« Il n’y a plus qu’une seule police AES », la refondation sécuritaire du Sahel

Le 16 juillet 2026, la ville de Ouagadougou a abrité un conclave stratégique historique réunissant les plus hauts dignitaires de la sécurité intérieure de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les directeurs généraux de la police nationale du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont entériné une intégration opérationnelle sans précédent de leurs forces de sécurité. Cette architecture commune transcende la réponse purement militaire au terrorisme, en instaurant une coopération policière endogène axée sur le démantèlement de la criminalité transnationale organisée, l’harmonisation des frontières et le partage de renseignements. En s’affranchissant définitivement des mécanismes de tutelle sécuritaire occidentaux (tel qu’INTERPOL et les financements européens) et sous-régionaux (CEDEAO), l’AES consolide sa viabilité institutionnelle et affirme sa souveraineté absolue sur la protection de son espace confédéral.

La faillite du modèle externalisé, matrice de l’Alliance

L’Alliance des États du Sahel a été proclamée le 16 septembre 2023 via la signature de la Charte du Liptako-Gourma, forgeant initialement un pacte de défense mutuelle en réaction directe aux menaces d’intervention militaire proférées par la CEDEAO contre le Niger. Cette alliance a rapidement muté en une force géopolitique visant à restaurer la souveraineté territoriale de trois nations meurtries par plus d’une décennie de violences asymétriques perpétrées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). En janvier 2024, les trois États ont acté leur rupture définitive avec la CEDEAO, avant de muer en une Confédération en juillet de la même année.

Pendant de longues années, l’architecture de sécurité du Sahel central reposait sur une externalisation logistique et doctrinale. Le G5 Sahel, lourdement dépendant de la Force Barkhane et des subventions européennes (notamment via la Facilité européenne pour la paix ou le programme SIPAO d’Interpol), s’est révélé incapable d’enrayer l’expansion territoriale des groupes armés. Le sous-financement chronique des promesses occidentales (le budget de 423 millions d’euros n’étant jamais totalement couvert) a précipité l’échec de ce modèle extraverti.

Face à ce constat, les autorités de la Transition du Burkina Faso, du Mali et du Niger, sous l’impulsion de leurs chefs d’État respectifs (le Capitaine Ibrahim Traoré, le Général Assimi Goïta et le Général Abdourahamane Tiani), ont redéfini la doctrine d’engagement. La sécurité est désormais pensée par et pour les acteurs sahéliens, impliquant les armées nationales (Force unifiée), mais aussi les polices, les douanes et les chefferies traditionnelles locales.

Du passeport biométrique au renseignement partagé, une feuille de route

La structuration de cette souveraineté policière s’est construite de manière méthodique :

Janvier 2025 : Tenue de la première réunion fondatrice des directeurs généraux de la police de l’AES à Bamako, posant les jalons de l’interopérabilité.

23 janvier 2025 : Le Général Assimi Goïta, Président en exercice de la Confédération, annonce la mise en circulation du passeport biométrique de l’AES à compter du 29 janvier 2025, unifiant l’identité et facilitant les flux transfrontaliers tout en traçant les mouvements criminels.

Mars 2025 : Les chefs d’État instituent le Prélèvement confédéral AES (PC-AES), garantissant un financement souverain, autonome et pérenne pour les opérations de la Force unifiée et les mécanismes de sécurité.

1er juillet 2026 : Rencontre préparatoire des ministres chargés de la Sécurité des trois États, définissant l’agenda politique de l’intégration policière.

16 juillet 2026 : Ouverture de la deuxième rencontre des Directeurs Généraux de la Police à Ouagadougou. L’Inspecteur général Thierry Dofizouho Tuina (Burkina Faso), le Contrôleur général Youssouf Koné (Mali), et le Commissaire général Assahaba Ebankawal (Niger) ont statué sur la mutualisation des moyens d’investigation, la sécurisation des axes routiers et le démantèlement des trafics.

Ces rencontres ont abouti à l’adoption de résolutions techniques engageant les trois corps de police à opérer comme une entité unique face à la menace.

Asphyxier l’économie du crime, la nouvelle doctrine

L’analyse de cette séquence institutionnelle démontre un passage stratégique de la simple militarisation de la crise à un traitement judiciaire et policier de fond. Les groupes terroristes opèrent de plus en plus comme des entités hybrides, fusionnant insurrection armée et criminalité transnationale organisée (orpaillage illégal, trafic de drogue, traite d’êtres humains). L’interconnexion des polices de l’AES cible précisément l’économie de guerre qui irrigue ces groupes.

Les déclarations issues du conclave de Ouagadougou, notamment celles du Commissaire général nigérien Assahaba Ebankawal, attestent d’une rhétorique de fusion institutionnelle : « Il n’y a plus de polices burkinabées, maliennes ou nigériennes. Il n’y a qu’une seule police AES ». Cette interopérabilité vise à remplacer les architectures technologiques précédemment fournies par l’Union européenne (comme le SIPAO – Système d’Information Policière pour l’Afrique de l’Ouest) par des solutions maîtrisées localement.

Dimension SécuritaireModèle Antérieur (G5 Sahel / CEDEAO)Modèle Confédéral (AES 2026)
FinancementDépendance aux bailleurs extérieurs (UE, ONU, bilatéral).Autofinancement souverain via le PC-AES et les Fonds patriotiques.
RenseignementCentralisation vers des bases (Interpol I-24/7) contrôlées en externe.Partage direct de bases de données et harmonisation biométrique (Passeport AES).
Doctrine d’emploiForce conjointe militaire sans réelle composante civile transfrontalière efficace.Intégration Police-Gendarmerie-Armée pour tenir le territoire reconquis (Police scientifique, enquêtes).
GouvernanceAlignement sur les agendas géopolitiques de l’OTAN/France.Partenariats souverains diversifiés (Russie) et refus de l’ingérence

La restructuration des écoles de police et des académies nationales (comme la sortie de 180 nouveaux cadres à l’Académie de Police du Burkina en juillet 2026) témoigne d’un effort massif de recrutement et de formation idéologique, ancré dans le patriotisme et le rejet du néocolonialisme.

L’harmonisation des procédures de contrôle routier vise un double objectif : traquer l’infiltration terroriste et éliminer la corruption (rackets administratifs) qui asphyxie le commerce intra-sahélien, condition indispensable à la survie économique de la Confédération.

Une architecture fonctionnelle qui défie les diktats occidentaux

La concrétisation de l’intégration policière démontre que l’AES n’est pas une alliance de circonstance, mais une refondation institutionnelle profonde de l’État-nation post-colonial. Elle prouve à l’Union africaine et aux autres sous-régions qu’une architecture sécuritaire souveraine, détachée des diktats occidentaux, est fonctionnelle et opérationnelle.

La mutualisation des polices permet la sécurisation des corridors d’approvisionnement. Pour des États enclavés, la libre circulation des biens sans tracasseries douanières ou policières illicites est une question de sécurité nationale. Le déploiement d’une sécurité routière fiable favorise la résilience macroéconomique de la Confédération.

En assurant elle-même sa sécurité intérieure et extérieure, l’AES renforce son poids diplomatique face à la CEDEAO, qui peine à légitimer ses propres mécanismes (la Force en attente). Les consultations régulières avec des partenaires comme la Russie pour l’appui capacitaire se font désormais d’État à État, dans une logique de respect de la souveraineté.

L’utilisation de la police scientifique, la cybersécurité et l’échange de données criminologiques en temps réel comblent les lacunes du renseignement qui paralysaient autrefois le G5 Sahel. Cette doctrine sahélienne de lutte intègre les communautés locales pour assécher les relais civils du terrorisme.

La sécurisation policière est le corollaire indispensable des nouveaux codes miniers adoptés par l’AES (or, lithium, uranium). En déployant les forces de police autour des sites d’extraction, l’État reprend le contrôle de l’orpaillage artisanal, souvent utilisé par les terroristes pour financer l’achat d’armes.

Cette mutualisation nécessite une harmonisation imminente des codes de procédure pénale. La capacité de transférer des criminels, de mener des enquêtes conjointes avec des mandats d’arrêt confédéraux et de sécuriser les données personnelles biométriques (Passeport AES) constituera une révolution juridique pour le continent.

Le secret des réseaux cryptés, angle mort de la souveraineté

L’indépendance technologique des systèmes de communication cryptés de la nouvelle architecture policière reste secrète. On ignore dans quelle mesure l’AES a remplacé les infrastructures réseaux d’Interpol et de l’UE par des technologies fournies par de nouveaux partenaires (Russie, Chine, Turquie) pour protéger ses flux de renseignements stratégiques.

Bien que la rhétorique politique affirme la fin des tracasseries routières, l’éradication de la petite corruption au sein des forces de sécurité, ancrée depuis des décennies, demeure un défi opérationnel qui ne pourra être évalué que sur le temps long. De plus, la porosité entre les administrations des trois États nécessite une confiance mutuelle absolue qui sera testée par la réalité du terrain.

Vers un « Sahel-Pol » ou le risque budgétaire ?

La structuration d’une police unifiée de l’AES est l’un des développements géopolitiques les plus novateurs en Afrique de l’Ouest. L’évolution la plus probable est la constitution prochaine d’un bureau central de renseignement criminel confédéral (un « Sahel-Pol »). Cependant, un signal faible à surveiller est la pression budgétaire : le maintien à niveau technologique des laboratoires de police scientifique et des bases de données biométriques requiert des investissements massifs que le PC-AES devra couvrir intégralement pour éviter le retour à la dépendance extérieure. Si l’AES parvient à consolider cette sécurité intérieure tout en stimulant le développement local, elle s’imposera comme le nouveau paradigme de gouvernance souveraine en Afrique.

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