Depuis le 1er septembre 2026, les agrégateurs autofinancés doivent faire raffiner au Ghana le doré acheté pour leurs clients étrangers avant de demander l’autorisation de l’exporter. GoldBod veut retenir davantage de travail industriel dans le pays tout en orientant les devises issues de l’or vers les banques et les réserves. L’obligation est entrée en vigueur ; ses résultats propres restent à mesurer.
Une condition nouvelle à la sortie du doré
À Accra, l’exportation d’un lot de doré par un self-financing aggregator (SFA), agrégateur qui mobilise ses propres financements, passe désormais par une raffinerie approuvée ou désignée par le Ghana Gold Board, dit GoldBod. Le doré est un produit aurifère concentré et coulé, dont la pureté doit encore être améliorée ; ce n’est ni du minerai brut ni nécessairement une barre répondant aux normes internationales.
Datée du 24 août et publiée le 26, la directive s’applique depuis le 1er septembre 2026. Les SFA devaient modifier avant le 31 août leurs contrats avec les acheteurs étrangers agréés (offtakers). GoldBod indique qu’une autorisation d’exportation dépendra de la preuve du raffinage au Ghana, du paiement des frais et des autres contrôles. Une infraction peut conduire au refus de l’autorisation ou à une sanction de la licence. L’obligation concerne les transactions des SFA avec leurs acheteurs agréés ; le communiqué n’établit pas que la totalité de l’or produit au Ghana y soit soumise.
La portée économique de la règle dépendra de la propriété des raffineries, des coûts et du prix net obtenu.
D’une banque centrale acheteuse à deux circuits de transformation
La Banque du Ghana achète de l’or domestique depuis 2021, sur fond de tensions sur la dette et les devises. Créé par le Ghana Gold Board Act, 2025 (Act 1140), GoldBod régule notamment l’achat, l’essai, le raffinage et l’exportation. Selon une étude du FMI achevée le 10 juillet 2026, l’ancien programme d’achat a accompagné 10,9 milliards de dollars d’exportations d’or artisanal et à petite échelle (ASM) en 2025 : valeur brute exportée, non bénéfice de l’État.
En janvier 2026, GoldBod a conclu un accord avec Gold Coast Refinery, soutenu techniquement par la société sud-africaine Rand Refinery. Le 4 février, des barres ont été montrées au ministre des Finances Cassiel Ato Forson et au directeur général Sammy Gyamfi. GoldBod évoquait 300 kilogrammes apportés la veille, un approvisionnement contractuel d’une tonne par semaine et une capacité de deux tonnes hebdomadaires revendiquée par la raffinerie. Livraison, engagement et capacité ne sont pas des résultats identiques.
Autre canal : l’accord annoncé le 25 juin avec la Ghana Chamber of Mines prévoit l’achat par GoldBod de 30 % de la production des grandes mines dès le 1er juillet, sous forme de doré, payable en cedis avec une décote annoncée de 0,55 %. Destiné aux réserves, cet or doit passer par un raffinage local, puis par une raffinerie accréditée LBMA pour la fonte finale et le marquage. L’accréditation nationale en 2030 reste un objectif. Cette filière diffère de la vente des SFA. GoldBod a défini leurs règles d’agrément le 13 juillet ; la répartition nouvelle des devises a démarré le 3 août. Le raffinage existait donc avant l’obligation de septembre.
Ce que les documents établissent sur l’or et les dollars
Dans un discours du 18 août, Sammy Gyamfi affirme que près de neuf tonnes d’or agrégé par GoldBod avaient été raffinées au Ghana depuis janvier. Cette déclaration antérieure à la directive ne mesure ni l’application de celle-ci ni les marges réalisées. Le rapport statutaire janvier-mars annonce une participation de 15 % « pour le Ghana » dans Gold Coast Refinery. Les titres d’actionnariat restent nécessaires pour connaître le détenteur juridique et ses droits économiques.
GoldBod déclare avoir généré 1,315 milliard de dollars en août 2026 : 668,21 millions vendus directement aux banques commerciales, au comptant ou à terme, et 646,59 millions mis à disposition de la Banque du Ghana pour les réserves. Les détails totalisent 1 314,80 millions, cohérents avec le chiffre global arrondi. Ces chiffres proviennent de l’institution opératrice et ne vérifient pas indépendamment chaque transaction.
GoldBod vise 1,4 milliard de dollars en septembre, dont 700 millions pour les banques et jusqu’à 700 millions pour la banque centrale. Au 25 septembre, cette cible est une projection, pas le résultat clos du mois. Valeur exportée, dollars cédés aux banques, devises de la banque centrale et variation nette des réserves ne sont pas interchangeables. On ne peut isoler, dans ces montants, un apport additionnel imputable au raffinage local.
Contrats privés, contrôle public et financement des achats
Les règles du 13 juillet fixent le trajet d’une vente SFA : contrôle préalable de l’acheteur étranger et du projet de contrat ; transfert des devises ; conversion en cedis au taux de référence applicable, à la demande du SFA ; achat local, essai du métal et autorisation d’exportation. Depuis septembre, s’ajoutent la preuve du raffinage local et le paiement de ses frais.
GoldBod contrôle les licences, les raffineries admissibles et les autorisations. Mais il ne garantit pas le contrat privé ni les dettes de l’acheteur et du SFA. Selon la directive, le coût du raffinage revient à l’un ou l’autre suivant leur convention. Il faudrait consulter les contrats et prix réellement payés pour savoir si une part est reportée sur les mineurs.
La Banque du Ghana date la fin de son ancien préfinancement des achats GoldBod du 1er juillet 2026 ; GoldBod se finance désormais aussi auprès de banques et d’acheteurs. Sammy Gyamfi indique pourtant que les avances directes de la banque centrale avaient cessé « depuis mars ». Les déclarations pourraient décrire des modalités différentes ; les contrats non publiés empêchent de réconcilier précisément ces dates. Aucun de ces changements n’établit un bénéfice net.
Quelle part de valeur demeure dans les territoires aurifères ?
Le raffinage national peut conserver des frais de service, des emplois spécialisés et la maîtrise de l’essai de pureté. La participation publique annoncée de 15 %, si elle est confirmée dans ses détails, peut ouvrir des droits économiques. Mais transformer une tonne sur place n’en transfère pas la propriété à l’État. L’or destiné aux réserves subit encore des opérations finales dans une raffinerie étrangère accréditée.
La distribution entre mineurs ASM, salariés, prestataires, riverains et importateurs dépend des prix et des coûts. Des frais obligatoires pourraient réduire le prix payé au mineur ; une meilleure qualité certifiée pourrait améliorer le prix net. Les données de septembre ne tranchent pas. La politique d’approvisionnement responsable de GoldBod interdit les violations des droits humains et de l’environnement dans sa chaîne déclarée : une norme publiée ne prouve pas la conformité effective de tous les lots.
L’étude du FMI relève des dégâts sur les terres agricoles et les rivières liés à une partie de l’extraction artisanale, surtout illégale. En août, Sammy Gyamfi a demandé davantage d’emplois, de contrats et de participation pour les communautés minières : besoin reconnu, effet encore à démontrer. Mesurer les achats locaux, salaires, dividendes, recettes fiscales et coûts de restauration indiquera qui bénéficie réellement du changement.
Les comptes et les lots qui manquent à l’enquête
Pièce décisive manquante : les autorisations d’exportation SFA depuis le 1er septembre, indiquant provenance, poids, teneur, raffinerie, frais et prix net par lot. Elles mesureraient la conformité et les volumes de raffinage supplémentaires liés à la directive. Leur absence laisse son exécution exhaustive inconnue, même si sa date et sa portée sont établies.
Manquent aussi les comptes rapprochant achats, crédit, essai, raffinage, couverture du risque et recettes ; les mouvements bancaires et les réserves comparables ; les titres établissant les 15 % annoncés. Les dollars d’août ne sont pas un bénéfice net. Les réserves fluctuent en outre avec les autres paiements et la valorisation des actifs.
Le précédent impose cette prudence : le FMI évalue à plus de 1,7 milliard de dollars les pertes de l’ancien programme pour la Banque du Ghana en 2025, notamment sur le doré, en distinguant frais, décotes et écarts de change comptables. Ce chiffre n’est pas une perte de GoldBod en septembre 2026. Le FMI demande de réduire et publier les coûts du nouveau modèle. La banque centrale chiffrait ses réserves brutes à 12,0 milliards de dollars au 22 septembre 2026, contre 12,94 milliards fin juin : un flux aurifère isolé n’en explique pas l’évolution.
Trois tests pour juger la réforme dans les prochains mois
Premier test : publier les lots SFA raffinés, leurs teneurs, les frais et le débit réel des raffineries. Deux tonnes hebdomadaires annoncées ne sont pas une production effectivement vérifiée.
Deuxième test : rapprocher ventes, achats, financement et résultat net. Une devise cédée à une banque commerciale ne demeure pas simultanément en réserve à la banque centrale.
Troisième test : mesurer les droits de propriété, les emplois ghanéens, le prix reçu par les mineurs, la traçabilité et la restauration écologique. Un gain durable pour les communautés et les réserves nettes reste une projection conditionnelle.
Documents ghanéens et contre-expertise consultés
- Ghana Gold Board, directive du 26 août 2026 sur le raffinage local préalable aux exportations SFA.
- Ghana Gold Board, règles du 13 juillet 2026 relatives aux SFA et aux acheteurs étrangers.
- Ghana Gold Board, visite du 4 février 2026 à Gold Coast Refinery, rapport statutaire janvier-mars 2026, discours de Sammy Gyamfi du 18 août.
- Ghana Gold Board, accord annoncé le 25 juin 2026 sur les achats auprès des grandes mines, bilan des devises d’août et objectif de septembre, communication du 11 août sur le changement de financement.
- Bank of Ghana, déclarations à l’issue de la réunion du 22 juillet, communiqué du 24 septembre 2026, p. 3.
- Fonds monétaire international, Guillaume Nolin, Lessons from the Bank of Ghana’s Domestic Gold Purchase Programme, août 2026 ; recherche arrêtée au 10 juillet. Source de contradiction sur les coûts et l’environnement, distincte des déclarations de GoldBod.

