Le Niger a annoncé, le 10 septembre 2026, deux projets d’ordonnance : l’un refond le Code de l’aviation civile, l’autre réorganise l’ANAC-Niger. Des audits ont, selon le gouvernement, relevé des lacunes. La question décisive est de savoir si de nouvelles règles donneront réellement à l’autorité nigérienne les moyens de contrôler les exploitants et de faire corriger les écarts.

À Niamey, deux projets et une question de terrain

Le contrôle d’un avion ou d’un aérodrome ne se termine pas avec la publication d’une norme. Il exige des inspecteurs formés, un accès aux installations et aux dossiers, des visites régulières, puis la vérification des mesures correctives. C’est à cette chaîne que doit être confrontée la réforme annoncée par Niamey.

Le communiqué du Conseil des ministres du 10 septembre 2026 présente un projet d’ordonnance portant Code de l’aviation civile et un projet d’ordonnance relatif à l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC-Niger). Le Conseil dit avoir adopté ces projets : cette étape ne prouve ni leur promulgation ni leur application. Leurs textes intégraux ne sont pas joints au communiqué.

L’exécutif invoque des évolutions internationales, des orientations de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et les réformes de la Confédération des États du Sahel (AES). Il indique que des audits de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et de l’UEMOA ont relevé des insuffisances du Code concernant la sécurité et la sûreté. Sans leurs constats détaillés, la nature exacte de ces lacunes reste à préciser. L’enjeu vérifiable est donc le passage d’une annonce institutionnelle à une capacité de surveillance mesurable.

Le Code de 2010 prévoyait déjà des inspections

L’ordonnance n° 2010-023 du 14 mai 2010, publiée sur le site de l’ANAC, donnait déjà à l’agence des responsabilités précises. Ses articles 304 à 306 prévoient l’inspection des infrastructures et des exploitants, la disponibilité du personnel nécessaire et un Programme national de sécurité. L’article 305 couvre la navigabilité, les opérations aériennes, les aérodromes, les services de navigation aérienne et les licences. La réforme de 2026 ne crée donc pas à partir de rien une fonction de contrôle qui aurait été absente du droit nigérien.

Le gouvernement rappelle que le décret n° 2010-735 du 4 novembre 2010 organise l’ANAC. En 2021, des projets de décrets ont encore porté sur l’immatriculation et les servitudes aéronautiques. L’agence publie un règlement technique RTAC 11 sur la circulation aérienne. Ces pièces établissent la production de règles avant septembre 2026 ; elles ne documentent pas le nombre d’inspections ni les suites données aux écarts.

La chronologie empêche une fausse alternative : la question n’est pas seulement « des textes ou aucun texte ? », mais « comment les pouvoirs existants ont-ils été employés, et que modifieront les nouveaux ? ». L’inventaire aéronautique de l’ASECNA confirme plusieurs actes antérieurs. Sa date d’effet ne permet toutefois pas d’en faire un état exhaustif du droit au 26 septembre 2026.

Les annonces précises du 10 septembre

Selon le compte rendu officiel, le premier projet doit refondre entièrement le Code. Le second prévoit un conseil d’orientation et de contrôle et une direction générale, le renforcement du système national de supervision, une clarification des missions de l’ANAC et la détermination du niveau d’adoption des règlements techniques. Cette dernière formule reste à éclaircir à la lecture du texte juridique : elle ne précise pas, à elle seule, qui adoptera quoi et selon quelle procédure.

Le communiqué ne fournit ni organigramme définitif, ni budget supplémentaire, ni effectif d’inspecteurs, ni calendrier de formation. Il ne dit pas non plus comment le conseil sera composé et contrôlera les décisions techniques. Ces mesures ne peuvent donc être annoncées comme acquises. L’Agence nigérienne de presse a relayé l’annonce le 11 septembre, mais reprend essentiellement les motifs gouvernementaux, sans mesure indépendante des capacités de l’agence.

L’exécutif mentionne « deux Règlements et une Décision » de l’UEMOA sans donner leurs références dans ce passage. Il serait hasardeux de leur prêter des obligations particulières. De même, la perspective AES est une orientation déclarée, et non la preuve d’un corps commun d’inspection déjà constitué. La comparaison du Code ancien et des textes finalement publiés sera la première opération documentaire à effectuer.

Ce que signifie réellement « superviser »

Le programme USOAP de l’OACI évalue la mise en œuvre effective des composantes de la surveillance étatique : législation, organisation, licences, opérations, navigabilité, enquêtes sur accidents, navigation aérienne et aérodromes. Réécrire le Code peut corriger le cadre légal. Pour améliorer l’ensemble, il faut aussi vérifier le travail des inspecteurs et les décisions qui suivent leurs constats.

Les indicateurs pertinents seraient, par domaine et par année : inspections programmées et achevées ; écarts constatés ; injonctions prononcées ; corrections effectivement vérifiées ; formations, qualifications et maintien en compétence des agents. Il s’agit de critères d’évaluation proposés, pas de résultats déjà attribués au Niger. Un plan correctif déposé par un exploitant ne vaut pas constat que le risque a disparu.

Il faut distinguer sécurité opérationnelle — prévenir les accidents — et sûreté — empêcher les actes illicites. L’OACI explique que ses programmes USOAP et USAP examinent les capacités de l’État dans ces deux domaines ; ils n’auditent pas directement chaque compagnie ou aéroport. Les résultats détaillés du programme de sûreté USAP ne sont pas rendus publics. Le constat général cité par le gouvernement ne saurait donc servir de classement public d’un aéroport précis.

Enfin, une nouvelle gouvernance doit laisser aux spécialistes la possibilité de documenter une non-conformité et de faire appliquer des mesures proportionnées. La manière de nommer les dirigeants, de protéger l’expertise technique et de financer les déplacements d’inspection comptera autant que la forme du conseil annoncé. Le communiqué n’autorise encore aucune conclusion sur ces garanties.

À qui profitera une capacité nigérienne renforcée ?

L’ANAC ne part pas d’une page blanche. Son répertoire réglementaire publie des textes techniques ; son service d’autorisation de survol et d’atterrissage décrit une activité administrative nationale. L’enjeu de souveraineté n’est donc pas d’opposer mécaniquement une expertise locale à tout concours extérieur. Il est de savoir qui rédige les règles, conserve les données de surveillance, qualifie ses inspecteurs et décide en dernier ressort des certificats ou restrictions.

L’UEMOA documente un programme commun de transport aérien et une unité régionale de supervision. L’OACI, dans son Plan AFI, vise la formation et le renforcement des autorités nationales et régionales. La mutualisation peut apporter des spécialistes rares et éviter des doublons. Son intérêt concret dépend toutefois des mandats, du financement, de la transmission des compétences et du maintien de la décision juridique au niveau habilité. Le communiqué ne règle pas encore la distribution des rôles entre Niger, UEMOA et AES.

Pour les voyageurs et les territoires, la sécurité est d’abord une protection, avant d’être un argument économique. Si le renforcement se limite à Niamey ou à la rédaction de textes, l’objectif de désenclavement pourrait ne pas se traduire par une meilleure surveillance des aérodromes secondaires. Cette possibilité est une hypothèse à vérifier, non un échec constaté. Des données d’inspection ventilées par site et spécialité permettraient d’apprécier les effets distributifs de la réforme.

Pièces manquantes : les limites de la preuve actuelle

Les nouvelles ordonnances et leurs textes d’application sont indispensables pour comparer les compétences, les garanties d’indépendance, les possibilités de recours et les pouvoirs de contrôle avec le Code de 2010. Sans publication vérifiée, le nouveau droit positif ne peut être décrit article par article.

Les rapports d’audit et plans correctifs permettraient d’identifier les déficiences réelles : cadre légal, procédures, moyens humains ou application. Leur absence dans le communiqué empêche d’établir une base chiffrée ou de classer les risques. La confidentialité des audits de sûreté explique certaines limites d’accès, sans interdire toute information publique agrégée lorsque sa diffusion reste compatible avec la protection des installations.

Les données de fonctionnement de l’ANAC — budget, qualifications des inspecteurs, calendrier et réalisation des contrôles, vérification des corrections — diraient si la réforme augmente les capacités plutôt que les seuls pouvoirs écrits. Le visualiseur public USOAP donne accès à des indicateurs par État ; aucune valeur datée propre au Niger n’a été retenue dans cette enquête faute de vérification ici de son détail. Une note globale ne remplacerait de toute façon pas l’examen des domaines concernés et des progrès postérieurs.

Les trois trajectoires que les actes permettront de départager

Consolidation : les ordonnances sont publiées, leurs mesures d’application répartissent clairement les responsabilités, des inspecteurs formés et financés conduisent les contrôles et les écarts d’audit sont clos après vérification. Une coopération régionale peut alors compléter une décision nationale effective. C’est une projection conditionnelle, non un résultat acquis.

Réforme principalement formelle : le Code et l’organigramme changent, mais les effectifs, les équipements et les procédures de suivi restent insuffisants. La présence dans l’ancien Code d’un article consacré au personnel et aux inspections explique pourquoi réaffirmer un pouvoir ne prouve pas sa mise en œuvre.

Capacités inégales : certaines activités ou certains sites bénéficient de contrôles réguliers, tandis que d’autres restent moins suivis. Des indicateurs ventilés et des vérifications externes permettraient d’en déterminer l’ampleur, sans supposer à l’avance que cette disparité existe.

Au 26 septembre 2026, l’adoption de deux projets par le Conseil et la motivation par des lacunes d’audit sont documentées. Leur capacité à améliorer concrètement la supervision demeure ouverte. Elle se jugera sur la publication des textes, les moyens effectivement mobilisés, les inspections réalisées et la résolution vérifiée des non-conformités.

Sources institutionnelles et portée des documents

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *