À Benguerir, OCP Green Energy a mis sous tension un système de stockage de 25 MW et 125 MWh. Les essais doivent vérifier son fonctionnement avant l’exploitation. Pour le Maroc, l’enjeu industriel concerne aussi les compétences d’intégration, la maintenance et les recherches sur les matériaux des batteries.
Une installation mise sous tension avant son bilan d’exploitation
OCP a annoncé le 14 septembre 2026 la mise sous tension, à Benguerir, de sa première phase de stockage par batteries au lithium-fer-phosphate, ou LFP. Le groupe présente une puissance de 25 MW et une capacité énergétique de 125 MWh. L’annonce précède les tests de performance et l’exploitation du système. [1]
Le fournisseur Envision confirme le 21 septembre un système encore en essais avant l’entrée en exploitation commerciale. Il indique avoir fourni l’ensemble et dirigé les travaux de mise en service dans le cadre d’un contrat conclu fin 2025. [2] Ces communications convergent sur l’étape franchie, tout en émanant de deux parties au même projet.
Le fait important est l’ajout d’une capacité de décalage de l’électricité solaire dans le temps. Le résultat à vérifier est la quantité d’énergie effectivement restituée, sa disponibilité et son coût. La mise sous tension constitue un jalon technique ; un bilan d’exploitation exige des mesures sur une durée représentative.
Le stockage prolonge une première phase solaire annoncée en 2025
Dans son communiqué du 1er décembre 2025, OCP Green Energy annonçait 202 MWc photovoltaïques en exploitation, répartis entre Benguerir, Foum Tizi et Oulad Farès à Khouribga. Il présentait déjà le projet de stockage de Benguerir avec une mise en fonctionnement prévue en 2026. [3] La batterie s’inscrit donc dans un programme de production et de gestion de l’électricité, plutôt que dans une opération isolée.
Le système est associé à la centrale solaire de Benguerir, annoncée à 67 MWc. [3] Cette puissance de crête décrit la centrale photovoltaïque dans des conditions de référence. Elle ne signifie pas une production constante de 67 MW pendant toute la journée. L’utilité de la batterie dépend du profil réel de cette production et de celui des besoins industriels.
Le choix du LFP s’inscrit par ailleurs dans une évolution mondiale. L’Agence internationale de l’énergie indique que cette chimie représentait environ 90 % des nouvelles capacités de stockage par batteries déployées en 2025. Elle souligne son adaptation aux cycles fréquents et son coût généralement inférieur à celui de certaines chimies concurrentes. [4] Cela éclaire le choix technologique sans prouver les performances de ce site particulier.
Cinq heures décrivent le rapport entre énergie et puissance
Le calcul 125 MWh divisés par 25 MW donne cinq heures. Cette durée correspond au rapport nominal entre la capacité énergétique annoncée et la puissance du système. Elle ne prouve pas que l’ensemble de la mine pourrait fonctionner cinq heures de manière autonome : il faudrait connaître la consommation, les limites d’exploitation, les réserves conservées et les pertes.
La fonction envisagée consiste à charger lorsque l’électricité solaire est disponible, puis à la restituer lorsque son usage apporte davantage de valeur au site. La batterie déplace une partie de l’énergie ; elle n’en crée pas. La quantité restituée doit être appréciée avec le rendement du système et les consommations nécessaires à son fonctionnement.
Envision reprend un objectif de réduction d’environ 25 % de la facture pendant les heures de pointe et une durée de vie de conception de 25 ans. [2] Le premier chiffre ne décrit pas une baisse constatée de toute la facture annuelle. Le second ne démontre pas que chaque cellule conservera sa capacité initiale pendant toute la période, sans entretien ou remplacement.
Pour vérifier ces annonces, il faudrait disposer d’une référence de consommation, des tarifs appliqués, des quantités chargées et restituées, ainsi que des conditions de garantie. Un essai réussi à une date donnée et une performance économique durable répondent à des critères différents. Les rapports de réception et d’exploitation permettraient de les rapprocher.
Le prix d’achat ne suffit pas à établir le coût du stockage
OCP annonce un investissement proche de 170 millions de dirhams, couvrant les équipements et les travaux d’intégration. [1] Pour comparer ce projet à d’autres, il faut connaître le périmètre exact : batteries, conversion électrique, génie civil, raccordement, études et prestations. Une différence de contenu peut expliquer une différence de montant sans révéler, à elle seule, un meilleur achat.
Le rapport annuel BAD-CIF 2024 identifie un financement CTF de 20 millions de dollars pour le programme vert d’OCP. La fiche décrit des objectifs plus larges, jusqu’à 400 MW solaires associés à 800 MWh de stockage. [5] Cette documentation ne permet pas d’assimiler automatiquement toute l’enveloppe à la seule installation de 125 MWh ni d’additionner le financement au coût annoncé comme s’il s’agissait de dépenses distinctes.
Le coût de l’énergie restituée dépendra ensuite de la fréquence d’utilisation, des pertes, de la maintenance, du financement et des éventuels renouvellements. Diviser l’investissement par la capacité initiale fournit un ratio d’équipement, pas le coût de chaque kilowattheure livré sur la durée. Aucun coût complet vérifié n’est calculé ici en l’absence des paramètres nécessaires.
Le bénéfice pour OCP peut également prendre la forme d’une meilleure adaptation à ses besoins et d’une réduction de certains appels au réseau. Sa valeur pour le système électrique national demanderait une analyse distincte des services rendus et des conditions de raccordement. Le résultat économique d’un site industriel ne se transpose pas automatiquement à tous les consommateurs marocains.
Intégrer un système et fabriquer ses matériaux sont deux capacités
OCP attribue à des compétences marocaines le génie civil et électrique, les études, l’intégration et le pilotage du projet. [1] Cette contribution est importante pour exploiter et reproduire des installations. Elle ne renseigne pas à elle seule sur l’origine de chaque cellule, la propriété des logiciels ou les droits de fabrication des composants.
En parallèle, le groupe et l’Université Mohammed VI Polytechnique annoncent des recherches sur les matériaux LFP à partir d’acide phosphorique, avec une propriété intellectuelle propre et une phase de mise à l’échelle avant industrialisation. [1] Ce chantier de recherche doit être distingué du système fourni à Benguerir : les pièces consultées n’établissent pas que ses batteries utilisent des matériaux issus de ces travaux.
L’AIE souligne que les capacités industrielles et les compétences relatives aux matériaux actifs, aux précurseurs et aux anodes restent fortement concentrées, en particulier en Chine. Elle distingue ces étapes de l’assemblage final des batteries. [6] La disponibilité d’une ressource phosphatée constitue donc un point de départ possible ; la maîtrise d’une chaîne complète suppose des procédés, une qualité régulière, des débouchés et des investissements spécifiques.
Pour les acteurs marocains, plusieurs formes de valeur peuvent se développer : ingénierie, exploitation, formation, fabrication de composants ou propriété intellectuelle. Elles doivent être mesurées séparément. Une participation locale n’a pas besoin de couvrir immédiatement chaque étape pour être utile, mais son périmètre doit être décrit avec précision.
La capacité de changer un équipement, d’accéder aux données de fonctionnement et de négocier la maintenance influencera aussi l’autonomie de l’exploitant. Ces éléments relèvent des contrats et des compétences disponibles. Le nom d’une technologie ou la nationalité d’un fournisseur ne suffisent pas à les établir.
Les contrats et les essais doivent préciser les gains annoncés
Aucun procès-verbal de réception définitive ni série complète de performances n’a été examiné pour cette enquête. Les publications vérifiées décrivent la mise sous tension et les essais. En l’absence d’une confirmation opérationnelle ultérieure dans le corpus, l’article conserve ce stade documenté sans présumer la situation quotidienne du site au 7 novembre.
Les garanties de disponibilité et de capacité, le programme de maintenance, la responsabilité en cas de défaut et les conditions de remplacement des composants restent déterminants. Les documents publics ne permettent pas non plus de reconstituer la répartition détaillée des achats et de la valeur ajoutée locale.
Pour la recherche sur les matériaux, une validation industrielle demanderait des informations sur les volumes, la reproductibilité, la qualification par des utilisateurs et les coûts. L’annonce d’une propriété intellectuelle établit ici la position du groupe ; elle ne remplace pas l’examen des titres, de leur portée et de l’exploitation effective des procédés.
Les sources de projet sont principalement OCP et Envision. La BAD renseigne le cadre du financement et l’AIE le contexte technologique, mais aucune de ces pièces ne fournit un audit indépendant des économies déjà réalisées à Benguerir. Le niveau de preuve doit rester différent entre l’existence du projet, ses performances annoncées et ses résultats mesurés.
La maîtrise locale se construira dans la durée d’exploitation
Une première trajectoire serait la confirmation des performances attendues, avec des équipes capables d’exploiter le système et d’en tirer des connaissances utiles pour d’autres sites. Le stockage pourrait alors renforcer la valeur de la production solaire et développer une compétence d’intégration réutilisable.
Une deuxième trajectoire associerait une installation fonctionnelle à une dépendance persistante pour certaines opérations spécialisées ou certains composants. Ce résultat ne rendrait pas le projet inutile ; il inviterait à préciser les étapes où une capacité locale supplémentaire serait économiquement et techniquement pertinente.
Une troisième trajectoire serait la progression des travaux sur les matériaux vers une production qualifiée. Elle demanderait des preuves distinctes de celles du stockage électrique : procédés reproductibles, débouchés et compétences industrielles. L’intérêt pour le Maroc réside dans l’articulation de ces capacités, en conservant une mesure précise de ce qui est déjà acquis et de ce qui reste à construire.
Les annonces industrielles et leurs points de comparaison
[1] Groupe OCP, Énergie solaire : le premier système de stockage par batteries à grande échelle au Maroc mis sous tension à Benguerir, communiqué annoncé le 14 septembre 2026, versions française et anglaise ; reprise datée par MAP et Maroc.ma.
[2] Envision Energy, Envision Energy Powers Morocco’s First Large-Scale Battery Storage System at OCP’s Benguerir Mining Site, communiqué du fournisseur diffusé par PR Newswire, 21 septembre 2026.
[3] OCP Green Energy, communiqué du 1er décembre 2025 sur la mise en exploitation des 202 MWc de la première phase photovoltaïque et le lancement de BESS Phase I.
[4] Agence internationale de l’énergie, Global Energy Review 2026, section Technology: Battery storage, données mondiales 2025.
[5] Banque africaine de développement et Climate Investment Funds, AfDB-CIF Annual Report 2024, publié en 2025, fiche Africa Green Baseload Sub-project 1 – OCP SA – Green Investment Program.
[6] AIE, Global EV Outlook 2026, chapitre Electric vehicle batteries, sections relatives aux matériaux actifs, précurseurs et à la concentration des chaînes de production.

