Le 8 septembre 2026, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a présenté aux députés cinq engagements : comptes publics, État de droit, souveraineté, conditions de vie et équité territoriale. Cette feuille de route comporte des échéances vérifiables, mais la dette réduit les marges budgétaires et le programme envisagé avec le FMI attend encore son approbation.
Une déclaration devant les députés, au début d’un nouveau mandat gouvernemental
La Primature a publié la Déclaration de politique générale (DPG) prononcée le 8 septembre devant l’Assemblée nationale, conformément à l’article 55 de la Constitution. Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a été nommé Premier ministre le 25 mai 2026 ; le décret présidentiel du 1er juin fixe le nouveau gouvernement. Son prédécesseur, Ousmane Sonko, préside désormais l’Assemblée. Lô revendique la continuité de l’Agenda Sénégal 2050, avec une nouvelle méthode d’exécution.
Le fait établi est la présentation du programme aux députés. Ni le discours ni son accueil par le Conseil des ministres du 10 septembre ne constituent une loi de finances adoptée, un chantier financé ou un effet social mesuré. Les lettres de mission, indicateurs trimestriels et débats annuels promis devront permettre la comparaison.
Cinq engagements, une contrainte qui traverse tous les secteurs
Deux engagements sont présentés comme des préalables : redresser les comptes publics et rétablir la confiance dans l’État de droit. Trois autres portent sur la souveraineté nationale, l’amélioration des conditions de vie et l’équité sociale et territoriale. Il s’agit de l’architecture annoncée par le Premier ministre, non d’un inventaire de mesures déjà achevées.
Le programme donne des cibles : d’ici 2029, couvrir localement 64 % des besoins en riz, 100 % en oignon et 40 % en lait ; créer cent coopératives agricoles communautaires et mobiliser l’eau sur 320 000 hectares. En santé, la DPG promet de renforcer les soins de proximité et désigne quatre hôpitaux régionaux prioritaires à Saint-Louis, Ziguinchor, Mbour et Kaolack. Elle annonce aussi 2 527 recrutements d’enseignants à lancer au plus tard au quatrième trimestre 2026. Ces chiffres sont des objectifs, pas des équipements ou emplois déjà livrés.
Lô subordonne l’exécution des grands projets à des études terminées, un financement bouclé et un impact démontré. La disponibilité de ces pièces permettra de contrôler cette règle.
Dette, arriérés et FMI : trois étapes qu’il faut distinguer
La DPG situe la dette du secteur public consolidé autour de 132 % du PIB fin 2024, ordre de grandeur confirmé par le FMI à cette date. La croissance réelle de 2025 a atteint 6,7 % selon le FMI, portée notamment par les hydrocarbures ; hors hydrocarbures, elle n’a été que de 2,2 %. La croissance pétrolière ne démontre donc pas un dynamisme équivalent dans les PME ou les campagnes.
Le ministère de l’Économie et le FMI chiffrent le déficit global à 13,4 % du PIB en 2024, puis 6,4 % en 2025. La DPG donne pourtant 13,7 % pour 2024. Cet écart de 0,3 point entre publications officielles n’est pas expliqué dans les pièces examinées. Pour comparer les années, les valeurs de 13,4 % et 6,4 % sont celles que corroborent le ministère et le FMI.
Depuis le discours, la Direction générale du budget a publié le projet de loi de finances rectificative 2026 et son annexe « Voies et moyens ». Ils révisent le déficit prévisionnel de 5,4 % à 7,6 % du PIB, les subventions énergétiques de 250 à 790,3 milliards de francs CFA et les recettes attendues du plan de redressement à la baisse de 451,4 milliards. Ce sont des prévisions et crédits proposés au Parlement, non l’exécution définitive de 2026 ni une loi déjà votée.
Le 1er septembre, le gouvernement a annoncé un Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS). Le ministère exclut de son champ la dette libellée en francs CFA et prévoit une concertation avec les créanciers internationaux, notamment dans le Cadre commun du G20. Devant les députés, Lô vise des maturités plus longues et un coût moyen réduit, espérant achever le processus au dernier trimestre 2026. Stratégie annoncée et calendrier espéré ne valent pas accord final avec les créanciers. Les conditions précises ne figurent pas dans la déclaration.
Le Sénégal et les services du FMI sont parvenus le 1er septembre à un accord au niveau des services pour un éventuel programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Le FMI précise qu’il dépend de l’approbation de sa direction et de son conseil, de mesures correctrices sur les données passées et d’assurances de financement. Le 15 septembre, sa directrice générale évoque toujours un programme à venir. Aucun décaissement de 2,2 milliards ne découle de l’accord technique.
Payer les entreprises, protéger les ménages : le test de l’arbitrage budgétaire
La DPG évalue à 1 956 milliards de francs CFA les arriérés intérieurs à fin mars 2025. Lô annonce une priorité aux dossiers réguliers selon l’ancienneté et le type de créancier, notamment les PME et les secteurs sociaux. Il envisage paiement direct, affacturage, compensation fiscale et rééchelonnement. Ce montant désigne un stock à apurer, pas des versements déjà effectués. Il faudra publier les sommes auditées, reconnues puis payées, entreprise par entreprise ou par catégorie.
Pour l’énergie, Lô propose une baisse graduelle des subventions, un tarif social électrique pour les faibles consommations et la préservation du gaz butane domestique en petits conditionnements. Il vise une dépense de subventions au plus égale à 1 % du PIB par an d’ici 2029. Le ciblage ne prouvera son équité que si les compensations parviennent réellement aux ménages concernés avant ou pendant les ajustements.
Selon les chiffres attribués à l’Agence nationale de la statistique et de la démographie dans la DPG, plus d’un million de ménages seraient vulnérables, contre 355 013 ménages pauvres couverts. Le gouvernement vise un million de ménages bénéficiaires en 2027 et une enveloppe de 140 milliards de francs CFA, contre 70 milliards annoncés pour septembre 2026. La méthode d’identification, les versements, la fréquence des aides et les recours des ménages exclus restent à publier.
Le pouvoir de produire et de transformer, de la vallée du fleuve à la diaspora
Lô lie la souveraineté agricole à l’eau, au stockage, à la transformation et aux contrats entre producteurs et acheteurs. Pour le riz de la vallée du fleuve Sénégal, il appelle à une entente avec les riziers, importateurs et commerçants afin d’écouler la récolte locale. La proposition devra être jugée à l’aune des prix payés aux cultivateurs et des capacités de décorticage et de transport : un taux de production nationale ne garantit pas un revenu viable.
Dans l’extractif, la DPG fait état d’une trentaine de conventions minières en renégociation et prévoit un rôle stratégique accru pour PETROSEN et le gaz domestique. Renégociation, capacité technique nationale et baisse du prix de l’électricité sont trois étapes distinctes. Aucun supplément de recettes ou nouvel emploi ne peut être compté à partir de cette seule annonce.
Le texte promet de soutenir les entreprises sénégalaises dans les marchés publics, le financement et la transformation, et d’ouvrir des fonds d’investissement à la diaspora. Hypothèse à examiner : ces instruments pourraient retenir davantage de valeur ajoutée sur place s’ils donnent effectivement accès aux PME nationales. Le discours ne publie encore ni volume de marchés réservé, ni critères définitifs de sélection, ni risques détaillés pour l’épargne des Sénégalais de l’extérieur.
Le PTDS intéresse aussi l’UEMOA, dont les banques sont exposées à la dette sénégalaise selon la DPG. L’exclusion annoncée de la dette en francs CFA vise à préserver le marché régional. Son effet dépendra cependant des accords obtenus avec les autres créanciers et de la transparence des engagements futurs.
Transparence, droits et territoires : les vérifications ouvertes
Lô promet avant fin septembre la Commission nationale d’accès à l’information prévue par la loi n° 2025-15. Il évoque aussi la justice, les prisons, les élections et la publication future d’audits fonciers. Le droit inscrit dans une loi et l’accès réel à un dossier sont différents : nominations, moyens de la Commission, réponses, refus motivés et recours permettront d’évaluer cette promesse.
La DPG prévoit des pôles de développement, commençant par le Sud, le Centre et le Nord. Elle reconnaît que le plan de retour et de relance en Casamance souffre d’une coordination insuffisante et d’un budget non couvert. Pour chaque territoire, il manque encore les financements signés, le calendrier des travaux et des indicateurs d’accès aux soins, à l’école, à l’eau et aux marchés.
Les prochaines dates permettront de juger la feuille de route
Le projet de loi de finances rectificative 2026 est désormais public ; son examen et un éventuel vote ne doivent pas être présumés. Le Conseil des ministres a demandé que le projet de budget initial 2027 soit examiné avant fin septembre. La DPG promet aussi des lettres de mission publiques, des revues trimestrielles et un débat annuel devant les députés. Coûts, délais et résultats territorialisés rendraient ces engagements contrôlables.
Les premiers contrôles portent sur la Commission d’accès à l’information, les bourses familiales en retard, le sort parlementaire du budget rectificatif et le calendrier de la dette. Ensuite viendront les achats aux producteurs locaux, les paiements aux PME et l’accès aux soins hors de Dakar. Ces indicateurs devront progresser sans déplacer silencieusement la charge des ajustements vers les ménages les moins protégés.
La DPG expose une feuille de route et plusieurs contraintes réelles. Au 24 septembre 2026, les engagements et échéances sont établis ; leur financement, leur exécution et leurs effets restent à vérifier.
Les textes publics qui permettent de vérifier ces engagements
- Primature du Sénégal, texte intégral de la Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, 8 septembre 2026 ; note publique de présentation du même jour.
- Présidence de la République, décret n° 2026-1130 fixant la composition du gouvernement, 1er juin 2026 ; communiqué du Conseil des ministres du 10 septembre 2026.
- Primature, communiqué du Conseil des ministres du 2 septembre 2026, sur le programme de travail de septembre à décembre et les arbitrages budgétaires.
- Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, communiqué annonçant le Plan de traitement de la dette du Sénégal, 1er septembre 2026.
- Direction générale du budget du Sénégal, projet de loi de finances rectificative pour 2026 et annexe « Voies et moyens », publiés en septembre 2026 : prévisions révisées, en attente de décision parlementaire.
- Fonds monétaire international, communiqué de fin de mission sur l’accord au niveau des services, 1er septembre 2026 ; communiqué de mission du 22 juin 2026 sur le déficit et la dette ; déclaration de la directrice générale après réception du président sénégalais, 15 septembre 2026.

