La mission a cessé ses opérations après le non-renouvellement de son mandat au 31 octobre 2026. Le retrait modifie les moyens de présence internationale, tandis que le droit à l’autodétermination et la recherche d’un règlement demeurent au cœur du différend.
Une mission se retire et les droits demeurent
La fin du mandat est un fait confirmé. Dans la déclaration publiée sur le site de la MINURSO, le secrétaire général des Nations unies annonce la cessation des opérations et l’ouverture d’une période de liquidation à partir du 1er novembre 2026. Il précise que le départ de la mission n’abolit pas le droit inaliénable du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Cette distinction commande toute l’analyse : une capacité opérationnelle disparaît, sans qu’un règlement du statut du territoire soit intervenu par ce seul événement. [1]
Pour les Sahraouis, la question concrète concerne les garanties qui subsistent et celles qu’il faudrait organiser. Qui observera les incidents ? Comment préserver l’information indépendante ? Quel accès les populations et les réfugiés conserveront-ils aux interlocuteurs internationaux ? Ces questions ne trouvent pas de réponse automatique dans la fermeture administrative d’une mission. Elles exigent des décisions, des moyens et des responsabilités identifiables.
De la mission de 1991 au blocage du Conseil
La MINURSO a été établie par la résolution 690 de 1991, dans le cadre des propositions de règlement ONU-Organisation de l’unité africaine acceptées par le Maroc et le Front Polisario. Son dispositif devait notamment contribuer au cessez-le-feu et à l’organisation d’un référendum. Le scrutin n’a pas eu lieu ; la mission a poursuivi les tâches confiées par le Conseil de sécurité. Cette histoire rappelle que la présence internationale et l’aboutissement du processus politique ont toujours constitué deux réalités distinctes. [2]
Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 avait prolongé le mandat jusqu’au 31 octobre 2026. Elle soutenait des négociations prenant pour base la proposition marocaine d’autonomie, tout en visant une solution mutuellement acceptable assurant l’autodétermination. Elle demandait également un examen stratégique de l’avenir de la mission. Ce texte ne doit pas être confondu avec les projets discutés un an plus tard. [3]
Le 30 octobre 2026, aucun des deux projets soumis au Conseil n’a été adopté. Selon le compte rendu publié par le maintien de la paix de l’ONU, le projet américain a rencontré un veto russe et le projet russe de prorogation n’a pas obtenu le nombre de voix requis. L’échec des deux textes explique l’expiration du mandat ; il ne permet pas de présenter comme adopté le contenu de l’un ou de l’autre. [2]
Ce qui prend fin et ce qui continue
La liquidation est une opération administrative et logistique. Elle concerne le retrait des personnels, le sort des équipements, les installations et les engagements contractuels. L’ONU a annoncé une équipe réduite placée sous son Département de l’appui opérationnel. Une telle équipe n’est pas, par sa seule existence, une nouvelle mission de surveillance ou de protection : son rôle doit être lu dans les limites de l’annonce officielle. [1]
L’Organisation indique parallèlement vouloir poursuivre ses efforts politiques par l’intermédiaire de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura. Cette continuité diplomatique ne rétablit pas les moyens de terrain de la MINURSO. Elle signifie qu’un interlocuteur et un processus de médiation demeurent disponibles, sans garantir la reprise de négociations fructueuses ni leur résultat. [1]
Le Sahara occidental figure sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU depuis 1963. La notice du département chargé de la décolonisation inscrit le dossier dans cette histoire juridique. La disparition d’une mission de maintien de la paix et la modification du statut d’un territoire relèvent de questions différentes. Aucune pièce consultée n’établit que l’expiration du mandat aurait, par elle-même, retiré le territoire de cette liste. [4]
Les garanties se mesurent par leurs fonctions
La première fonction à examiner est l’observation. Une présence internationale peut recueillir des informations, établir des contacts et contribuer à éviter les malentendus militaires. La retirer risque de réduire les possibilités de vérification partagée. Ce risque est une analyse du changement de dispositif ; il ne constitue pas la preuve qu’une escalade s’est déjà produite à cause du retrait. Il faudrait comparer les incidents, leur documentation et les canaux de liaison avant et après la fermeture.
La deuxième fonction concerne la protection des personnes et l’accès à leurs droits. Un mécanisme utile doit préciser qui peut le saisir, quelles situations il documente et comment ses conclusions sont rendues publiques. Il faut également éviter d’attribuer rétrospectivement à la MINURSO un mandat général de police ou de justice. La disparition d’un instrument déterminé ne dispense pas d’identifier les institutions qui conservent leurs compétences et les lacunes qui demeurent.
La troisième fonction est politique : permettre aux personnes concernées de peser sur les décisions relatives à leur avenir. Des rencontres diplomatiques ne prouvent pas à elles seules une participation effective. Pour apprécier les garanties d’un éventuel processus, il faudrait examiner sa représentation, ses règles, ses modalités de consultation et ses recours. Le critère pertinent serait la capacité réelle d’exprimer un choix, dans des conditions définies et contrôlables.
Des acteurs africains aux lectures opposées
Dans un communiqué du Cabinet royal daté du 30 octobre et publié par le département marocain chargé des Marocains résidant à l’étranger, Rabat présente le non-renouvellement comme une avancée vers la clôture du dossier aux Nations unies. Le texte affirme l’attachement du Maroc au cessez-le-feu et soutient l’autonomie sous souveraineté marocaine. Il exprime une position officielle marocaine, et non une décision de l’ONU de mettre fin à toute saisine du dossier. [5]
Le Front Polisario, dans une position rapportée le 31 octobre par Sahara Press Service, salue le rejet du projet américain, qu’il juge aligné sur les positions marocaines. Il réaffirme la référence au plan ONU-OUA, met en garde contre les initiatives unilatérales et se dit disposé à coopérer avec les instances onusiennes. SPS est ici une source de première main sur la communication du camp sahraoui ; son récit n’est pas traité comme une expertise indépendante de toutes les responsabilités. [6]
Ces positions montrent que le même événement nourrit des objectifs incompatibles. Centrer les populations concernées suppose de ne pas réduire le dossier à un duel entre puissances extérieures, ni d’assimiler les intérêts d’un État, d’un mouvement et de tous les habitants. Les personnes vivant sur le territoire et celles qui se trouvent en exil doivent rester identifiables dans l’analyse des garanties. Aucun agrégat intitulé « intérêt régional » ne peut remplacer l’examen de leurs droits et de leurs possibilités de participation.
La question économique demeure également distincte du calendrier militaire. Dans ses arrêts du 4 octobre 2024 concernant des accords UE-Maroc de 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé déterminant le consentement du peuple du Sahara occidental. Elle a précisé qu’une présomption pouvait être admise sous certaines conditions, non remplies dans les affaires examinées. Ce précédent, limité à son objet, montre que la participation du peuple concerné ne se résume pas à l’existence d’investissements ou d’échanges commerciaux. [7]
Les dispositions de remplacement restent à documenter
Les textes consultés établissent la fermeture et la volonté onusienne de poursuivre la médiation. Ils ne fournissent pas un dispositif complet remplaçant toutes les fonctions opérationnelles de la MINURSO. Il manque notamment, pour conclure à une garantie équivalente, des règles publiques précisant les équipes chargées de l’observation, leur accès au territoire, les procédures d’alerte et le financement disponible. L’absence de telles pièces dans ce dossier ne prouve pas qu’aucune discussion n’existe.
Le calendrier détaillé du retrait, les conditions de transfert des installations et les arrangements de sécurité demandent aussi un suivi. Une annonce de liquidation ne signifie pas que tous les personnels sont déjà partis. À l’inverse, leur présence temporaire ne doit pas être présentée comme une poursuite du mandat expiré. Ces précisions évitent de transformer une phase administrative en argument diplomatique plus large qu’elle ne l’est.
Enfin, aucun communiqué spécifique de l’Union africaine sur cette fermeture n’a pu être vérifié dans la recherche conduite pour cet article. Son rôle historique par l’intermédiaire de l’OUA est documenté ; une position continentale nouvelle ne peut en être déduite. Toute initiative africaine annoncée ultérieurement devrait être examinée selon son texte, son acceptation par les acteurs et ses moyens réels.
Un avenir qui dépend des décisions suivantes
Un premier scénario serait celui d’une continuité diplomatique accompagnée d’arrangements pratiques destinés à limiter les incidents. Il faudrait alors identifier les interlocuteurs, leurs engagements et les modalités de vérification. Ce scénario préserverait un espace de dialogue, sans régler nécessairement les divergences sur le statut final.
Un deuxième scénario verrait les positions se durcir pendant le retrait. Le risque tiendrait à la combinaison d’une information moins partagée et de lectures politiques opposées. Il ne serait pas rigoureux de prédire une reprise générale des combats : la documentation permet de décrire une vulnérabilité, pas d’annoncer un événement futur certain.
Un troisième scénario reposerait sur un nouveau cadre négocié doté de garanties explicites. Sa crédibilité dépendrait de la participation des personnes concernées, du contrôle des engagements et du traitement des différends. La réponse à la question du titre reste donc précise : les droits ne s’éteignent pas avec la mission, mais leur exercice effectif exige des instruments que la seule déclaration de continuité diplomatique ne suffit pas à établir.
Les textes et positions à distinguer
[1] Nations unies, déclaration du porte-parole du secrétaire général sur la fin du mandat de la MINURSO, publiée sur le site de la mission avec la date du 31 octobre 2026 ; liquidation annoncée au 1er novembre.
[2] Département des opérations de paix de l’ONU, « Western Sahara: UN ‘stands ready’ to keep supporting peace efforts as MINURSO mission ends », 1er novembre 2026, et version française du 2 novembre.
[3] Conseil de sécurité, résolution 2797 (2025), 31 octobre 2025, notamment paragraphes 1 à 5, registre officiel des mandats.
[4] Nations unies, Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix, notice « Western Sahara » dans la documentation sur les territoires non autonomes.
[5] Maroc, « Communiqué du Cabinet Royal », 30 octobre 2026, publication du département des MRE. Position d’une partie au différend.
[6] Sahara Press Service, « Le Polisario salue le rejet du projet américain de résolution au CS et met en garde contre une impasse politique », 31 octobre 2026. Position du Front Polisario.
[7] CJUE, arrêts du 4 octobre 2024, affaires jointes C-778/21 P et C-798/21 P, ainsi que C-779/21 P et C-799/21 P ; communiqué institutionnel n° 170/24. Sources consultées le 7 novembre 2026.

