction budgétaire ne prouve pas encore l’efficacité du PDS2. Elle établit toutefois que le plan n’a pas été lancé comme un document séparé du cycle financier. La question décisive sera l’exécution. Le Fonds monétaire international souligne justement que Samoa connaît depuis plusieurs années une sous-exécution persistante des dépenses d’investissement et demande de renforcer évaluation des projets, achats publics, mise en œuvre, suivi et transparence avant toute nouvelle montée en puissance de certains programmes.
Un plan lancé au moment où la conjoncture se retourne
La narration officielle du PDS2 insiste sur la reprise post-pandémie portée par le tourisme, les envois de fonds et le retour de l’engagement international. Cette photographie reste pertinente pour expliquer la préparation du plan, mais les données les plus récentes montrent que le contexte s’est rapidement durci. Le FMI estime désormais la croissance réelle à seulement 0,4 % pour FY2025/26, après 4,2 % l’année précédente.
Pour FY2026/27, le FMI projette un rebond limité à 2 %, soutenu par une politique budgétaire expansionniste. L’inflation moyenne devrait atteindre environ 4,5 %, avec une pression importante liée aux prix du carburant et des produits alimentaires. Les coûts énergétiques et maritimes élevés, la faiblesse de la demande privée, les contraintes d’infrastructure, l’étroitesse de la base productive et l’émigration continuent de peser sur le potentiel de croissance.
Le PDS2 doit donc être évalué comme un plan de développement adopté dans un environnement mouvant, non comme une prévision macroéconomique qui se serait déjà réalisée. Sa solidité dépendra précisément de sa capacité à absorber des chocs qui n’étaient pas nécessairement calibrés au même niveau lors de sa conception. Cela donne un sens concret au mot « résilience » : protéger les priorités de long terme lorsque l’énergie, le transport, le climat ou la géopolitique dégradent brutalement les marges de manœuvre.
Une marge budgétaire réelle, mais pas un chèque en blanc
Samoa entre dans ce cycle avec un avantage important : son endettement public est relativement faible et ses réserves internationales sont confortables. Le FMI considère néanmoins que le pays reste exposé à un risque modéré de surendettement, notamment parce que les catastrophes climatiques peuvent modifier rapidement les trajectoires budgétaires. Il recommande de préserver les coussins de sécurité et de renforcer le cadre budgétaire de moyen terme.
La Banque asiatique de développement décrit le même arbitrage. Les importants apports de dons ont contribué à réduire la dette publique depuis la fin des années 2010, mais l’investissement public est resté exceptionnellement faible sur plusieurs exercices. Son programme proposé en 2026 vise donc à améliorer simultanément la gestion des investissements, les systèmes d’information financière, l’administration fiscale et la résilience budgétaire, plutôt qu’à choisir mécaniquement entre austérité et dépense.
Le PDS2 ne dispose d’ailleurs pas d’un financement unique couvrant l’ensemble de ses ambitions. Chaque priorité doit être traduite dans les budgets annuels, les plans sectoriels, les investissements publics et les programmes soutenus par les partenaires. Les effets futurs sur la croissance, l’emploi ou la diversification restent donc des projections. Le niveau de preuve permet d’établir une architecture de planification ; il ne permet pas encore de conclure à sa réussite économique.
L’Aiga transforme la gouvernance communautaire en instrument de développement
L’un des éléments les plus distinctifs du PDS2 est l’intégration explicite de l’Aiga. Le gouvernement affirme que le développement n’est pas la responsabilité du seul État : il doit être porté par les familles, les villages, les communautés, le secteur privé, les organisations civiles et les citoyens. Cette conception accompagne notamment le District Development Program, auquel l’exécutif continue d’accorder une place importante.
L’approche présente un avantage potentiel : rapprocher certaines décisions, ressources et responsabilités des communautés peut améliorer la pertinence des projets et renforcer l’appropriation locale. Mais elle comporte également des exigences de gouvernance. Plus les fonds et décisions sont décentralisés, plus les mécanismes de sélection, de comptabilité, d’audit, de contrôle des conflits d’intérêts et d’évaluation deviennent essentiels.
Le FMI insiste précisément sur la transparence et la capacité d’exécution du District Development Program. Il serait donc excessif de présenter la gouvernance communautaire comme intrinsèquement plus efficace que l’administration centrale. Le PDS2 rend plausible une articulation originale entre État et structures sociales samoanes ; son efficacité dépendra de la qualité des règles, des données et des contrôles qui relient les deux niveaux.
Pour l’Afrique, planifier signifie aussi reprendre le contrôle de la trajectoire
L’expérience samoane offre un parallèle utile avec Agenda 2063. L’Union africaine demande depuis l’origine que les États alignent et intègrent les objectifs continentaux dans leurs plans nationaux et régionaux. Le deuxième plan décennal d’Agenda 2063 pour 2024-2033 réaffirme que les National Development Plans constituent l’un des trois grands canaux d’exécution, avec les cadres continentaux et régionaux.
Le PDS2 montre l’intérêt d’une architecture courte et hiérarchisée : quelques résultats stratégiques, des priorités identifiées, des indicateurs, un cadre de suivi et une traduction annuelle dans le budget. Pour plusieurs États africains, la difficulté n’est pas l’absence de stratégies mais leur superposition : plans nationaux, visions présidentielles, programmes sectoriels, agendas des bailleurs et cadres régionaux peuvent entrer en concurrence pour les mêmes administrations et les mêmes ressources.
L’autre enseignement concerne la souveraineté culturelle de la planification. Samoa inscrit l’Aiga et le Fa’a Samoa au cœur de son modèle au lieu de présenter son développement comme une simple transposition de normes extérieures. Agenda 2063 défend également l’idée d’États développementalistes capables, de services publics professionnels et d’un modèle africain fondé sur les expériences propres au continent. La comparaison ne signifie pas qu’un mécanisme samoan soit directement transposable en Afrique ; elle montre qu’un plan national gagne en légitimité lorsqu’il convertit des institutions sociales locales en objectifs mesurables plutôt que de les traiter comme un décor culturel.
Les sources qui permettent de distinguer le plan de ses résultats futurs
Le niveau de preuve repose principalement sur des documents publics samoans et des institutions multilatérales :
• Ministère des Finances de Samoa : Pathway for the Development of Samoa FY2026/27-FY2030/31 (PDS2) et Monitoring, Evaluation and Learning Framework.
• Gouvernement de Samoa : discours du Premier ministre Laaulialemalietoa Leuatea Polataivao Fosi Schmidt lors du lancement officiel du PDS2, 8 juin 2026.
• Ministère des Finances de Samoa : consultation des parties prenantes sur le PDS2, 26 janvier 2026 ; Budget Address et Fiscal Strategy Statement FY2026/27.
• Fonds monétaire international : 2026 Article IV Consultation for Samoa, Staff Concluding Statement, 29 juillet 2026.
• Banque asiatique de développement : Samoa Fiscal and Investment Resilience Strengthening Sector Development Program, Subprogram 1, 2026 ; Asian Development Outlook, juillet 2026.
• Union africaine : Agenda 2063 et Second Ten-Year Implementation Plan 2024-2033, notamment les dispositions relatives aux plans nationaux de développement, à la capacité de l’État et au suivi-évaluation.

