Dar es-Salaam, point d’appui d’une poussée omanaise

Le 3 juillet 2026, à Dar es-Salaam, Oman a transformé sa présence à la 50e Foire internationale Saba Saba en opération de prospection commerciale structurée. Le forum d’affaires omano-tanzanien organisé en marge du salon n’a pas seulement présenté des produits : l’équipe OPEX, l’ambassade d’Oman et les entreprises participantes ont cherché des agents, des distributeurs et des débouchés en Tanzanie et dans les marchés voisins. Le signal est important parce qu’il inscrit la Tanzanie dans une stratégie plus large de diversification des exportations non pétrolières omanaises et d’ouverture vers l’Afrique orientale.

Le terme « offensive commerciale », conservé parce qu’il appartient au référentiel éditorial, doit toutefois être compris comme une accélération de la prospection, de la logistique et de la diplomatie économique, non comme la preuve d’une conquête de parts de marché déjà réalisée. Les documents officiels établissent une succession d’initiatives en 2026 ; ils ne fournissent pas encore de bilan consolidé des contrats conclus, des volumes exportés supplémentaires ou des investissements directement attribuables à cette campagne.

Une stratégie ancrée dans Oman Vision 2040

Cette poussée s’inscrit dans Oman Vision 2040. Le sultanat cherche à réduire la dépendance aux hydrocarbures, à développer l’industrie, la logistique et les services et à augmenter les exportations non pétrolières. Au premier trimestre 2026, celles-ci ont atteint environ 1,611 milliard de rials omanais, tandis que les réexportations ont progressé de 4,6 % à 367 millions. Ces chiffres ne mesurent pas les ventes à l’Afrique de l’Est, mais ils expliquent la multiplication des opérations de promotion sur de nouveaux marchés.

La Tanzanie joue un rôle de porte d’entrée. Elle appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est, organisée autour d’une union douanière et d’un marché commun. Pour un exportateur extérieur, disposer d’un distributeur tanzanien ne donne pas automatiquement un libre accès tarifaire à toute l’EAC : tarif extérieur commun, règles d’origine, normes et procédures douanières restent déterminants. Dar es-Salaam peut néanmoins servir de base de prospection vers les économies voisines et les corridors de l’océan Indien.

Le rapprochement repose aussi sur des instruments antérieurs : comité conjoint, accord de protection réciproque des investissements signé en 2013 et mémorandums de 2022 dans l’énergie, le tourisme et l’investissement, notamment avec Zanzibar. Les liens historiques entre Oman, Zanzibar et la côte swahilie donnent enfin à la relation une profondeur sociale et maritime particulière.

Ce que les initiatives de 2026 établissent

Les faits de 2026 montrent une séquence cohérente. Premièrement, Oman a participé à Saba Saba avec un pavillon réunissant 24 entreprises et institutions des secteurs industriel, commercial et des services. Le ministère omanais du Commerce présente explicitement cette participation comme un moyen d’accéder aux marchés d’Afrique de l’Est, de promouvoir les produits nationaux, d’attirer des investissements et de soutenir les PME.

Deuxièmement, le forum du 3 juillet a franchi une étape opérationnelle : OPEX et l’ambassade ont recherché des agents, des distributeurs et des points de vente en Tanzanie et dans les marchés voisins. Des rencontres bilatérales ont porté sur les mécanismes d’import-export, les partenariats et les possibilités d’investissement. Les sources officielles ne publient toutefois ni liste complète des accords signés ni valeur agrégée des commandes obtenues.

Troisièmement, Oman travaille sur les infrastructures commerciales. Transom, société omanaise de services au sol et de fret aérien, a annoncé le lancement de ses opérations en Tanzanie à partir d’avril 2026, avec manutention et fret. Le 28 juin, l’ambassadeur omanais a aussi discuté avec le directeur général d’Air Tanzania d’un projet de vols directs entre la Tanzanie et Oman. Au 3 septembre 2026, la source consultée parle encore de projet et non d’une liaison commerciale confirmée.

Quatrièmement, Mascate réduit certaines frictions administratives. Le service d’attestation électronique du ministère omanais des Affaires étrangères a été étendu en juin et juillet à la Tanzanie, à l’Ouganda, au Kenya, à Zanzibar, au Mozambique et à l’Éthiopie, puis à Madagascar et aux Seychelles. Cette mesure ne constitue pas un accord commercial régional, mais elle peut faciliter certaines démarches d’affaires.

Enfin, la poussée dépasse la Tanzanie. En janvier, Oman et l’Éthiopie ont tenu leurs premières consultations politiques en mettant l’accent sur le commerce, les liaisons maritimes et aériennes, l’agriculture et les services financiers. En juin, les deux pays ont évoqué un forum d’affaires public-privé. En juillet, le président de l’Oman Investment Authority s’est rendu à Madagascar pour explorer des possibilités d’investissement. Ces éléments documentent une présence croissante dans l’espace Afrique orientale–océan Indien sans démontrer l’existence d’un plan régional unique officiellement publié.

Du salon commercial au corridor logistique

L’ensemble ressemble moins à une campagne de vente ponctuelle qu’à la construction progressive d’un corridor commercial. Oman agit sur plusieurs maillons : promotion des produits, recherche d’intermédiaires locaux, fret et manutention, liaisons aériennes envisagées, simplification documentaire, diplomatie d’affaires et prospection d’investissement. La logique est compatible avec l’ambition de faire du sultanat un hub reliant le Golfe, l’Asie et l’Afrique.

La Tanzanie est particulièrement intéressante parce que Dar es-Salaam dessert un vaste arrière-pays et appartient à l’EAC. L’avantage ne doit pourtant pas être exagéré : le tarif extérieur commun et les règles d’origine protègent la production régionale. Importer un produit omanais en Tanzanie ne lui confère pas un traitement préférentiel dans toute la Communauté. Pour approfondir sa présence, Oman pourrait donc être incité à passer de l’exportation à l’assemblage, la transformation locale ou au co-investissement.

Le volet agroalimentaire illustre une réciprocité possible. En avril 2026, l’ambassade omanaise en Tanzanie a discuté avec Al Bashayer Meat Company de ses opérations locales et de l’exportation de bétail vivant et de viande fraîche vers Oman. Ce flux inverse montre qu’une relation plus équilibrée peut associer débouchés pour l’industrie omanaise et accès du sultanat à des chaînes d’approvisionnement africaines.

La concurrence reste forte : Chine, Inde, Turquie, Émirats arabes unis, Arabie saoudite et acteurs européens sont déjà très présents. Oman dispose de liens historiques et d’une géographie maritime favorable, mais de moyens plus limités que certains concurrents du Golfe. Son avantage peut donc résider dans des niches : logistique, pêche, agroalimentaire, matériaux, services portuaires, tourisme et aviation.

Ce que l’Afrique de l’Est peut négocier

Pour les économies africaines concernées, l’enjeu n’est pas d’augmenter mécaniquement les importations en provenance d’Oman. Une stratégie avantageuse consiste à utiliser l’intérêt omanais pour attirer capital, capacités logistiques, débouchés et savoir-faire renforçant les chaînes de valeur locales. La création de valeur devient plus importante lorsque les partenariats incluent transformation agroalimentaire, conditionnement, stockage frigorifique, maintenance, formation, transport et participation d’entreprises africaines.

L’EAC conserve un levier de négociation. Son tarif extérieur commun, ses règles d’origine et son objectif d’industrialisation peuvent orienter les investisseurs vers davantage de production régionale. L’organisation souligne elle-même que les barrières opérationnelles et non tarifaires freinent encore le commerce intrarégional. Toute stratégie omanaise cherchant à rayonner depuis la Tanzanie devra donc composer avec les priorités d’intégration et de souveraineté économique de la Communauté.

Pour Zanzibar et la côte swahilie, la dimension historique exige une vigilance particulière. Les liens omano-est-africains peuvent servir de ressource diplomatique, mais ne doivent pas justifier une relation asymétrique. L’intérêt africain réside dans la codécision, la transparence des contrats, l’emploi local et l’accès réciproque au marché omanais et aux réseaux du Golfe.

Contrats, volumes, vols directs : les inconnues

Plusieurs données essentielles manquent encore. Aucune source institutionnelle consultée ne permet de chiffrer la valeur des commandes obtenues par les 24 participants omanais à Saba Saba 2026, ni le nombre d’agents ou distributeurs effectivement recrutés après le forum. Il n’est pas non plus établi qu’une hausse mesurable des exportations omanaises vers la Tanzanie, le Kenya ou l’ensemble de l’EAC soit déjà attribuable à cette séquence.

La liaison directe envisagée avec Air Tanzania doit également rester au conditionnel tant qu’un calendrier commercial, des fréquences et une mise en vente ne sont pas confirmés. Le déploiement de Transom en Tanzanie est documenté, mais les volumes de fret traités et son impact sur les échanges bilatéraux ne sont pas publiés dans les sources consultées.

Enfin, les initiatives observées en Tanzanie, en Éthiopie, à Madagascar et dans les services consulaires régionaux sont convergentes, mais aucune stratégie officielle unique intitulée « offensive commerciale omanaise en Afrique de l’Est » n’a été identifiée. Cette expression décrit donc une dynamique reconstruite à partir d’actions concordantes ; elle ne doit pas être présentée comme le nom d’un programme gouvernemental formel.

Trois trajectoires possibles pour l’implantation omanaise

Si la dynamique se poursuit, trois scénarios peuvent être envisagés. Le premier est une expansion principalement commerciale : Oman consolide des réseaux de distribution en Tanzanie et utilise Dar es-Salaam comme plateforme de prospection régionale. Ce scénario augmenterait les échanges mais offrirait des retombées industrielles africaines limitées si les produits restent majoritairement importés finis.

Le deuxième scénario est plus intégré : l’amélioration des liaisons logistiques et aériennes s’accompagne de co-investissements dans la transformation, l’agroalimentaire, la logistique frigorifique, les services portuaires ou l’industrie légère. Il serait davantage compatible avec les objectifs d’industrialisation de l’EAC et pourrait transformer les relations historiques de l’océan Indien en chaînes de valeur contemporaines.

Le troisième scénario est celui d’une progression lente. Les obstacles tarifaires, les normes, la concurrence internationale, le financement et les coûts logistiques pourraient limiter l’impact des forums et des foires commerciales. À ce stade, le scénario le plus prudent est celui d’une implantation graduelle : Oman a clairement intensifié sa prospection en 2026, mais la conversion de cette activité diplomatique et commerciale en parts de marché durables reste à mesurer.

Le socle documentaire de l’enquête

  • Ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement d’Oman — participation à Saba Saba 2026, 29 juin 2026 ; statistiques sur les exportations non pétrolières, 28 juin 2026.
  • Ministère des Affaires étrangères d’Oman — Oman Tanzania Business Forum, 3 juillet 2026 ; lancement des opérations de Transom en Tanzanie, 2 avril 2026 ; projet de liaison Air Tanzania–Oman, 28 juin 2026 ; extension du service d’attestation électronique, 7 juin 2026 ; relations Oman–Tanzanie et accords bilatéraux.
  • Ministère des Affaires étrangères d’Oman — consultations politiques Oman–Éthiopie, 6 janvier 2026 ; coopération économique et projet de forum d’affaires, 7 juin 2026 ; visite du président de l’Oman Investment Authority à Madagascar, 22 juillet 2026.
  • Communauté d’Afrique de l’Est — cadre de l’Union douanière et du Marché commun ; dialogue régional sur les barrières commerciales, 19 février 2026 ; mesures de renforcement du commerce et de l’industrialisation, 7 juin 2026.
  • Tanzania Trade Development Authority — 50e Dar es-Salaam International Trade Fair, Saba Saba 2026.

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