Une validation réelle, mais antérieure au calendrier annoncé
Le titre du référentiel renvoie à une validation de l’accord public-privé chilien sur le lithium durant la période septembre-octobre 2026. Les pièces primaires imposent une correction chronologique : la prise de raison décisive de la Contraloría General de la República est intervenue le 19 décembre 2025. Elle concernait les contrats entre la Corfo et Minera Tarar, filiale de Codelco, et constituait la dernière condition préalable indiquée par Codelco pour mettre en œuvre son association avec SQM dans le Salar de Atacama.
Cette correction ne rend pas le dossier caduc en 2026. La société commune est désormais une réalité institutionnelle et la Contraloría continue d’exercer des fonctions de contrôle sur certains aspects du processus. En août 2026, des informations confirmées par Codelco ont notamment fait état d’un audit portant entre autres sur une prestation de conseil liée à l’accord. Un audit n’est pas un constat de faute : il ouvre une procédure de contrôle dont les conclusions doivent être attendues.
Le véritable sujet d’octobre 2026 est donc moins « la Contraloría vient-elle d’autoriser l’accord ? » que « comment contrôler, après sa mise en place, une architecture qui organise jusqu’en 2060 l’exploitation d’une ressource stratégique ? ».
De l’accord de 2024 à NovaAndino Litio
Codelco et SQM avaient annoncé en mai 2024 les modalités de leur partenariat pour développer le lithium dans le Salar de Atacama. L’opération repose sur l’articulation de contrats avec la Corfo, de sociétés filiales et d’une gouvernance appelée à évoluer dans le temps.
Après les autorisations nationales et étrangères nécessaires, la prise de raison de décembre 2025 a permis de franchir la dernière condition préalable signalée par Codelco. Quelques jours plus tard, Codelco et SQM ont annoncé la constitution de leur structure commune, connue sous le nom de NovaAndino Litio, destinée à exploiter les ressources du Salar jusqu’en 2060.
Ce calendrier montre que la politique chilienne ne consiste pas simplement à nationaliser ou à privatiser l’exploitation. Elle met en place une société associant une entreprise publique, Codelco, à un opérateur privé disposant d’une expérience historique du salar. Le débat porte alors sur le contrôle effectif : capital, gouvernance, savoir-faire, données techniques, technologie d’extraction, commercialisation, revenus et obligations environnementales.
Qui contrôle quoi, et à quel moment ?
L’accord prévoit que Codelco possède 50 % plus une action, lui donnant une majorité capitalistique minimale. Mais la gouvernance opérationnelle est organisée en phases. Pour la période initiale allant jusqu’en 2030, SQM conserve des responsabilités de gestion importantes ; à compter de 2031, l’organisation du conseil doit donner à Codelco une position renforcée et la société doit être consolidée dans les comptes du groupe public.
Cette temporalité est importante. Une majorité en capital ne signifie pas nécessairement que toutes les décisions industrielles sont immédiatement prises par l’actionnaire public. Il faut examiner la composition du conseil, les droits de vote, les contrats techniques, les droits sur les données géologiques et hydrologiques, les canaux de commercialisation et le transfert de compétences.
Le gouvernement et Codelco ont également présenté l’accord comme un mécanisme permettant à l’État de capter une part élevée de la marge opérationnelle, en combinant paiements à la Corfo, impôts et dividendes. Les communications officielles évoquent jusqu’à environ 70 % sur certaines périodes, puis davantage après 2031. Ces pourcentages sont des estimations institutionnelles du partage de la valeur selon les paramètres contractuels ; ils ne doivent pas être confondus avec une recette garantie quelles que soient les conditions de prix, de coûts et de production.
La Contraloría valide un acte puis peut contrôler d’autres dimensions
La toma de razón est un contrôle de légalité préalable exercé sur certains actes administratifs chiliens. Dans ce dossier, elle ne constitue ni une certification économique de la rentabilité future ni une approbation générale de tous les choix réalisés par les entreprises.
En décembre 2025, la Contraloría a pris raison des contrats concernés et indiqué, dans une réponse distincte évoquée par Codelco, les limites de son intervention sur certains griefs déjà examinés par les juridictions. Codelco avait alors déclaré qu’il se soumettrait à l’audit annoncé sur les aspects administratifs relevant du contrôle de l’institution.
En août 2026, l’ouverture de lignes d’audit sur Codelco, dont l’une concerne une prestation internationale liée au processus d’association, montre précisément que la prise de raison n’éteint pas la fonction de contrôle. Il faut distinguer trois niveaux : la légalité préalable d’un acte, la régularité de procédures ou dépenses susceptibles d’être auditées, et l’évaluation économique et stratégique du partenariat.
Tant que l’audit n’est pas clos, conclure qu’il révèle une irrégularité serait prématuré. À l’inverse, considérer la prise de raison de 2025 comme une immunité contre tout contrôle ultérieur serait tout aussi inexact.
Le Salar vu depuis l’Afrique : capter la rente ne suffit pas
Le Chili offre un cas comparatif utile aux pays africains riches en lithium, cobalt, cuivre, manganèse ou graphite. Il ne constitue pas un modèle transposable automatiquement. Les ressources, institutions, marchés, infrastructures et capacités industrielles diffèrent. Mais il pose une question familière aux stratégies africaines sur les minerais critiques : comment passer de l’extraction à la maîtrise d’une chaîne de valeur ?
L’African Green Minerals Strategy défend explicitement la transformation locale, l’industrialisation, le développement de chaînes de valeur régionales et une plus grande rétention de valeur sur le continent. La Commission économique pour l’Afrique souligne encore en 2026 le décalage entre l’importance des réserves africaines de minerais critiques et la part beaucoup plus faible de la valeur ajoutée associée aux chaînes de transformation.
L’expérience chilienne rappelle que la propriété publique partielle peut accroître la capacité de négociation, mais qu’elle ne suffit pas. La question décisive est celle des compétences acquises : géologie, chimie, procédés d’extraction, raffinage, matériaux cathodiques, fabrication de composants, ingénierie, gestion de l’eau et accès aux marchés.
Dans une perspective afrocentrique, le critère n’est donc pas « l’État possède-t-il des actions ? » mais « cette propriété augmente-t-elle la capacité productive, technologique et financière des sociétés concernées ? ». L’Africa Mining Vision insiste de longue date sur les liens avec les fournisseurs locaux, les services à forte intensité de connaissance et les autres secteurs économiques.
Eau, communautés et consultation : le contrat n’épuise pas le territoire
Le Salar de Atacama n’est pas seulement un actif minier. Il constitue un système écologique et hydrologique dont dépendent des communautés, notamment lickanantay/atacameñas. La Corfo a conduit une procédure de consultation autochtone concernant les contrats liés au salar, dont les résultats ont été documentés en 2025.
L’accord prévoit des engagements relatifs aux techniques d’extraction et à la réduction de la pression nette sur les saumures. Mais les performances environnementales devront être mesurées à partir de données hydrologiques, de prélèvements réels, d’impacts cumulés et de contrôles indépendants.
Une consultation ne peut pas non plus être assimilée automatiquement à un consentement général à chaque décision future. Il importe d’identifier précisément les communautés participantes, les accords obtenus, les désaccords persistants et les mécanismes de suivi.
Cette dimension est directement pertinente pour l’Afrique, où de nombreux projets de minerais critiques sont implantés sur des territoires ruraux ou communautaires. La transformation locale ne peut être qualifiée de souveraine si la valeur est nationalisée au niveau central mais les coûts environnementaux sont concentrés sur des communautés qui n’ont pas de capacité réelle de négociation.
Ce que les documents de 2026 ne permettent pas encore de conclure
La première incertitude concerne l’audit de la Contraloría. Son ouverture est documentée ; ses conclusions définitives ne le sont pas encore. Aucune qualification de responsabilité ne doit donc être anticipée.
La deuxième concerne la réalisation économique à long terme. Les projections de rente publique supposent des volumes de production, des prix du lithium, des coûts, des investissements et une stabilité contractuelle qui évolueront jusqu’en 2060.
La troisième concerne la technologie. L’objectif de réduire l’extraction nette de saumure devra être confronté aux procédés réellement déployés et à leurs performances à l’échelle industrielle.
La quatrième concerne les compétences transférées. Pour mesurer la souveraineté productive, il faudrait publier des indicateurs sur les fournisseurs chiliens, l’emploi qualifié, la recherche, la propriété intellectuelle, les contrats technologiques et la capacité de Codelco à opérer de manière autonome dans le lithium.
Enfin, l’enquête publique reste incomplète sur la distribution territoriale de la valeur. Le montant capté par l’État central n’indique pas nécessairement ce qui revient aux communautés et aux collectivités du territoire du salar.
Trois tests détermineront la portée du partenariat
Le premier test est celui du contrôle industriel. À l’approche de 2031, il faudra vérifier si le transfert prévu de responsabilités vers Codelco se traduit effectivement par une maîtrise de la décision et des compétences.
Le deuxième est celui de la valeur ajoutée. Une forte rente publique serait importante, mais une économie qui exporte principalement un produit minéral relativement peu transformé conserverait une dépendance technologique. L’enjeu est l’articulation avec les matériaux avancés, le stockage électrique, la recherche et d’autres usages industriels.
Le troisième est celui de la légitimité territoriale. La gouvernance du salar sera évaluée sur sa capacité à concilier recettes, production, eau, biodiversité et droits des communautés.
Pour les économies africaines, la leçon comparative n’est donc pas de reproduire NovaAndino Litio. Elle est d’observer les instruments : participation publique, contrôle réglementaire, contrats à long terme, captation de rente, audit, consultation et objectif de montée en compétence. Chaque pays doit ensuite mesurer lesquels augmentent réellement ses propres capacités.
Des sources solides, mais une chronologie à corriger
Les communiqués de Codelco et de la Corfo établissent la chronologie contractuelle ; la prise de raison est datée du 19 décembre 2025, et non de septembre ou octobre 2026.
Les informations relatives aux audits de 2026 établissent la continuité du contrôle mais ne permettent pas d’en prédire le résultat. Les documents de consultation éclairent la dimension territoriale. Les textes de l’Union africaine et de la Commission économique pour l’Afrique servent uniquement de comparaison stratégique ; ils n’établissent aucun lien causal entre la politique chilienne et les politiques minières africaines.

