En 2026, la poussée commerciale vers l’Afrique devient plus concrète mais reste inégale

Le Pakistan intensifie en 2026 ses démarches économiques vers l’Afrique par une combinaison de comités commerciaux, missions de prospection, foires, nouvelles représentations et objectifs bilatéraux. Deux faits récents l’illustrent clairement. Le 20 avril, le ministre pakistanais du Commerce, Jam Kamal Khan, et l’ambassadeur d’Éthiopie à Islamabad, Oumer Hussein Oba, ont convenu d’approfondir les échanges, les coentreprises, la coopération industrielle et le tourisme. Le 21 mai, la deuxième session du Comité commercial conjoint Pakistan-Kenya a fixé l’objectif politique de doubler le commerce bilatéral en cinq ans, tout en ouvrant des chantiers sur l’accès au marché, les douanes, les normes, les produits pharmaceutiques, les banques, les TIC, le tourisme et l’industrie.

Ces engagements confirment une accélération institutionnelle. Ils ne démontrent toutefois pas une hausse continue du commerce avec l’ensemble du continent. Les données disponibles imposent de distinguer intensification des initiatives et progression statistique. Le ministère du Commerce a indiqué que les exportations vers l’Afrique avaient augmenté de 9 % sur juillet-août 2025 par rapport à la même période de l’exercice précédent. Mais la Trade Development Authority of Pakistan a ensuite relevé un recul de 9 % sur juillet-octobre 2025-2026, à 646 millions de dollars contre 711 millions un an plus tôt. L’Afrique devient donc un marché plus activement travaillé, sans trajectoire linéaire garantie.

Les exportations ont progressé depuis 2017, mais le commerce total reste volatil

La tendance longue confirme un déplacement réel. Une réponse officielle publiée par l’Assemblée nationale en 2026 indique que les exportations pakistanaises vers l’Afrique sont passées d’environ 1,51 milliard de dollars en 2017-2018 à 2,24 milliards en 2024-2025, soit une hausse proche de 50 %. Cette évolution donne une base factuelle au discours d’ouverture de nouveaux marchés. Elle demeure cependant plus modeste que le potentiel affiché par Islamabad et ne doit pas être confondue avec une croissance équivalente du commerce total.

Le Year Book 2024-2025 du ministère du Commerce chiffre les échanges Pakistan-Afrique à 4,85 milliards de dollars en 2024-2025, après 5,45 milliards en 2023-2024 et 6,34 milliards en 2021-2022. La série montre donc une forte volatilité. Elle comporte aussi une anomalie interne : une phrase attribue 2,61 milliards aux exportations et 2,24 milliards aux importations, alors que le tableau FBR/PRAL présente l’inverse. La réponse parlementaire de 2026 confirme 2,24 milliards de dollars d’exportations pour 2024-2025. C’est cette valeur qui doit être retenue avec le niveau de confiance le plus élevé. Cette correction est importante : l’intensification ne peut être établie qu’en séparant les flux, les périodes et la qualité des sources.

Kenya, Éthiopie et nouveaux relais africains structurent la prochaine phase

Le Kenya est l’un des laboratoires les plus avancés. Selon le State Department for Trade kényan, le commerce bilatéral est passé de 752 millions de dollars en 2023 à 910 millions en 2024. Nairobi insiste néanmoins sur un point déterminant : l’enjeu n’est pas seulement d’accroître les volumes, mais de déplacer les échanges vers davantage de valeur ajoutée dans le thé, le café, l’horticulture, les produits pharmaceutiques et les TIC. La session du Comité commercial conjoint de mai 2026 ajoute à cette base des mécanismes sur les obstacles sanitaires et phytosanitaires, les normes techniques, le règlement des différends et l’investissement. L’objectif de doublement en cinq ans reste une cible politique, non un résultat acquis.

L’Éthiopie remplit une fonction différente : Islamabad la traite à la fois comme marché et comme porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est. La réunion du 20 avril 2026 a mis l’accent sur l’agriculture, l’ingénierie, les tracteurs, les PME, les coentreprises, le tourisme et l’amélioration des liaisons. Les autorités pakistanaises ont proposé un forum d’affaires multi-pays à Islamabad et évoqué des liaisons plus directes vers les ports africains afin de réduire la dépendance aux plateformes de transbordement du Golfe. Ces annonces sont documentées ; leur réalisation, notamment les nouvelles liaisons logistiques ou aériennes évoquées, doit encore être vérifiée au cas par cas.

Derrière les forums, Islamabad cherche à convertir la présence commerciale en contrats

La stratégie ne repose plus seulement sur des visites ministérielles. Le ministère du Commerce indique que les missions commerciales en Afrique doivent atteindre neuf implantations avec la mise en fonction de postes à Dar es-Salaam et Maputo. La Trade Development Authority a multiplié les salons et opérations ciblées. En 2025, la cinquième Pakistan-Africa Trade Development Conference à Addis-Abeba a réuni plus de 110 exportateurs pakistanais dans onze secteurs. La réponse parlementaire de 2026 précise que la prochaine édition est prévue en Afrique de l’Ouest et rappelle l’organisation de premiers roadshows du riz pakistanais au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Sénégal en août 2025.

L’objectif commercial est identifiable : élargir les débouchés au-delà des marchés traditionnels et vendre davantage de riz, textile, produits pharmaceutiques, instruments chirurgicaux, articles de sport, cuir, produits agroalimentaires et biens d’ingénierie. Mais une conférence, un stand ou une rencontre B2B ne vaut pas contrat exécuté. Aucun document public consolidé ne permet encore de mesurer combien de commandes, d’investissements, de coentreprises ou d’emplois africains ont été directement générés par ces instruments. L’activité de prospection est établie ; son rendement économique agrégé reste partiellement documenté.

Pour l’Afrique, l’enjeu décisif est d’éviter une relation limitée à l’achat et à la revente

Une lecture afrocentrée ne peut évaluer cette intensification seulement à partir des exportations pakistanaises. Les intérêts africains se situent dans la transformation locale, l’accès aux marchés pakistanais et asiatiques, la création d’emplois, le transfert de compétences et la construction de chaînes de valeur régionales. Le cas kényan est instructif : les autorités de Nairobi demandent explicitement que les produits agricoles africains progressent vers davantage de transformation et de valeur ajoutée. Une relation qui se limiterait à importer du thé, du café ou des matières premières africaines et à exporter en retour des produits finis reproduirait une asymétrie que les politiques continentales cherchent précisément à réduire.

La ZLECAf renforce cette exigence. L’Union africaine place la diversification industrielle, les chaînes de valeur régionales et la valeur ajoutée au cœur de son agenda commercial. En août 2026, la Commission de l’Union africaine rappelait que plus de 60 % du commerce intra-africain est constitué de produits manufacturés et identifiait le renforcement des chaînes de valeur régionales comme une priorité d’intégration. Pour les États africains, toute ouverture accrue au Pakistan gagne donc à être négociée avec des clauses favorisant production locale, partenariats industriels, maintenance, formation et insertion d’entreprises africaines dans les réseaux de distribution, plutôt qu’avec le seul indicateur du volume importé ou exporté.

Accords régionaux, coûts logistiques et données finales restent à confirmer

Plusieurs points essentiels demeurent ouverts. D’abord, aucune statistique continentale définitive de l’exercice 2025-2026 n’a été identifiée dans les sources publiques consultées au 3 septembre 2026 permettant de mesurer avec précision l’évolution annuelle des échanges Pakistan-Afrique. Les données partielles montrent des mouvements contradictoires. Ensuite, le ministère du Commerce indiquait encore dans son Year Book 2024-2025 que le mémorandum créant un Comité commercial conjoint Pakistan-Communauté d’Afrique de l’Est se trouvait aux dernières étapes de signature. Les sources examinées ne permettent pas d’affirmer qu’un accord commercial préférentiel avec l’EAC, l’ECOWAS ou la SACU soit désormais entré en vigueur.

Les coûts de transport constituent une autre variable. Islamabad évoque des liaisons maritimes plus directes, mais leur calendrier, leurs opérateurs, leurs fréquences et leurs économies réelles ne sont pas encore établis publiquement. Enfin, les annonces de coentreprises restent souvent dépourvues de montants d’investissement, de sites industriels, d’actionnariat, d’obligations de contenu local ou de calendrier. Ces lacunes ne signifient pas que les projets n’existent pas ; elles empêchent simplement de les présenter comme des réalisations consolidées.

Trois trajectoires sont possibles pour la relation commerciale Pakistan-Afrique

Premier scénario : l’intensification institutionnelle se transforme progressivement en croissance durable. Les comités conjoints règlent les obstacles douaniers et sanitaires, les nouvelles missions commerciales identifient des acheteurs, les conférences produisent des contrats, et les secteurs pharmaceutique, agroalimentaire, textile et mécanique gagnent des parts de marché. Dans cette hypothèse, les objectifs fixés avec le Kenya et les projets éthiopiens deviennent des modèles reproductibles dans d’autres économies africaines.

Deuxième scénario : la relation monte en gamme grâce aux coentreprises. Des entreprises pakistanaises produisent davantage sur le continent, tandis que des opérateurs africains utilisent le Pakistan comme débouché ou plateforme vers l’Asie centrale. Ce scénario serait le plus compatible avec les objectifs africains de transformation locale, à condition que les accords protègent les recettes fiscales, les normes sociales, la souveraineté réglementaire et la participation des entreprises locales.

Troisième scénario : l’effort diplomatique progresse mais les échanges restent volatils. Les coûts logistiques, la concurrence chinoise, indienne, turque, européenne et du Golfe, les contraintes de change, les normes et la faiblesse de certains mécanismes financiers limitent les résultats. Les données de 2024-2025 et les fluctuations de 2025 montrent que ce risque est réel. À ce stade, aucune source ne permet de privilégier définitivement l’un de ces scénarios.

Les sources institutionnelles qui permettent de mesurer l’intensification réelle

  • Ministère du Commerce du Pakistan, Year Book 2024-2025 : commerce Pakistan-Afrique, série 2019-2025, instruments de la Look Africa Policy, missions commerciales et état du projet de Comité commercial conjoint avec l’EAC.
  • Assemblée nationale du Pakistan, Questions, 26e session, publication 2026 : exportations vers l’Afrique de 1,51 milliard de dollars en 2017-2018 à 2,24 milliards en 2024-2025, neuf missions commerciales projetées et prochaine conférence Pakistan-Afrique prévue en Afrique de l’Ouest.
  • Press Information Department du Pakistan, 11 septembre 2025 : hausse de 9 % des exportations vers l’Afrique sur juillet-août 2025-2026.
  • Trade Development Authority of Pakistan, Monthly Trade Report, octobre 2025 : exportations vers l’Afrique de 646 millions de dollars sur juillet-octobre 2025-2026, en recul de 9 % sur un an.
  • Press Information Department du Pakistan, 20 avril 2026 : réunion Pakistan-Éthiopie sur le commerce, les coentreprises, l’industrie, la connectivité et le tourisme.
  • Press Information Department du Pakistan, 21 mai 2026 : deuxième Comité commercial conjoint Pakistan-Kenya et objectif de doubler le commerce bilatéral en cinq ans.
  • State Department for Trade du Kenya, bulletin de juillet 2025 : commerce bilatéral de 752 millions de dollars en 2023 à 910 millions en 2024 et priorité donnée à la valeur ajoutée.
  • Union africaine, Trade and Industrial Development et publication « Integrating Africa: From Threads to Hubs », août 2026 : industrialisation, chaînes de valeur régionales, valeur ajoutée et intégration continentale.

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