La première phase de Dandara doit fournir de l’électricité solaire à l’aluminerie EgyptAlum, en Haute-Égypte. Les prêts annoncés fin octobre 2026 rapprochent le projet de sa construction. Son intérêt industriel dépendra du coût de l’électricité livrée, de la fiabilité du réseau et de contrats qui répartissent les risques entre investisseurs, entreprise publique et État.
Des prêts signés pour une centrale encore à construire
Le 28 octobre 2026, Scatec annonce avoir signé les prêts de la première phase de Dandara et commencer sa construction. Le développeur chiffre l’investissement à 271 millions de dollars, dont 217 millions de dette, soit environ 80 %. L’électricité doit être vendue à Egypt Aluminium, ou EgyptAlum, dans le gouvernorat de Qena. La mise en exploitation visée reste le premier semestre 2028. Il s’agit d’un démarrage annoncé, pas d’une centrale déjà productive. [1]
Le projet se situe au croisement de trois besoins : financer une infrastructure énergétique, alimenter une industrie fortement consommatrice d’électricité et réduire l’empreinte carbone de sa production. Les mêmes contrats peuvent créer une visibilité utile pour l’investisseur et des obligations durables pour l’acheteur. L’examen doit donc suivre à la fois la production future et les paiements promis.
Le débiteur, les garanties, la monnaie de facturation et les responsabilités en cas de retard détermineront une partie de la valeur conservée par l’industrie égyptienne. La présence de banques de développement ne dispense pas de cet examen.
Le projet global et sa première phase ont des périmètres différents
Scatec avait annoncé le 13 mars 2025 un contrat d’achat d’électricité de vingt-cinq ans libellé en dollars, adossé à une garantie souveraine. L’estimation de 650 millions de dollars alors publiée concernait le projet global, avec environ 1,1 GW de photovoltaïque et 200 MWh de stockage. Elle ne peut être comparée directement aux 271 millions de la seule première phase comme si la différence constituait une économie réalisée. [1–2]
Les documents techniques précisent également les unités. La BAD décrit une première phase de 500 MW en courant alternatif ; la BEI annonce 569 MWc de panneaux, c’est-à-dire leur puissance crête. Ces deux chiffres correspondent à des mesures différentes de la même installation. La capacité de stockage annoncée est de 100 MWh pour cette phase. [3–4]
Le mégawatt mesure une puissance, le mégawattheure une quantité d’énergie. Les 100 MWh ne suffisent donc pas à établir la durée réelle de décharge des batteries, qui dépend notamment de leur puissance, de la réserve conservée et du mode d’exploitation. Ils ne démontrent pas davantage que le complexe industriel pourra fonctionner en permanence avec cette seule source solaire.
Le contrat d’électricité organise le remboursement des prêteurs
La société de projet Dandara Solar Power porte l’installation ; EgyptAlum en achète la production. La fiche de la BERD décrit un contrat de type take-or-pay : il prévoit des obligations d’achat ou de paiement selon les conditions convenues. Cette structure rend les revenus plus prévisibles pour les prêteurs. Elle ne permet pas, sans lire le contrat, de calculer les volumes minimaux dus ou les exemptions applicables. [5]
La BEI précise que les obligations de paiement d’EgyptAlum sont couvertes par une garantie du ministère égyptien des Finances. Cette garantie souveraine est distincte de celle dont bénéficie le prêt de la BEI auprès de l’Union européenne, dans le cadre EFSD+. La BERD mentionne également une couverture de premières pertes au titre de ce dispositif européen. Les bénéficiaires et les risques couverts ne sont donc pas identiques. [4–5]
La dette est présentée par Scatec comme un financement de projet sans recours. Cela ne signifie pas que l’opération serait dépourvue de garanties : le remboursement repose sur la structure du projet, ses recettes et ses sûretés. Le soutien public à l’acheteur peut précisément contribuer à rendre ces recettes finançables. Les clauses publiées ne permettent pas de chiffrer la perte ultime de chaque acteur dans un scénario de défaut.
Le libellé en dollars annoncé en 2025 introduit un autre enjeu. Si la facture est payable ou indexée sur cette devise, une dépréciation de la livre peut alourdir son coût en monnaie locale. Des recettes d’exportation en devises peuvent en amortir l’effet, sans garantir une couverture parfaite des échéances. Le tarif, l’indexation, les modalités de conversion et la couverture de change doivent être connus pour mesurer l’exposition réelle. [2]
Du soleil à l’aluminium, le réseau reste une condition essentielle
L’électricité sera acheminée par le réseau national vers EgyptAlum. La BAD identifie le rôle de l’Egyptian Electricity Transmission Company, l’opérateur de transport, dans cette livraison. L’aluminerie est annoncée comme l’unique acheteur au titre d’un contrat de vingt-cinq ans. Ce montage relie donc une production dédiée commercialement à une infrastructure électrique commune. [6]
La performance devra être mesurée au point de livraison, pas seulement à la sortie des panneaux. Pertes, disponibilité du raccordement, consignes du réseau, restrictions de production et profil horaire influencent l’énergie effectivement utilisable. Les batteries peuvent déplacer une partie de la production vers les périodes de pointe ; elles ne rendent pas automatiquement la centrale indépendante du réseau.
La qualité environnementale exige, elle aussi, un suivi. Il faudra mesurer la production, les émissions évitées selon un scénario de référence transparent et la manière dont cette électricité est attribuée à la production d’aluminium. Les estimations annoncées restent des prévisions. Elles ne constituent pas une certification déjà acquise de chaque tonne de métal exportée.
L’électricité moins carbonée ne garantit pas une économie de MACF
Les promoteurs et les prêteurs présentent Dandara comme un moyen de renforcer la compétitivité de l’aluminium égyptien face aux exigences environnementales des marchés. Cet argument doit être décomposé. Une baisse de l’empreinte électrique peut intéresser les acheteurs et préparer l’entreprise à des normes futures ; elle ne se traduit pas nécessairement par une réduction immédiate de toutes les obligations réglementaires. [2, 6]
Le règlement européen sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, ou MACF, distingue les émissions directes des émissions indirectes liées à l’électricité. Dans sa version consolidée consultée, l’annexe II classe les produits d’aluminium concernés parmi ceux pour lesquels seules les émissions directes sont prises en compte au titre de l’article 7. Il serait donc inexact d’assimiler automatiquement chaque tonne de CO₂ évitée par l’électricité solaire à une économie de certificats MACF sur l’aluminium. [7]
L’intérêt industriel reste à apprécier : coût complet de l’énergie, stabilité de l’approvisionnement, exigences des clients et éventuelle valeur commerciale d’un métal moins carboné. Aucun contrat de vente d’aluminium consulté ne permet de chiffrer une prime de prix liée à Dandara. Il faut aussi vérifier la traçabilité et les règles applicables au moment des futures livraisons, sans présenter une extension possible de la réglementation comme déjà adoptée.
Les gains égyptiens dépendront aussi des compétences et des clauses
Scatec annonce une participation de 56 %, tandis que National Bank of Egypt doit entrer à hauteur de 20 %. Le développeur assurera aussi l’ingénierie, les achats, la construction, la gestion et la maintenance. [1] Le contrôle ne se mesure donc pas seulement au capital : les contrats de service et la maîtrise technique structurent également les revenus et les capacités conservées à long terme.
Pour EgyptAlum et ses salariés, une alimentation plus prévisible pourrait soutenir la continuité industrielle. Pour les entreprises égyptiennes, le résultat dépendra des marchés obtenus et des compétences acquises. La BAD annonce environ 2 500 emplois de construction et 23 postes permanents d’exploitation. Ces projections concernent des phases différentes ; elles ne doivent pas être présentées comme 2 500 emplois durables dans la centrale. [6]
Plusieurs pièces restent nécessaires : tarif de vente, frais de transport, garanties de performance, règles de limitation de production, remplacement des batteries, assurances et conditions de résiliation. La BEI évoque une couverture souveraine des paiements, mais les plafonds, exclusions et modalités d’appel ne sont pas détaillés dans son communiqué. L’absence de publication ne permet ni de conclure à une garantie illimitée ni d’écarter un coût éventuel pour le Trésor. [4]
La présentation financière demande enfin un rapprochement. Scatec annonce 217 millions de dollars de dette ; les communiqués des prêteurs indiquent 63 millions pour la BERD, 66 pour la BAD et jusqu’à 90 pour la BEI. Leur addition brute donnerait 219 millions, mais mélange une enveloppe plafonnée et d’autres montants. Les pièces consultées ne réconcilient pas entièrement cette différence. Le total de 217 millions est retenu comme celui annoncé par le développeur, sans forcer une ventilation. [1, 4, 6, 8]
Trois résultats possibles à éprouver après la mise en service
Une première trajectoire verrait la centrale livrée selon le calendrier, avec une production conforme et un coût complet avantageux pour EgyptAlum. Le gain serait alors énergétique et productif : davantage de visibilité, une empreinte électrique réduite et des capacités locales de maintenance. Il faudrait le démontrer par les factures, les mesures de disponibilité et les résultats industriels.
Une deuxième trajectoire pourrait combiner de bonnes performances techniques et une facture plus lourde en livres égyptiennes, sous l’effet du change ou de frais contractuels. Elle montrerait qu’une réussite climatique ne suffit pas à établir un gain financier pour tous. La capacité de l’acheteur à couvrir ses engagements et la portée de la garantie souveraine deviendraient déterminantes.
Une troisième trajectoire ferait apparaître des retards, des restrictions du réseau ou des remplacements d’équipements imprévus. Les contrats devraient déterminer qui paie et intervient. Convertir ce financement en capacité industrielle durable demande à l’Égypte de maîtriser ses obligations et les moyens techniques d’exploitation.
Les contrats annoncés, les prêteurs et la règle européenne
[1] Scatec, communiqué réglementaire « Scatec secures financing for the first phase of the Dandara solar and BESS project in Egypt », 28 octobre 2026. Dette, coût de phase, actionnariat et calendrier annoncé.
[2] Scatec, « Scatec signs PPA with Egypt Aluminium for major solar + BESS project », 13 mars 2025. Durée, devise, garantie et estimation initiale du projet global.
[3] BAD, note de synthèse Dandara 500 MW PV/100 MWh BESS, 21 juillet 2026 ; Environics, étude d’impact, novembre 2025. Puissance en courant alternatif et phases.
[4] Banque européenne d’investissement, communiqué sur le financement de Dandara, 29 octobre 2026 ; fiche de projet 20250695, signature datée du 28 octobre. Puissance crête, prêt plafonné, garantie des paiements d’EgyptAlum et garantie européenne.
[5] BERD, fiche Dandara Solar Power SAE, projet 55956, consultée le 7 novembre 2026. Structure contractuelle et couverture de premières pertes.
[6] BAD, « Egypt: AfDB invests $66 million in Dandara solar and battery project », 2 novembre 2026. Financement signé, acheteur, transport et emplois prévisionnels.
[7] Union européenne, règlement (UE) 2023/956, version consolidée au 20 octobre 2025, article 7 et annexe II ; Commission européenne, documentation du régime définitif du MACF applicable depuis 2026, consultée le 7 novembre 2026.
[8] BERD, « EBRD supports Egypt’s energy security with US$ 63 million of financing », consulté le 7 novembre 2026. Les déclarations des financeurs ne valent pas vérification indépendante de l’avancement du chantier.

