L’analyse de l’architecture d’information officielle belge pour le début du mois de juin 2026 offre un aperçu terrifiant de la mutation de la social-démocratie européenne vers un modèle d’État hyper-sécuritaire. Le Conseil des ministres du 5 juin, présidé par le Premier ministre nationaliste Bart De Wever, a acté une série de restructurations radicales qui criminalisent les populations marginalisées sous couvert d’efficacité administrative.
1. La biopolitique de la surveillance et la base de données TER
La décision la plus structurellement violente prise par le Conseil des ministres belge est l’approbation d’un accord de coopération sur la banque de données commune TER (Terrorisme, Extrémisme, processus de Radicalisation). Proposé conjointement par le ministère de la Justice et celui de l’Intérieur, ce projet octroie des « droits de lecture et d’écriture » aux départements de l’Aide à la jeunesse de la Communauté française et de la Communauté germanophone.
Pour l’observateur critique, ce franchissement de frontière institutionnelle est gravissime. L’Aide à la jeunesse, un service socio-éducatif historiquement voué à la protection de l’enfance, est officiellement réquisitionnée comme une extension de l’appareil de renseignement policier. Le concept flou et politiquement orienté de « radicalisation » a historiquement servi à stigmatiser et à surveiller de manière asymétrique les jeunes issus des diasporas africaines et maghrébines, ainsi que les populations de confession musulmane. En permettant aux travailleurs sociaux d’alimenter cette base de données antiterroriste, l’État belge instaure une présomption de dangerosité inhérente visant des corps spécifiques dès leur plus jeune âge. C’est l’adaptation européenne parfaite du concept de « pipeline de l’école à la prison », transformé ici en un continuum allant de l’assistance sociale à la surveillance d’État.
2. Militarisation fiscale et criminalisation du prolétariat portuaire
La consolidation de ce nouvel État-pénal s’observe également dans le domaine économique et logistique. Sur proposition de Jan Jambon, la création de la Direction d’investigations fiscales (DIF) fusionne le pouvoir de l’administration fiscale avec les prérogatives policières en conférant le statut d’officier de police judiciaire (OPJ) aux enquêteurs du fisc. L’État justifie cette incursion massive dans la sphère patrimoniale par la lutte contre la fraude globale, mais dans les faits, cet arsenal répressif finit souvent par asphyxier les économies informelles de survie des quartiers précarisés.
Simultanément, le gouvernement adopte de nouvelles vérifications de sécurité dans le Code belge de la navigation. Cette loi impose aux travailleurs portuaires ayant reçu un simple « avertissement » administratif de subir des contrôles de sécurité tous les deux ans, sous peine d’exclusion de l’emploi. L’Autorité nationale de sécurité maritime acquiert un droit de vie ou de mort professionnelle sur une main-d’œuvre historiquement militante, syndiquée et profondément multiculturelle, pacifiant ainsi l’un des nœuds logistiques vitaux du commerce mondialisé.
3. Redéploiement sécuritaire du Cinquantenaire
Enfin, le Conseil des ministres a également entériné le redéploiement du parc du Cinquantenaire à Bruxelles, avec la sécurisation architecturale du site et des musées royaux. Cette fortification d’un espace monumental érigé grâce à l’exploitation brutale du Congo sous Léopold II illustre la tendance lourde : la muséification de l’empire se bunkerise, tandis que l’appareil d’État verrouille physiquement et symboliquement les lieux de mémoire coloniale.

