Burkina Faso | Diplomatie | 31 août 2026

À Pékin, Ouagadougou place la souveraineté informationnelle au cœur du partenariat

Du 19 au 21 août 2026, Pékin a accueilli le 7e Forum sur la coopération des médias sino-africains. L’ouverture officielle, le 20 août, a réuni selon l’Administration nationale chinoise de la radio et de la télévision (NRTA) environ 400 représentants de Chine et de 45 pays africains, dont 33 invités de rang ministériel. Le Burkina Faso y était représenté par une délégation conduite par le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, avec des journalistes, communicants et responsables de médias publics et privés.

Le titre référentiel doit être lu avec précision. Le Burkina Faso ne porte pas à lui seul la coopération Chine-Afrique dans l’audiovisuel : le forum est un mécanisme multilatéral coorganisé par la NRTA, le gouvernement municipal de Pékin et l’Union africaine de radiodiffusion. En revanche, Ouagadougou y a porté une position identifiable, articulée autour de la souveraineté informationnelle, de la valorisation des contenus africains, du transfert technologique et de la formation.

La délégation burkinabè ne s’est pas limitée aux travaux généraux. Elle a présenté une doctrine de coopération, tenu des échanges bilatéraux avec le vice-ministre chinois Liu Jianguo et exploré, après le forum, des pistes de partenariat avec StarTimes. Les faits documentent une diplomatie audiovisuelle active. Ils ne démontrent toutefois pas encore la conclusion d’un contrat d’investissement, la signature d’une convention définitive ou le décaissement d’un financement chinois.

Du FOCAC 2024 au rendez-vous de 2026, un cadre continental déjà structuré

Créé en 2012, le Forum sur la coopération des médias Chine-Afrique est présenté par la NRTA comme un mécanisme du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC). L’édition 2026 devait mettre en œuvre les engagements issus du sommet de Pékin de septembre 2024, au cours duquel Xi Jinping avait annoncé un plan de coopération consacré à l’innovation en radio, télévision et audiovisuel. La rencontre intervient aussi pendant l’« Année des échanges humains Chine-Afrique » et l’année marquant 70 ans depuis les premières relations diplomatiques entre la Chine populaire et un État africain.

Deux résultats continentaux sont documentés. Une déclaration commune a été publiée et les organisateurs ont présenté une liste de 80 projets prioritaires de coopération audiovisuelle sino-africaine. Les thèmes couvrent l’innovation des contenus, l’intelligence artificielle, les technologies de diffusion, les échanges professionnels, les services audiovisuels liés au commerce et la jeunesse. Les sources consultées n’établissent cependant pas qu’un de ces 80 projets soit déjà attribué spécifiquement au Burkina Faso.

Ouagadougou cherche à convertir ses actifs culturels en capacité de négociation. Le gouvernement met en avant le FESPACO, la Semaine nationale de la culture, les Universités africaines de la communication et un secteur créatif jeune. L’enjeu n’est donc pas seulement de recevoir des équipements ou des programmes chinois, mais de faire reconnaître le Burkina Faso comme producteur de contenus et espace de création.

Coproductions, langues africaines, technologies : ce que le Burkina a réellement proposé

Lors du sous-forum consacré à l’innovation des contenus et aux échanges entre les peuples, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo a défendu plusieurs leviers : coproductions sino-africaines, intégration des langues nationales africaines aux côtés du mandarin, échanges d’expertise, formations conjointes, résidences artistiques et incubateurs de projets. Il a aussi plaidé pour l’usage de l’intelligence artificielle dans la traduction, le doublage et la diffusion, à condition qu’elle reste au service de la diversité culturelle.

En marge du forum, le ministre burkinabè s’est entretenu avec Liu Jianguo, vice-ministre de la NRTA. Les deux parties ont convenu d’examiner la diffusion réciproque de documentaires et de productions cinématographiques et audiovisuelles entre la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB) et une télévision publique chinoise. L’Agence d’information du Burkina précise qu’une convention doit formaliser ce premier volet. Au 31 août 2026, sa signature n’est donc pas établie.

Les échanges ont aussi porté sur la modernisation des équipements burkinabè et sur la poursuite des formations destinées aux professionnels des secteurs public et privé. Cela documente un objectif de transfert de compétences, mais ne précise ni la valeur des équipements envisagés, ni leur financement, ni les obligations de maintenance ou de propriété des infrastructures.

Le 22 août, la délégation a visité le siège de StarTimes à Pékin. Les discussions ont concerné une éventuelle collaboration avec la RTB et la Société burkinabè de télédiffusion (SBT), ainsi que la présence possible de chaînes nationales sur le bouquet du groupe. Selon Sidwaya, le PDG Xinjing Pang a annoncé son intention d’envoyer une équipe au Burkina Faso pour approfondir les échanges et mener une étude de marché. Il s’agit d’une prospection commerciale, non d’une implantation acquise.

Derrière la coopération, la question du contrôle des récits et des infrastructures

L’angle souverain retenu par Ouagadougou donne à cette coopération une portée particulière. Dans l’audiovisuel, la souveraineté ne se limite pas aux studios ou aux émetteurs. Elle touche la capacité à produire, financer, stocker, traduire, distribuer et monétiser des contenus, mais aussi le choix des langues, le contrôle éditorial, les droits de propriété intellectuelle, la gouvernance des données et la maintenance des équipements.

Les offres chinoises peuvent répondre à des besoins réels : modernisation technique, télévision numérique, distribution régionale, doublage multilingue et formation. Mais les documents disponibles ne permettent pas encore de mesurer l’équilibre futur du partenariat. Une coopération fondée principalement sur l’importation de technologies, de plateformes et de contenus pourrait créer de nouvelles dépendances. À l’inverse, un dispositif intégrant coproduction, formation avancée, maintenance locale et droits partagés renforcerait davantage l’autonomie du secteur.

La référence aux langues africaines constitue un indicateur stratégique. La traduction et le doublage assistés par intelligence artificielle peuvent élargir l’accès aux œuvres en langues nationales. Mais cette possibilité n’équivaut pas, à elle seule, à une souveraineté linguistique : qualité des corpus, droits sur les voix et les données, validation culturelle et capacité des créateurs africains à piloter les outils demeurent déterminants.

Pour l’Afrique, transformer la visibilité culturelle en capacité industrielle

Le Burkina Faso dispose d’un avantage symbolique rare : Ouagadougou accueille le FESPACO, l’un des principaux espaces de légitimation du cinéma africain. Cette position peut soutenir une stratégie reliant production locale, coproduction internationale, formation, postproduction, doublage et distribution. Si ces briques sont effectivement articulées, la coopération sino-africaine peut devenir un levier d’industrialisation culturelle plutôt qu’un simple canal de circulation des programmes.

L’enjeu dépasse le Burkina Faso. Le forum de 2026 affirme vouloir approfondir la coopération dans les contenus, la technologie, les ressources humaines et l’intelligence artificielle. Pour les États africains, l’intérêt serait de négocier des conditions favorisant les catalogues africains, les langues locales, la circulation intra-africaine des œuvres et la conservation des droits économiques sur les productions. Les 45 pays représentés constituent un marché important, mais leur pouvoir de négociation dépendra de leur capacité à convertir la demande en normes, investissements et capacités propres.

La position burkinabè présente donc une cohérence : accepter des partenariats technologiques tout en affirmant le droit de raconter sa propre histoire. Cette ambition reste toutefois une orientation politique. La souveraineté audiovisuelle se vérifiera dans les contrats, les compétences transférées, les œuvres financées ou distribuées, la rémunération des créateurs et la maîtrise nationale des infrastructures.

Convention RTB, financement, StarTimes : les engagements concrets restent à établir

Plusieurs informations essentielles restent absentes du dossier public. La télévision publique chinoise susceptible de conclure une convention avec la RTB n’est pas identifiée. Le calendrier, la durée de l’accord, les volumes de programmes, les modalités de traduction, les droits de diffusion et les règles de propriété intellectuelle ne sont pas publiés. Il n’est donc pas possible d’évaluer l’équilibre économique du futur mécanisme de partage de contenus.

Aucun montant d’investissement chinois, aucun prêt, aucun don d’équipement, aucun marché public et aucun programme chiffré de formation spécifiquement consacré au Burkina Faso n’ont été identifiés. La visite chez StarTimes documente une exploration de partenariat ; elle ne prouve ni entrée prochaine du groupe sur le marché burkinabè ni accord avec la RTB ou la SBT. L’étude de marché annoncée constitue une étape préalable.

Enfin, la liste des 80 projets prioritaires annoncés au niveau sino-africain ne suffit pas à attribuer automatiquement un projet au Burkina Faso. Tant que bénéficiaires, budgets et calendriers ne sont pas publiés de manière exploitable, il faut distinguer le portefeuille continental et la participation burkinabè effectivement contractualisée.

Du discours souverain aux contrats : les prochains tests seront mesurables

Trois trajectoires peuvent être envisagées. Dans un premier scénario, le forum resterait surtout diplomatique : échanges de délégations, diffusion ponctuelle de contenus et formations sans transformation profonde. Dans un deuxième, la convention annoncée avec une télévision publique chinoise, un partenariat technologique et des coproductions créeraient une chaîne de coopération durable. Dans un troisième, moins favorable, la modernisation pourrait accroître la dépendance à des équipements, plateformes ou catalogues étrangers sans transfert suffisant de maîtrise.

Les prochains indicateurs seront concrets : signature et publication des conventions, identification des partenaires, budgets, nombre de professionnels formés, équipements effectivement transférés, maintenance locale, volumes de contenus burkinabè diffusés, coproductions réalisées, revenus générés et place donnée aux langues nationales. La venue éventuelle d’une équipe de StarTimes et les conclusions de son étude de marché fourniront aussi un premier test commercial.

Le Forum de 2026 a donc créé une fenêtre. Le Burkina Faso y a porté une ligne claire sur la souveraineté informationnelle et l’innovation culturelle, tout en recherchant des partenaires technologiques. Ce qui est établi est la doctrine, les rencontres et les axes de coopération. Ce qui reste à démontrer est leur conversion en capacités burkinabè durables, en droits économiques mieux captés par les créateurs africains et en infrastructures maîtrisées sur le territoire national.

Les documents qui établissent la séquence audiovisuelle sino-burkinabè

Les éléments centraux reposent sur des publications institutionnelles burkinabè et chinoises. Elles établissent le forum, la position portée par Ouagadougou et les pistes bilatérales, tout en laissant ouvertes les modalités contractuelles et financières.

  • Service d’information du Gouvernement du Burkina Faso — « 7e forum sur la coopération des Médias Sino-Africains : le Burkina Faso est au rendez-vous », 20 août 2026 : composition de la délégation, thème du forum et objectifs généraux.
  • Service d’information du Gouvernement du Burkina Faso — « Coopération Chine-Afrique : le Burkina Faso plaide pour un nouvel ordre audiovisuel mondial », 22 août 2026 : souveraineté informationnelle, coproductions, langues africaines, formations et usage encadré de l’intelligence artificielle.
  • Agence d’information du Burkina / DCRP-MCCAT — « Burkina Faso-Chine : les deux pays affinent les axes de coopération médiatique », 24 août 2026 : échanges Pingdwendé Gilbert Ouédraogo-Liu Jianguo, projet de convention avec la RTB, transfert technologique et formation.
  • Administration nationale de la radio et de la télévision de Chine (NRTA) — publications des 17, 20 et 21 août 2026 sur le 7e Forum : organisation, participation de 45 pays africains, déclaration commune et cadre de coopération audiovisuelle sino-africain.
  • Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) — bilan publié le 27 août 2026 : environ 400 participants, 33 invités africains de rang ministériel, déclaration commune et présentation de 80 projets prioritaires de coopération audiovisuelle.
  • Quotidien Sidwaya / DCRP-MCCAT — « Pékin : le ministre de la Communication en visite chez l’opérateur de diffusion StarTimes », 25 août 2026 : échanges avec StarTimes, RTB et SBT, étude de marché annoncée et absence d’accord commercial finalisé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *