Papouasie-Nouvelle-Guinée — Finance / Régulation / Protection financière

Port Moresby introduit la sécurité financière dans la définition de l’inclusion

La Bank of Papua New Guinea — BPNG et 15 institutions financières ont signé début septembre 2026 le PNG Empower Finance Code, un code volontaire destiné à réduire les possibilités d’utiliser comptes bancaires, crédits, moyens de paiement ou autres services financiers pour contrôler, exploiter ou nuire à une autre personne. L’initiative a été présentée pendant le Global Policy Forum de l’Alliance for Financial Inclusion organisé à Port Moresby.

Le forum a réuni 767 banquiers centraux, régulateurs financiers et responsables publics provenant de 79 pays entre le 31 août et le 4 septembre 2026. La BPNG précise que le nouveau code a été présenté aux banquiers centraux et régulateurs présents. Cela ne signifie pas que les 79 pays l’ont adopté, signé ou intégré à leur réglementation nationale.

Cette distinction modifie la portée exacte de l’événement.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée n’a pas créé une nouvelle norme financière internationale. Elle a présenté à une audience réglementaire mondiale une expérience nationale qui pourrait être reprise ailleurs si les autorités concernées considèrent que le même type de risque existe dans leur système financier.

La gouverneure Elizabeth Genia a résumé le changement de perspective en soutenant qu’une personne n’est pas véritablement incluse financièrement si l’accès aux services financiers augmente sa vulnérabilité. La question n’est donc plus seulement : possède-t-elle un compte ? Elle devient également : conserve-t-elle réellement le contrôle de son argent et de ses moyens de paiement ?

L’abus financier n’est ni une simple fraude ni une mauvaise gestion de l’argent

Le code s’appuie sur une définition relativement large de l’abus financier.

La BPNG décrit celui-ci comme l’utilisation de l’argent, des comptes, des produits financiers ou de l’accès aux ressources pour manipuler, contrôler, exploiter ou porter préjudice à une autre personne. Les comportements évoqués incluent la prise de contrôle des revenus, la création de dettes au nom de la victime, la restriction de son accès à l’argent, l’utilisation abusive de mots de passe ou de comptes, ou encore l’emploi de services financiers comme moyen d’intimidation.

Cette définition place le problème à l’intersection de la finance, de la protection des consommateurs et des violences au sein des relations personnelles ou familiales.

Un détournement réalisé par un inconnu peut relever de la fraude. Un partenaire qui oblige une personne à remettre son salaire, contracte une dette en son nom ou contrôle ses identifiants bancaires utilise quant à lui l’infrastructure financière comme instrument de domination.

La distinction est importante parce que les réponses ne sont pas nécessairement les mêmes.

Un dispositif antifraude peut détecter une transaction techniquement inhabituelle. Il ne détecte pas automatiquement une opération formellement authentifiée mais réalisée sous coercition.

De même, les règles de lutte contre le blanchiment cherchent principalement à empêcher l’utilisation du système financier pour recycler ou déplacer des fonds illicites. Le PNG Empower Finance Code poursuit un autre objectif : réduire la possibilité que des produits financiers licites soient utilisés pour contrôler ou exploiter leur propre utilisateur.

Il serait donc incorrect de confondre ce dispositif avec la réponse de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à son inscription, en février 2026, parmi les juridictions placées sous surveillance renforcée du GAFI. Le plan d’action du GAFI concerne les lacunes de lutte contre le blanchiment, le financement du terrorisme et de la prolifération ; le code Empower Finance concerne la sécurité des clients face à l’abus financier.

Le secteur financier a participé à la conception du dispositif

Le code n’a pas été rédigé uniquement par la Banque centrale puis imposé aux établissements.

En mai 2026, la BPNG a créé la PNG Empower Finance Community of Practice, avec l’appui de l’International Finance Corporation, du programme australien PNG Women Lead et du Centre for Excellence in Financial Inclusion — CEFI. Banques, sociétés d’épargne et de crédit, sociétés financières, fonds de retraite et prestataires de paiement ont participé à ce dispositif.

Cette démarche locale s’inscrit dans une initiative internationale antérieure. En 2024, l’IFC avait lancé Empower Finance, programme destiné à aider des institutions financières d’Asie-Pacifique à examiner la manière dont leurs comptes, prêts, crédits et technologies pouvaient être détournés à des fins d’abus financier. Le programme associait notamment des institutions de Papouasie-Nouvelle-Guinée et visait à développer des pratiques et des produits plus sûrs.

Selon Elizabeth Genia, la BPNG serait, à sa connaissance, la première banque centrale ou autorité de régulation financière à avoir réuni des établissements pour coconcevoir un code volontaire sectoriel spécifiquement consacré à l’abus financier. Cette affirmation doit être attribuée à la Banque centrale : les documents consultés permettent d’établir qu’elle la revendique, mais pas de vérifier exhaustivement tous les dispositifs réglementaires existant dans le monde.

Le passage d’un programme pilote à un code signé par 15 établissements indique néanmoins que la Papouasie-Nouvelle-Guinée cherche à transformer l’apprentissage institutionnel en pratique sectorielle commune.

Quatre engagements, mais aucune nouvelle obligation réglementaire

Les signataires prennent quatre engagements généraux : coopérer pour comprendre les risques et agir ; développer les capacités et la sensibilisation financières ; promouvoir des services financiers plus sûrs ; tirer les enseignements de l’expérience et rendre compte des progrès.

La mise en œuvre doit notamment passer par la formation des personnels, l’examen des produits et systèmes susceptibles d’être détournés à des fins d’abus et l’adoption progressive d’améliorations pratiques.

Le CEFI prépare parallèlement des formations consacrées à l’abus financier. La BPNG prévoit que cette dimension soit progressivement intégrée aux programmes plus larges d’éducation financière plutôt que traitée comme un sujet entièrement séparé.

Le code ne crée aucune nouvelle obligation juridique ou réglementaire. Les établissements adhèrent volontairement à la démarche.

Cette caractéristique constitue à la fois sa souplesse et sa principale limite.

Un mécanisme volontaire permet d’expérimenter rapidement des solutions sans attendre une réforme législative ou prudentielle complète. Il peut aussi favoriser l’échange d’expérience entre concurrents confrontés à un même type de risque.

Mais son efficacité dépend du comportement des signataires.

Aucune sanction réglementaire spécifique prévue par le code n’est documentée lorsqu’un établissement ne met pas effectivement en œuvre les engagements annoncés.

Le véritable test sera donc observable dans les pratiques : procédures internes, formations, conception des comptes et applications, traitement des situations de coercition, orientation des clients vulnérables, collecte de données et publication de résultats.

Le numérique peut accroître l’accès tout en créant de nouveaux moyens de contrôle

Le développement des services financiers numériques constitue l’un des arrière-plans du dispositif.

Les établissements peuvent désormais offrir transferts, paiement, crédit ou consultation des comptes sans déplacement physique. Cette évolution est particulièrement importante dans un pays où environ 80 % de la population vit dans des communautés rurales dispersées entre montagnes, vallées, fleuves et îles.

Mais la même infrastructure peut produire de nouvelles vulnérabilités.

La NCSL, l’une des institutions ayant rejoint le Code, cite par exemple la remise forcée d’une carte, d’un code PIN, d’identifiants de connexion ou de codes de validation, ainsi que la pression exercée sur un membre pour obtenir un prêt ou effectuer une opération sans consentement libre.

La transformation numérique crée donc un paradoxe.

Plus un service financier devient accessible à distance, plus il peut être utile à une personne qui cherche à conserver une autonomie économique. Mais si un tiers contrôle le téléphone, les mots de passe ou les procédures d’authentification, la même numérisation peut renforcer sa capacité de surveillance ou d’appropriation des fonds.

La protection ne peut donc pas reposer uniquement sur une amélioration de la cybersécurité contre les attaques externes.

Elle implique également de réfléchir à la confidentialité des communications, aux changements sécurisés d’identifiants, à la récupération de comptes, aux procurations, aux demandes de crédit et à la formation du personnel lorsqu’un client semble agir sous contrainte.

Le Code ne publie pas encore un standard technique universel réglant chacune de ces situations. Il crée plutôt un cadre collectif pour que les institutions les identifient et expérimentent progressivement des réponses.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la question dépasse largement le secteur bancaire

La création du dispositif intervient dans un environnement où les violences familiales et sexuelles sont déjà identifiées comme un problème économique et social majeur.

L’IFC a documenté en Papouasie-Nouvelle-Guinée les conséquences de ces violences sur les entreprises. Une étude portant sur plusieurs employeurs avait estimé en 2021 les pertes à près de dix journées de travail par salarié et par an dans les organisations étudiées. Des mesures de soutien mises en œuvre ensuite ont été associées à une baisse moyenne de l’absentéisme, selon l’étude de suivi publiée en 2023.

Des travaux de la Banque mondiale identifient également la dépendance financière comme l’un des facteurs pouvant réduire la capacité des femmes confrontées à des violences à rechercher de l’aide ou à quitter une situation abusive.

Le Code introduit ici une évolution notable du partage des responsabilités.

L’abus financier n’est plus uniquement considéré comme une affaire privée devant être traitée entre victime, entourage, services sociaux ou justice. La Banque centrale affirme que les institutions financières elles-mêmes peuvent réduire certaines possibilités d’utilisation abusive de leurs produits.

Cela ne transforme pas un banquier en enquêteur ou en service de protection sociale.

Cela signifie que la conception d’un produit financier n’est pas neutre lorsque ses caractéristiques peuvent faciliter ou limiter le contrôle exercé par un tiers.

Les 79 pays ont reçu un cas d’étude, pas une norme prête à transposer

La présentation internationale constitue probablement la dimension la plus importante du dossier pour l’Afrique.

L’Alliance for Financial Inclusion rassemble des banques centrales et autorités financières d’économies émergentes. Son Forum de Port Moresby a réuni des représentants de 79 pays et la présidente du conseil d’administration de l’AFI en 2026 est Soraya Hakuziyaremye, gouverneure de la Banque nationale du Rwanda.

Quelques semaines avant le forum, les dirigeants africains de l’AFI réunis à Luanda avaient précisément demandé que la prochaine phase de l’inclusion financière soit évaluée non plus seulement par le nombre de comptes ouverts, mais par leur utilisation effective, la santé financière, la résilience et l’autonomisation réelle des ménages, agriculteurs, femmes, entrepreneurs et groupes vulnérables.

Le rapprochement avec Empower Finance est direct sur le plan conceptuel.

Un compte ouvert au nom d’une femme ne produit pas une pleine autonomie financière si une autre personne décide de son utilisation, contrôle son code d’accès ou contracte des dettes en son nom.

Les données actuelles de la Banque mondiale donnent au sujet une portée particulière pour l’Afrique subsaharienne : en 2024, environ 52,3 % des femmes y détenaient un compte, contre 64,4 % des hommes, soit un écart de 12,1 points.

La priorité africaine demeure évidemment d’élargir l’accès là où celui-ci reste insuffisant. Mais l’expérience papouasienne pose une deuxième question : les produits utilisés une fois l’accès obtenu protègent-ils suffisamment l’autonomie du titulaire ?

Cette interrogation peut concerner comptes bancaires, mobile money, crédit numérique, tontines formalisées, microfinance ou prestations sociales versées électroniquement.

Il serait cependant excessif de conclure que les régulateurs africains doivent reproduire le Code papouasien à l’identique. Les données disponibles ne démontrent ni l’ampleur comparative de l’abus financier dans chaque pays ni la pertinence universelle des mêmes procédures.

Port Moresby fournit pour l’instant un modèle à étudier, pas un standard international adopté.

Mesurer l’abus financier sera plus difficile que compter des comptes bancaires

Le principal défi concerne désormais la mesure.

Un régulateur peut relativement facilement compter le nombre de comptes, de prêts ou de portefeuilles électroniques. Il est beaucoup plus difficile de déterminer combien de clients utilisent leurs services sous coercition ou ont perdu le contrôle de leurs ressources au profit d’un membre de leur entourage.

Une partie de ces situations peut ne jamais être signalée.

Le Code ne fournit pas encore, dans les informations publiques examinées, une méthodologie nationale complète permettant d’estimer la prévalence des abus financiers ou de mesurer uniformément leur évolution entre établissements.

Il ne publie pas non plus d’objectif chiffré du type : réduction de X % des incidents d’ici à une date donnée.

Les 15 institutions signataires ne disposent par ailleurs pas nécessairement du même niveau de capacité technique, de formation ou de données.

Enfin, l’existence du Code ne permet pas d’affirmer qu’une victime sera désormais systématiquement protégée lorsqu’elle informe sa banque d’une situation de coercition.

La BPNG présente elle-même la signature comme le début du travail de mise en œuvre, et non son aboutissement.

Le résultat dépendra de ce que les banques modifieront réellement

Si l’initiative se consolide, plusieurs indicateurs permettront d’en apprécier la portée.

Le premier sera le nombre d’institutions allant au-delà de la signature pour adopter des procédures internes identifiables.

Le deuxième concernera la formation : personnels capables de reconnaître certains signaux, orientation des clients et intégration du problème dans les programmes d’éducation financière.

Le troisième portera sur la conception des produits : dispositifs plus sûrs de récupération de compte, protection des informations confidentielles, possibilités de sécuriser l’accès lorsqu’un tiers connaît déjà les identifiants, ou contrôles adaptés aux crédits obtenus sous contrainte.

Le quatrième concernera les données : incidents identifiés, mesures prises, résultats observés et capacité des institutions à rendre compte de leurs progrès sans exposer davantage les victimes.

Enfin viendra la diffusion internationale.

Si des banques centrales ayant participé au Forum de Port Moresby testent des dispositifs similaires, le PNG Empower Finance Code pourrait devenir une référence internationale émergente. À ce jour, aucune adoption de cette ampleur n’est établie.

L’importance immédiate de l’expérience papouasienne est donc plus précise : un régulateur financier affirme que l’inclusion ne doit plus être mesurée uniquement par l’accès à un compte, mais aussi par la capacité réelle du titulaire à utiliser ce compte en sécurité et à conserver le contrôle de ses ressources.

Pour l’Afrique, où l’expansion rapide du mobile money, des services numériques et de l’inclusion des femmes transforme déjà profondément les systèmes financiers, cette question mérite une attention particulière.

La prochaine étape n’est plus de célébrer la signature du Code. Elle consiste à vérifier si des modifications concrètes des produits et des pratiques réduisent effectivement les possibilités de coercition financière.

Les documents institutionnels qui fondent l’analyse

Bank of Papua New Guinea — communiqué officiel sur la signature du PNG Empower Finance Code par la Banque centrale et 15 institutions financières, définition de l’abus financier, quatre engagements des signataires, caractère volontaire du Code et présentation aux représentants de 79 pays.

Bank of Papua New Guinea / Alliance for Financial Inclusion — documentation du Global Policy Forum 2026 : 767 participants provenant de 79 pays, composition institutionnelle du forum et place de la protection des consommateurs dans la nouvelle génération des politiques d’inclusion financière.

International Finance Corporation — programme Empower Finance lancé en 2024 pour aider les institutions financières d’Asie-Pacifique à identifier, prévenir et réduire l’utilisation abusive de leurs produits et technologies.

Alliance for Financial Inclusion — Afrique — Communiqué de Luanda de juillet 2026 demandant de déplacer l’évaluation de l’inclusion financière de l’accès formel vers l’usage, la résilience, la santé financière et l’autonomisation.

Banque mondiale / IFC — données sur l’inclusion financière des femmes en Afrique subsaharienne et travaux consacrés aux conséquences économiques et professionnelles des violences familiales en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

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