POLINT-014 — Illustration de synthèse — scène fictive d’une ingénieure observant une ligne de comprimés, associée à un dossier de contrôle et à un hémicycle conceptuel. Cette composition ne représente aucune usine identifiée ni inspection réelle de Dei BioPharma et n’atteste aucune certification.
Article actualisé le 2 novembre 2026. La date de première publication est conservée.
Le soutien industriel soumis à une demande de preuves
Le Parlement ougandais demande que l’engagement de fonds publics dans Dei BioPharma soit accompagné de garanties vérifiables. Présenté le 6 octobre 2026 puis débattu le 7 octobre, un rapport de la commission des affaires présidentielles porte sur un soutien cumulé de 723,4 milliards de shillings ougandais. Il réclame des documents établissant les droits de l’État et des objectifs mesurables pour le projet pharmaceutique. [1, 2]
L’audit de 2024 décompose ce cumul en 70 milliards de shillings, puis 75 milliards supplémentaires et 578,4 milliards de soutien. [3] La chronologie de cette dernière tranche appelle une réserve : l’audit situe son approbation en avril 2024, tandis que la notice parlementaire d’octobre 2026 la rattache à l’exercice 2024-2025. Le cumul converge ; les pièces budgétaires et comptables restent nécessaires pour rapprocher précisément les autorisations et les versements. [1, 3]
La question touche à la fois la production de médicaments et la protection du contribuable. La construction d’une capacité industrielle nationale peut répondre à un intérêt public. Cet intérêt ne dispense pas d’établir ce que l’État possède, ce qu’il finance et ce qu’il peut exiger en retour. Les observations parlementaires doivent être rapportées comme telles : elles ne constituent pas une décision de justice établissant une fraude.
Une interrogation financière déjà présente dans l’audit de 2024
Le dossier ne commence pas en octobre 2026. Dans son rapport annuel relatif à l’année d’audit achevée le 31 décembre 2024, l’Auditor General consacre une section à l’investissement dans Dei BioPharma. Il y constate qu’un rapport de valorisation et l’accord d’actionnaires ne lui ont pas été fournis, et indique que l’État n’avait pas encore reçu les certificats d’actions. Il recommande de réunir les pièces nécessaires avec l’Attorney General et l’entreprise. [3]
Le Parlement avait également publié, le 24 octobre 2024, les réserves du chef de l’opposition après une visite de contrôle. Elles portaient notamment sur la valorisation et la documentation de la participation publique. [4] Ces éléments établissent l’ancienneté du problème soulevé. Ils ne permettent pas de supposer que chaque document manquant à une date donnée était toujours absent à l’automne 2026.
La comparaison historique oblige donc à poser une question précise : quelles pièces ont été produites depuis les premiers contrôles et que démontrent-elles ? Répéter une inquiétude ancienne sans vérifier les réponses ultérieures serait insuffisant. À l’inverse, l’annonce de documents disponibles doit pouvoir être confrontée à leur contenu, à leur date et aux droits effectivement enregistrés.
Les capacités de production doivent être distinguées des ambitions
Le compte rendu de la commission mentionne une participation publique de 9,4 %, tout en précisant que sa preuve n’avait pas été présentée pendant l’évaluation. Il indique que certains médicaments génériques ont été produits, tandis que des lignes spécialisées demeuraient en installation, validation ou mise en service. [1] Le pourcentage cité décrit donc une information rapportée par la commission ; il ne vaut pas, dans ce dossier, vérification du registre des actionnaires.
Le même compte rendu évoque 434 millions de dollars supplémentaires pour achever et rendre pleinement opérationnelle l’installation. Il s’agit d’un besoin de financement rapporté et d’une recommandation de la commission ; ces pièces ne prouvent ni un financement nouveau accordé ni un décaissement réalisé. [1]
Le discours budgétaire pour l’exercice 2026-2027, présenté le 11 juin 2026, affirme de son côté que Dei BioPharma a mis en fonctionnement des lignes de médicaments génériques et obtenu des autorisations de la National Drug Authority pour plusieurs produits essentiels. [5] Cette présentation gouvernementale empêche de réduire le projet à une absence totale d’activité. Elle n’établit pas que toutes les capacités annoncées ont été atteintes.
Dei Group revendiquait déjà le démarrage de la production de génériques dans une communication du 14 juin 2025. Cette présentation de l’entreprise complète le contradictoire, sans remplacer des comptes de ventes ni une mesure indépendante des quantités livrées. [8]
La distinction est également réglementaire. La liste publique des établissements conformes aux bonnes pratiques de fabrication de la National Drug Authority identifie Dei BioPharma pour des comprimés et des gélules non bêta-lactamines. [6] Une mention portant sur ces formes ne doit pas être étendue à tous les vaccins ou médicaments biologiques envisagés. L’autorisation, la production d’un lot, sa vente et son effet sur l’approvisionnement sont des résultats différents.
L’entrée correspond au certificat 048/GMP/2025 et indique une validité jusqu’au 10 décembre 2027. Cette précision reste limitée aux formes pharmaceutiques mentionnées dans le registre. [6]
La valorisation fixe ce que le contribuable reçoit
L’apport de fonds à une entreprise peut prendre plusieurs formes : acquisition d’actions, prêt, subvention ou prise en charge de certaines dépenses. Ces instruments ne donnent pas les mêmes droits. Pour apprécier le cas de Dei BioPharma, il faut rapprocher la qualification de chaque apport des conventions correspondantes. Additionner les montants puis les diviser par une participation annoncée ne suffirait pas à calculer une valeur fiable de l’entreprise.
Une valorisation indépendante doit préciser son périmètre, la date retenue, les dettes et les hypothèses de revenus. L’accord d’actionnaires doit ensuite indiquer les droits de vote, les modalités d’information et les conditions d’un éventuel apport supplémentaire. Cette analyse financière générale explique pourquoi les pièces réclamées par les contrôleurs sont décisives ; elle ne préjuge pas de ce qu’elles contiennent.
L’État peut poursuivre un bénéfice industriel qui ne se résume pas aux dividendes. Il peut attendre une disponibilité accrue de médicaments, une formation technique ou une substitution à certaines importations. Ces objectifs doivent cependant être définis, mesurables et compatibles avec les obligations sanitaires. Sans engagements précis, il devient difficile de distinguer une dépense de développement maîtrisée d’un financement dont les résultats restent indéterminés.
La souveraineté sanitaire concerne tout le tissu industriel
Lors du débat du 7 octobre, le vice-président du Parlement, Thomas Tayebwa, a relayé les plaintes d’autres fabricants ougandais sur la concurrence d’une entreprise fortement soutenue par l’argent public. Il a demandé que l’appui contribue à des productions nouvelles ou stratégiques. Le chef de l’opposition, Joel Ssenyonyi, a pour sa part contesté la recommandation de financements additionnels alors que la documentation de la participation restait discutée. [2]
La question industrielle dépasse ainsi la réussite d’une seule société. Une politique peut soutenir une technologie difficile à financer tout en fragilisant des fabricants déjà présents si les aides et les achats publics ne sont pas clairement justifiés. Pour établir un tel effet dans ce cas précis, il faudrait connaître les marchés concernés, les prix et les parts de production. Les débats ne suffisent pas à démontrer une éviction effective des concurrents.
Du point de vue des patients et des professionnels de santé ougandais, l’objectif est de disposer de produits sûrs, accessibles et régulièrement livrés. Du point de vue des travailleurs et des entreprises, il inclut l’apprentissage et la conservation de compétences locales. Le contrôle public peut servir ces objectifs en rendant les engagements vérifiables. Il ne constitue pas, en lui-même, un rejet de l’industrialisation pharmaceutique africaine.
La réponse ministérielle appelle un examen contradictoire des pièces
Le compte rendu parlementaire du débat indique que Monica Musenero, qui avait supervisé le projet, a affirmé disposer de documents confirmant les actions de l’État et s’est engagée à solliciter l’Attorney General pour transmettre les éléments pertinents. [2] Cette réponse doit accompagner les critiques. Les documents eux-mêmes n’ont toutefois pas été obtenus pour cet article, ce qui empêche d’arbitrer définitivement le désaccord sur leur suffisance.
Le fondateur de l’entreprise, Matthias Magoola, a également expliqué lors d’une visite gouvernementale en juillet que les limites de l’approvisionnement électrique restreignaient l’utilisation simultanée des bâtiments de production, selon Watchdog Uganda. [7] Il s’agit d’une explication de l’entreprise, à vérifier par les données techniques. Une contrainte énergétique possible ne permet ni de certifier l’ensemble des coûts présentés ni d’écarter les questions de gouvernance.
L’enquête demanderait les comptes audités, le registre des actions, les conventions de financement, les titres réglementaires par produit et des données de production et de livraison. Elle devrait comparer les capacités prévues aux capacités utilisées et identifier les causes de l’écart. Aucune conclusion sur un enrichissement personnel ou une appropriation illégale des fonds ne peut être tirée des seules pièces réunies ici.
Des engagements mesurables pour les prochains financements
Une clarification de la participation publique et un calendrier réaliste de mise en service pourraient rendre le soutien plus lisible. Des décaissements liés à des étapes vérifiées permettraient d’observer l’avancement, à condition que ces étapes reposent sur des critères sanitaires, techniques et financiers adaptés. Il s’agit d’une option d’organisation du contrôle, et non d’une décision dont l’adoption serait déjà établie.
Si les documents promis répondent aux observations, le débat pourra porter plus précisément sur le coût et les résultats. S’ils laissent subsister des écarts, un examen supplémentaire sera nécessaire avant d’attribuer une rentabilité à l’argent engagé. Dans les deux cas, la mesure utile reste la même : quels médicaments conformes sont livrés, à quelles conditions, et avec quels droits pour l’État ?
Le dossier révèle une demande documentée de garanties sur un investissement stratégique. Il ne permet pas de conclure à l’échec définitif de l’entreprise ni à la réussite complète du projet. La capacité nationale à produire et la capacité publique à contrôler doivent être évaluées ensemble, à partir de pièces que les citoyens et leurs représentants peuvent examiner.
Les pièces financières et industrielles utilisées
[1] Parliament of Uganda, MPs Want Safeguards for Government’s Shs723.4 Billion Investment in Dei BioPharma, 6 octobre 2026. [2] Parliament of Uganda, Stick to Your Lane; Parliament Tells Dei BioPharma, publication du 8 octobre relatant la séance du 7 octobre 2026.
[3] Office of the Auditor General, Annual Report to Parliament for the Audit Year Ended 31st December 2024, Consolidated Audit Findings, section 1.11. [4] Parliament of Uganda, Account for Shs723.4 Billion to Dei BioPharma, 24 octobre 2024.
[5] Ministry of Finance, Planning and Economic Development, Budget Speech Financial Year 2026/2027, 11 juin 2026, paragraphes 76 et 77. [6] National Drug Authority, GMP Compliant Facilities, entrée Dei BioPharma, certificat 048/GMP/2025 ; portée limitée aux formes pharmaceutiques mentionnées.
[7] Watchdog Uganda, Health Ministry Commits to Purchasing Locally Manufactured Drugs from Dei BioPharma, 8 juillet 2026. Les comptes rendus parlementaires établissent les propos et les demandes des élus, sans remplacer les pièces d’entreprise. Consultation arrêtée au 1er novembre 2026.
[8] Dei Group International, Government backs Dei BioPharma to begin drug production, 14 juin 2025. Communication d’entreprise utilisée pour présenter sa position.

