Nairobi et Oslo ont signé en juin 2026 une déclaration d’intention sous l’article 6 de l’Accord de Paris. Le mécanisme envisagé peut financer des réductions d’émissions, mais aucun volume, prix, secteur ni partage des bénéfices n’était encore arrêté publiquement.

Le Kenya et la Norvège ont ouvert une négociation carbone bilatérale lors de la visite du président William Ruto à Oslo en juin 2026. Une déclaration d’intention prévoit une coopération sur les réductions d’émissions transférables au titre de l’article 6 de l’Accord de Paris. Le fait est documenté. Le terme « mécanisme » doit cependant être compris comme une architecture en développement : la déclaration ne constitue ni un contrat d’achat, ni une autorisation de crédits précis, ni la preuve d’un financement déjà versé.

Une déclaration d’intention ouvre le chantier bilatéral

Le 12 juin 2026, les gouvernements ont annoncé le texte conclu par le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, et le Premier secrétaire du Cabinet kényan, Musalia Mudavadi, dans le contexte de la visite de William Ruto. Le ministre norvégien du Climat, Andreas Bjelland Eriksen, a présenté la coopération comme un moyen de financer des réductions d’émissions au Kenya et de contribuer aux objectifs climatiques.

L’article 6.2 permet à deux États de coopérer volontairement et de transférer des résultats d’atténuation. Le pays vendeur autorise l’utilisation internationale des réductions ; le pays acheteur peut les compter selon les règles convenues. Un ajustement correspondant est nécessaire pour éviter que la même tonne soit comptabilisée par les deux pays.

La Norvège dispose d’un programme public de coopération internationale, présenté par son ministère du Climat sous l’appellation NOGER. Ses principes publiés mentionnent l’intégrité environnementale, le développement durable, l’autorisation du pays hôte et une comptabilité robuste. La relation avec le Kenya s’insère dans cette politique, mais ses modalités propres doivent encore être négociées.

Le Kenya possède déjà un cadre juridique carbone

Le Kenya a modifié sa loi sur le climat en 2023 et adopté en 2024 le règlement sur les marchés carbone. Le texte réglementaire définit une architecture nationale pour les activités de marché, les approbations, les registres, les garanties sociales et le partage des bénéfices. Il offre donc une base juridique à la future coopération.

La deuxième contribution déterminée au niveau national du Kenya, couvrant 2031-2035, indique que le pays élaborera et révisera une liste d’activités éligibles aux marchés carbone. Elle prévoit aussi des objectifs annuels pour guider la participation à l’article 6. Cette documentation montre que Nairobi veut utiliser les marchés pour attirer des investissements supplémentaires sans compromettre son développement.

Le cadre international continue lui-même d’évoluer. En juin 2026, le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques testait une version minimale du registre international de l’article 6.2, avec une mise en production complète annoncée pour le quatrième trimestre. Cette maturation technique rend la séquence norvégo-kényane plausible, mais rappelle que toutes les infrastructures comptables ne sont pas encore stabilisées.

Une tonne transférée déplace aussi un droit de comptage

L’analyse économique ne peut pas réduire l’opération à un revenu pour le Kenya. Lorsqu’une réduction est autorisée et transférée, Nairobi doit appliquer un ajustement correspondant. Elle ne peut plus utiliser cette même réduction pour atteindre sa propre contribution nationale. Le prix doit donc couvrir non seulement le coût du projet, mais aussi la valeur stratégique d’une tonne qui devient indisponible pour l’objectif kényan.

Un prix trop faible peut conduire le pays à céder les réductions les moins coûteuses, puis à supporter des mesures plus onéreuses pour respecter son propre objectif. À l’inverse, un accord bien négocié peut financer des technologies, des infrastructures ou des programmes communautaires qui n’auraient pas vu le jour autrement. L’additionnalité devient ici le critère central.

La qualité d’un crédit dépend aussi de la mesure, de la permanence et des fuites. Un projet forestier peut perdre son carbone lors d’un incendie ou déplacer la déforestation. Un projet énergétique doit démontrer ce qui se serait produit sans financement. Ces incertitudes ne condamnent pas le mécanisme ; elles exigent des méthodologies publiques et un contrôle indépendant.

La souveraineté kényane se négocie dans quatre clauses

La première clause concerne le prix et sa révision. Nairobi doit pouvoir relier la rémunération au coût réel, aux risques et à la valeur future du crédit. La deuxième concerne le partage des bénéfices avec les communautés, les comtés et les propriétaires ou usagers des terres. Le règlement de 2024 encadre cette question, mais chaque projet devra rendre la répartition vérifiable.

La troisième porte sur les droits fonciers et le consentement. Les communautés pastorales, forestières et autochtones ne doivent pas perdre l’accès à leurs territoires au nom d’un carbone vendu à l’étranger. Cartographie participative, information compréhensible, mécanismes de plainte et réparation sont indispensables.

La quatrième est technologique. Les systèmes de mesure, les registres et les données doivent être maîtrisés par les institutions kényanes. Une dépendance à des cabinets étrangers pour quantifier chaque tonne réduirait les revenus nets et la capacité réglementaire. Les universités, entreprises et experts kényans doivent donc participer à la conception et à la vérification.

Tout ce que l’accord ne précise pas encore

La déclaration d’intention ne publie ni volume de crédits, ni prix, ni budget norvégien réservé au Kenya. Elle ne désigne pas non plus les secteurs, projets, développeurs ou zones géographiques. Il n’est donc pas possible d’affirmer que des communautés ou des entreprises ont déjà reçu un financement.

Le document ne permet pas davantage d’évaluer l’additionnalité, le partage des recettes ou le mécanisme de recours. Ces éléments pourront apparaître dans un accord bilatéral, des autorisations nationales et des contrats de projet. Jusqu’à leur publication, toute estimation de revenu demeure spéculative.

Le rôle exact des personnes annoncées mérite également de la précision. William Ruto était la personnalité centrale de la visite, tandis que les ministres ont formalisé et présenté la déclaration. Aucune citation ne doit leur attribuer un engagement plus détaillé que le texte disponible.

Trois conditions avant le premier transfert

Dans un scénario favorable, le Kenya réservera les transferts aux réductions réellement additionnelles, obtiendra un prix élevé, imposera un partage transparent et investira les revenus dans sa transition. La Norvège recevrait alors des unités robustes tout en finançant une capacité africaine durable.

Dans un scénario moins équilibré, le dispositif rémunérerait surtout les intermédiaires et céderait à bas prix des réductions dont le Kenya a besoin. Un scénario de blocage est également possible si les méthodes, autorisations ou registres ne répondent pas aux exigences des deux pays.

Avant tout transfert, trois publications devraient être exigées : l’accord bilatéral complet, la liste des activités autorisées et un registre public des volumes, prix et bénéficiaires. Le partenariat existe juridiquement comme intention ; sa justice économique et climatique reste à construire.

Les textes qui bornent l’interprétation

  1. Gouvernement norvégien, déclaration d’intention sur une coopération carbone avec le Kenya, 12 juin 2026.
  2. Ministère norvégien du Climat et de l’Environnement, programme NOGER et principes de coopération au titre de l’article 6.
  3. Kenya, Climate Change Act modifié en 2023.
  4. Kenya, Climate Change (Carbon Markets) Regulations, 2024, avis juridique no 84.
  5. Gouvernement du Kenya, deuxième contribution déterminée au niveau national pour 2031-2035.
  6. Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, règles et registre de l’article 6.2.

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