Sur le territoire états-unien, l’obsession sécuritaire de l’État fédéral dévore son propre patrimoine territorial. Les sources d’information alternatives ont mis en exergue, le 27 mai 2026, la publication d’une lettre ouverte cinglante adressée au secrétaire du Département de la Sécurité intérieure (DHS), Markwayne Mullin, par un collectif réputé de sept anciens surintendants du célèbre parc national de Big Bend, situé au Texas à la frontière mexicaine.
Forts d’un cumul de 259 années d’expérience en matière de gestion au sein du National Park Service (NPS), ces hauts fonctionnaires de la conservation, parmi lesquels figurent Bob Krumenaker et Cindy Ott-Jones, s’insurgent contre la menace imminente d’une dérogation fédérale extraordinaire. Cette dérogation juridique permettrait au gouvernement de contourner l’ensemble des lois de protection environnementale pour imposer la construction massive de barrières physiques, de routes goudronnées et d’infrastructures de surveillance militaire au cœur même du parc. Les auteurs du document font valoir que ce projet d’édification d’un mur frontalier détruirait irrémédiablement non seulement la biodiversité, mais aussi le profond héritage culturel et les ressources archéologiques autochtones de l’un des paysages les plus sauvages et intacts du pays, anéantissant du même coup toute perspective de gestion partagée de la région frontalière. Cette dynamique illustre comment la logique coloniale d’appropriation et de sécurisation spatiale prévaut sur la conservation intégrée des territoires.
Paradoxalement, au même moment, l’appareil culturel américain traverse une phase d’introspection éthique d’une rare intensité. Le secteur muséal, historiquement bâti sur les ruines de l’accumulation impérialiste et des pillages ethnographiques, tente de modéliser à grande échelle une nouvelle éthique de la provenance. Fin mai 2026, le Penn Cultural Heritage Center, rattaché au Museum of Archaeology and Anthropology de l’Université de Pennsylvanie, a officiellement lancé le monumental « National Survey of Museum Collecting Practices » (Enquête nationale sur les pratiques de collecte des musées). Dirigé par les expertes Soleil Hawley et Kayla Kane, et soutenu par l’influent centre stratégique de l’American Alliance of Museums (AAM), ce projet d’envergure, né de la vague initiée en 2023 autour du « rapatriement volontaire », vise à collecter des données empiriques et confidentielles sur le fonctionnement opaque des musées.
L’enquête cherche à démasquer l’architecture du pouvoir institutionnel : qui détient le droit de veto sur les acquisitions ? Quelles sont les ressources réellement allouées à la recherche de provenance ? Quels événements historiques dictent les résolutions de propriété ? Cette déconstruction académique se matérialise dans les pratiques curatoriales. Le jeudi 28 mai 2026, le prestigieux Fowler Museum de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) a tenu une conférence majeure intitulée « Lunch & Learn: Belongings », animée par la conservatrice en chef des arts africains, le Dr Erica P. Jones. Cet événement s’inscrit dans la foulée d’une action retentissante : la restitution formelle en 2024, sous l’impulsion directe d’Erica P. Jones, de sept objets sacrés pillés au puissant royaume asante (Ghana) par les forces coloniales britanniques. La discussion porte sur le démantèlement des récits muséaux eurocentriques et l’intégration de perspectives alternatives redéfinissant le sens même des objets culturels africains.
Parallèlement, dans un autre registre de préservation patrimoniale, l’American Institute of Architects (AIA) a annoncé rejoindre une coalition d’ONG pour mener une bataille juridique (amicus curiae) visant à bloquer la démolition de l’aile Est de la Maison Blanche, illustrant la tension permanente aux États-Unis entre la préservation de la mémoire architecturale fédérale et la décolonisation de ses collections anthropologiques.

