Bamako cherche les règles d’une nouvelle relation régionale
Le Mali a participé à la préparation confédérale du dialogue avec la CEDEAO, le 16 octobre 2026 à Ouagadougou, puis à la rencontre ministérielle du 17 octobre à Dakar. La délégation malienne comprenait Abdoulaye Diop et Mossa Ag Attaher. La séquence documente la construction d’une position commune et l’ouverture d’une négociation sur les relations futures. Elle doit être distinguée de la conclusion d’un accord-cadre définitif. [1][3]
Pour Bamako, l’enjeu dépasse l’organisation d’une réunion diplomatique. Il consiste à faire reconnaître la Confédération des États du Sahel comme interlocuteur, tout en organisant les rapports avec les pays de l’autre ensemble régional. Cette démarche devra articuler la représentation politique, les intérêts économiques et les besoins des personnes qui vivent ou travaillent de part et d’autre de ces espaces.
La portée d’un futur accord dépendra de sa précision. Un texte peut établir des principes communs sans régler immédiatement chaque procédure de commerce, de déplacement ou de coopération. L’analyse de la séquence d’octobre exige donc de suivre les étapes : élaboration interne, discussion entre les parties, décision sur le texte, puis application par les institutions compétentes.
Une négociation préparée depuis les consultations de Bamako
Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO est devenu effectif le 29 janvier 2025. La Commission avait alors annoncé des dispositions transitoires pour préserver notamment les déplacements et certains échanges. Ce cadre d’attente accompagne la recherche de nouvelles relations ; il ne constitue pas leur règlement définitif. [5]
Les échanges ne commencent pas en octobre 2026. Le compte rendu du ministère malien des Affaires étrangères rattache la réunion de Ouagadougou aux consultations de Bamako du 22 mai 2025. Il situe également les travaux de la task-force confédérale au 14 octobre, avant la réunion ministérielle du 16. Cette chronologie montre un travail de préparation antérieur au face-à-face de Dakar. [1]
Dans un reportage de Sidwaya publié le 14 octobre, le chef de la délégation nigérienne, Ousmane Alhassane, évoque un mémorandum issu des consultations de mai 2025, portant sur l’organisation des négociations. Le représentant malien Mahamane Ahmadou Maïga décrit, pour sa part, la préparation d’un programme et de groupes thématiques. Ces témoignages portent sur la méthode de négociation ; ils ne décrivent pas un accord final réglant toutes les relations. [9]
Un projet confédéral ne devient pas seul un engagement commun
Le Conseil des ministres malien du 23 octobre rapporte l’adoption, par le comité de pilotage de l’AES, d’un projet d’accord-cadre, d’une feuille de route et d’un projet de mandat des organes de négociation. Il s’agit d’actes préparatoires propres à l’AES. [4] Leur existence ne permet pas d’attribuer automatiquement le même engagement à la CEDEAO.
Le ministère sénégalais, qui rend compte de la réunion du 17 octobre, présente une démarche graduelle devant se poursuivre par d’autres rencontres. Les parties y ont précisé leurs attentes et les principes du dialogue. Ce compte rendu du pays hôte converge avec l’idée d’un processus en construction. Il ne fournit pas un nouveau régime commercial complet ou un ensemble de règles immédiatement applicables à tous les usagers. [3]
Le mot accord recouvre ainsi plusieurs objets qu’il faut identifier. S’entendre sur un calendrier, préparer un projet commun à trois États et signer un instrument entre deux ensembles sont des étapes différentes. La force d’une décision dépend du texte, des parties qui l’ont adopté et de ses conditions d’application. Les résumés politiques doivent rester rattachés à ces documents pour éviter de prêter à la négociation des effets qu’elle n’a pas encore établis.
Les routes et les institutions doivent pouvoir fonctionner ensemble
Le corridor Bamako–Dakar donne une dimension matérielle à cette discussion. Le 28 mai 2025, la Banque mondiale a annoncé l’approbation d’un crédit IDA de 219,8 millions de dollars pour la connectivité routière au Mali. Le programme prévoit notamment la modernisation des 137,7 kilomètres du tronçon Diéma–Sandaré. Il s’agit d’un financement approuvé et de travaux programmés dans ce document, pas d’un bilan de réalisation en octobre 2026. [6]
Cet exemple montre pourquoi l’infrastructure et les règles doivent être examinées ensemble. Une route améliorée ne détermine pas à elle seule les documents exigés, le traitement d’un chargement ou la résolution d’un différend. Inversement, un accord commercial ne remet pas en état une chaussée. Les politiques peuvent se renforcer si leurs calendriers et leurs responsabilités sont coordonnés.
La superposition des organisations demande aussi de la précision. La BCEAO continue de compter le Mali, le Burkina Faso et le Niger parmi les membres de l’Union monétaire ouest-africaine, avec notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire. L’appartenance monétaire constitue donc un cadre distinct de la relation avec la CEDEAO. [7] Les négociations doivent être analysées domaine par domaine, sans déduire d’une sortie institutionnelle un changement général de toutes les règles régionales.
Pour les entreprises, la prévisibilité pourrait être l’un des bénéfices d’un cadre bien défini. Elle suppose de connaître les obligations, les interlocuteurs et les procédures de recours. Les coûts d’un échange tiennent aussi au temps et à l’incertitude. Une évolution utile devrait pouvoir être observée dans les délais, la compréhension des démarches et la continuité du traitement administratif, au-delà de la seule annonce d’un partenariat.
Une position malienne affirmée, des populations à associer
Dans ses propos recueillis par l’AIB le 16 octobre, Abdoulaye Diop défend une discussion « d’entité à entité ». Il présente la diplomatie comme un pilier de la Confédération et relie la recherche d’un cadre juridique aux liens géographiques, historiques et humains de la région. Cette position permet de comprendre la logique malienne : porter une voix confédérale et négocier les modalités de la coexistence régionale. [2]
La négociation commune peut donner davantage de cohérence aux demandes des trois États. Elle nécessite aussi un travail interne pour établir les priorités et traiter les situations particulières. Les besoins d’un pays, d’un secteur ou d’une région ne se confondent pas toujours avec ceux des autres. Une position collective gagne en solidité lorsque les arbitrages qui la soutiennent reposent sur une connaissance précise de ces intérêts.
Les ressortissants établis à l’extérieur font partie des acteurs concernés. Le ministère malien rapporte une rencontre des ministres de l’AES avec la diaspora au Sénégal le 18 octobre. Il mentionne des préoccupations administratives et consulaires. Ce compte rendu gouvernemental documente l’échange, mais ne permet ni de mesurer la représentativité de l’assemblée ni de conclure à la satisfaction de toutes les demandes. [8]
Les organisations professionnelles, les transporteurs, les commerçants et les associations de ressortissants pourraient contribuer à identifier les difficultés concrètes. Leur participation ne se résume pas à l’approbation des orientations officielles : elle peut fournir des informations sur les procédures et les effets des décisions. La qualité d’un arrangement régional dépendra aussi de la possibilité de faire remonter ces expériences aux responsables de son application.
Les textes manquants limitent encore les conclusions
L’analyse porte sur la séquence du 16 au 23 octobre, vérifiée à partir des documents disponibles au 3 novembre 2026. Le texte intégral du projet d’accord-cadre et ses annexes n’ont pas été obtenus. Les comptes rendus établissent des étapes de préparation et de dialogue ; ils ne suffisent pas à déterminer l’ensemble des engagements susceptibles d’être finalement retenus.
Le mémorandum de procédure évoqué dans le reportage sur les consultations de 2025 n’a pas davantage été examiné dans sa version signée. Il est donc présenté comme un élément rapporté par un participant, avec son objet déclaré. L’existence d’un document appelé mémorandum ne doit pas être assimilée, sans lecture de son contenu, à l’adoption d’un accord global de coopération. [9]
Plusieurs questions restent ouvertes : quels sujets seront traités dans le texte principal et lesquels dans des instruments particuliers ? Comment seront suivies les décisions ? Quel mécanisme interviendra en cas de divergence d’interprétation ? Il serait prématuré de fournir les réponses comme si elles figuraient déjà dans un accord publié et vérifié.
Le dossier ne permet pas non plus de quantifier un effet de la réunion sur le commerce malien ou les coûts de transport. Une telle mesure demanderait des données avant et après application, en tenant compte d’autres facteurs. Les échanges diplomatiques constituent un fait observable ; leurs conséquences économiques exigent une enquête et une durée d’observation distinctes.
La réussite dépendra de règles utilisables et suivies
Une première trajectoire serait la conclusion progressive d’engagements précis, accompagnés d’instructions cohérentes et d’un suivi partagé. Elle pourrait réduire les incertitudes tout en tenant compte des choix institutionnels des États. Pour être crédible, cette évolution devrait permettre aux usagers de comprendre ce qui change, à quelle date et auprès de quelle administration faire valoir une difficulté.
Une deuxième trajectoire serait la prolongation du dialogue avec des avancées ponctuelles. Elle ne signifierait pas nécessairement une rupture des échanges, mais pourrait laisser subsister des zones d’incertitude. Une troisième serait le blocage sur certains sujets, avec le risque que les désaccords politiques compliquent la coopération pratique. Aucun de ces scénarios ne peut être tenu pour acquis à partir de la seule séquence d’octobre.
Le rôle du Mali se situe ainsi dans un double travail : construire une position avec ses partenaires de l’AES et contribuer à des règles acceptables pour l’autre partie. L’accord à rechercher devra être apprécié à la fois pour sa cohérence politique et pour son utilité concrète. La capacité des institutions à coopérer, à expliquer leurs décisions et à résoudre les difficultés sera un critère décisif de sa portée.
Les sources pour suivre les étapes de la négociation
[1] MAECI du Mali, communiqué de la réunion préparatoire du comité ministériel AES du 16 octobre, publié par CIGMA le 19 octobre 2026. [2] AIB, propos d’Abdoulaye Diop sur le dialogue entre les deux ensembles, 16 octobre 2026.
[3] Ministère sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, compte rendu de la rencontre de Dakar du 17 octobre 2026. [4] Présidence du Mali, communiqué du Conseil des ministres du 23 octobre 2026, participation aux rencontres de Ouagadougou et Dakar.
[5] Commission de la CEDEAO, communiqué du 29 janvier 2025 sur le retrait des trois États et les arrangements transitoires. [6] Banque mondiale, approbation du programme Mali Nafa Soro Siraw, 28 mai 2025. [7] BCEAO, liste des États membres de l’UMOA, consultée le 3 novembre 2026.
[8] MAECI du Mali, rencontre des ministres AES avec la diaspora au Sénégal le 18 octobre, compte rendu publié le 20 octobre 2026. [9] Wendyam Pascaline Kalmogo, Sidwaya, reportage sur les travaux des experts, 14 octobre 2026 ; propos de Mahamane Ahmadou Maïga et d’Ousmane Alhassane. Les textes signés non obtenus restent distingués des comptes rendus.

