Scène illustrative : une statisticienne et deux statisticiens maliens travaillent autour d’un ordinateur et de dossiers.

Le programme statistique malien pour 2026–2030 doit permettre de mieux éclairer les décisions publiques. Sa portée dépendra des moyens disponibles, de la qualité des enquêtes et de l’accès aux résultats. Les documents consultés établissent des orientations et des appuis financiers, sans démontrer que l’ensemble du programme est financé ou exécuté.

Des chiffres utiles pour choisir et rendre compte

Le 9 octobre 2026, le Conseil des ministres a pris acte d’une communication écrite sur le quatrième Schéma directeur de la statistique et son plan d’action 2026–2030. [1] Cette formulation décrit une étape gouvernementale ; elle ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un financement intégral ou d’une mise en œuvre achevée.

Le sujet touche directement la manière d’arbitrer entre des besoins concurrents. Pour programmer des salles de classe, apprécier une récolte ou suivre le coût de la vie, les responsables doivent savoir ce que mesurent les données, à quelle date et dans quel périmètre. Une valeur isolée devient peu utile si ces informations manquent.

Le programme devrait donc être jugé sur la possibilité de prendre des décisions mieux documentées. Produire davantage de tableaux peut contribuer à cet objectif, mais leur nombre ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir relier les résultats aux questions posées et comprendre les marges d’incertitude avant de leur faire porter une conclusion.

La chronologie impose de distinguer les versions du programme

Le lancement de la préparation, le 19 novembre 2024, concernait initialement un schéma annoncé pour 2025–2029. La revue technique tenue les 13 et 14 août 2026 évoquait déjà la période 2026–2030, dans la perspective de son adoption. [2][3] Les documents attestent ce changement de calendrier, sans en établir ici la cause.

La version finale doit permettre d’identifier les objectifs, leur échéance et le point de départ retenu. Une activité prévue avant 2026 ne devrait pas devenir un résultat nouveau par simple changement de période. Il faudrait distinguer les opérations poursuivies, celles qui sont reportées et les besoins ajoutés au programme.

Le rapport d’activités statistiques de 2024 indique que 61,88 % des activités programmées ont été réalisées et mentionne les difficultés financières parmi les causes des opérations non accomplies. [4] Ce bilan constitue un repère historique. Il ne mesure ni l’exécution de 2026 ni les résultats du nouveau schéma.

Pour suivre les progrès, la comparaison doit conserver des définitions cohérentes. Une enquête terminée, un fichier traité et une publication diffusée correspondent à des étapes différentes. Le bilan annuel devrait préciser le stade atteint, les opérations en retard et les conséquences de ces décalages pour les utilisateurs.

Quatre axes doivent devenir des responsabilités identifiables

La communication gouvernementale retient quatre axes : gestion du système statistique national, renforcement de ses capacités, production, puis analyse, diffusion et utilisation des données. Elle relève aussi des insuffisances de coordination aux niveaux central, sectoriel et décentralisé. [1] L’enjeu opérationnel consiste à relier ces orientations à des tâches vérifiables.

Chaque activité devrait avoir un responsable, des partenaires et un calendrier commun. Lorsque plusieurs services renseignent le même phénomène, il faut pouvoir rapprocher leurs définitions et expliquer les écarts. Une coordination efficace évite de solliciter plusieurs fois les mêmes répondants sans obtenir, pour autant, des séries comparables.

L’INSTAT et les services sectoriels ont besoin d’un cadre permettant de suivre toute la chaîne : conception, collecte, contrôle, traitement et publication. Le retard d’une étape peut bloquer les suivantes. Les programmes de travail devraient rendre ces dépendances visibles, pour orienter les moyens vers les difficultés effectivement rencontrées.

La formation doit également correspondre aux fonctions à assurer. L’utilisation d’un logiciel ne remplace pas la maîtrise de l’échantillonnage, du contrôle des réponses ou de l’interprétation des résultats. Le transfert de compétences devrait être apprécié à travers des travaux que les équipes peuvent reproduire et documenter elles-mêmes.

Un crédit identifié ne vaut pas financement intégral du schéma

L’accord de financement de 2023 entre le Mali et l’Association internationale de développement prévoit un crédit de 56,6 millions d’euros pour le projet régional PHASAOC, consacré à l’harmonisation et à l’amélioration des statistiques. [6] Ce montant contractuel ne représente ni le budget total du schéma 2026–2030 ni la somme effectivement décaissée.

Pour connaître les moyens mobilisables, il faudrait rapprocher les crédits nationaux, les projets extérieurs et les dépenses prévues, sans compter deux fois la même contribution. Un état consolidé devrait permettre de comprendre ce qui peut réellement être exécuté.

Le financement devrait couvrir le fonctionnement entre deux grandes opérations. La conservation des données, la maintenance des outils, le travail des agents et la diffusion des résultats demandent une continuité. Un équipement acquis pour un projet peut perdre son utilité si son entretien ou les compétences nécessaires ne sont plus financés.

Les appuis régionaux peuvent faciliter la comparaison entre pays, à condition que les priorités nationales restent explicites. Le suivi devrait montrer quelles activités servent directement les besoins maliens et lesquelles répondent à des engagements communs.

L’indépendance et la confidentialité donnent leur valeur aux données

La loi n°2016-005 du 24 février 2016 inscrit notamment l’indépendance scientifique, l’impartialité et la transparence des méthodes parmi les principes de la statistique publique. Elle organise aussi l’accès aux résultats et aux informations qui permettent de les comprendre. [5] Ces garanties doivent pouvoir être observées dans les pratiques de publication.

Une méthode devrait être retenue pour sa pertinence statistique et expliquée lorsque des choix sont discutables. Les institutions maliennes doivent pouvoir présenter un résultat défavorable comme un résultat favorable, sans modifier opportunément les critères. Une révision est légitime lorsqu’elle améliore l’estimation ; sa raison et son effet doivent alors être explicités.

La même loi protège les renseignements individuels et exclut leur utilisation à des fins de poursuite ou de mesures administratives individuelles. [5] Cette séparation est essentielle à la confiance. L’ouverture des résultats ne doit pas exposer les personnes, les ménages ou les entreprises qui ont fourni les informations.

Universitaires, collectivités, organisations professionnelles et citoyens devraient disposer de moyens adaptés pour comprendre les séries publiées. L’accès utile suppose des formats exploitables, des définitions et des explications sur les limites. Des échanges réguliers avec ces utilisateurs aideraient à identifier les questions insuffisamment couvertes, tout en préservant la confidentialité.

Les moyens, la couverture et les résultats restent à documenter

Les pièces examinées au 4 novembre 2026 ne permettent pas de reconstituer un budget consolidé du schéma, avec ses financements acquis et ses besoins résiduels. Elles n’établissent pas non plus un bilan complet de son exécution. La publication d’un programme chiffré et de rapports de suivi serait nécessaire pour apprécier ces dimensions.

La qualité ne peut pas être déduite du seul nombre de répondants. Il faut connaître la population visée, la méthode de sélection, les réponses manquantes et les corrections appliquées. Lorsque certaines zones sont difficiles d’accès, la documentation devrait expliquer les solutions retenues et les limites de représentativité qui peuvent en résulter.

Les données administratives offrent une autre source possible, mais leur réutilisation demande des vérifications. Un registre peut refléter les personnes qui accèdent à un service plutôt que toute la population concernée. Avant de généraliser un résultat, il faut examiner le champ couvert, la stabilité des règles d’enregistrement et les éventuels doublons.

La diffusion devrait enfin distinguer les résultats provisoires des résultats définitifs. Une série corrigée doit rester compréhensible pour celui qui a utilisé la version antérieure. Conserver les dates, les définitions et l’historique des révisions permet de suivre les changements sans les confondre avec une évolution réelle du phénomène étudié.

Les progrès se vérifieront dans la régularité et l’usage des publications

Si les crédits, les équipes et la coordination suivent les objectifs annoncés, le programme pourrait rendre les publications plus régulières et mieux adaptées aux décisions. Le suivi devrait comparer les dates prévues aux dates effectives, expliquer les retards et vérifier que les résultats restent accessibles après leur première diffusion.

Si les opérations se multiplient sans moyens durables de traitement et d’analyse, le risque serait d’accumuler des collectes peu utilisées. La réponse devrait porter sur les étapes bloquées et sur la hiérarchisation des besoins.

Un bilan public pourrait présenter les productions livrées, leur documentation, les révisions apportées et les demandes d’utilisateurs prises en compte. L’usage d’une statistique dans une décision devrait également être explicité : quel problème éclaire-t-elle, avec quelles limites et quelles autres informations ? La seule présence d’un chiffre ne prouve pas la qualité d’un choix.

Donner au Mali les moyens de ses choix suppose ainsi une capacité durable à produire, discuter et conserver ses données. Des résultats accessibles et des méthodes compréhensibles permettront aux institutions comme aux habitants d’examiner plus précisément l’action publique.

Références sur le schéma, le financement et les garanties statistiques

[1] Gouvernement du Mali. Communiqué du Conseil des ministres, CM n°2026-40/SGG. 9 octobre 2026. Communication sur le quatrième SDS et son plan d’action 2026–2030.

[2] INSTAT Mali. Quatrième génération du Schéma directeur de la statistique du Mali. 21 novembre 2024 ; lancement du 19 novembre. Calendrier initial annoncé pour 2025–2029.

[3] INSTAT Mali. Dix-septième session technique de la revue annuelle du Schéma directeur de la statistique. 14 août 2026 ; session des 13–14 août. Référence au SDS IV 2026–2030.

[4] INSTAT Mali. Rapport annuel d’activités statistiques 2024, revue annuelle 2025. Juillet 2025. Bilan historique ; taux d’exécution des activités programmées.

[5] République du Mali, texte publié par l’INSTAT. Loi n°2016-005 régissant les statistiques publiques. 24 février 2016. Article 2 : principes professionnels, accès et secret statistique.

[6] République du Mali / Association internationale de développement. Accord de financement PHASAOC, série 1, crédit n°73120-ML. 2023. Article II, section 2.01 : montant contractuel du crédit.

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