La Grenade traverse en ce début juin 2026 une tempête institutionnelle liée au maintien de l’État de droit. Les révélations d’anciens hauts gradés ébranlent la légitimité de la Force de police royale de la Grenade (RGPF) et de l’appareil judiciaire, suspectés de laxisme dans des affaires de décès violents inexpliqués.
Les affaires Franklyn et Frederick : enquêtes bâclées et contradictions légistes
Un ancien officier supérieur respecté du Département des enquêtes criminelles (CID) s’est publiquement exprimé pour fustiger l’amateurisme des enquêteurs de la RGPF sur deux cas retentissants.
Le premier scandale concerne la mort de l’ex‑sénateur Neilon Franklyn, décédé des suites de l’ingestion d’une substance empoisonnée (antigel), selon l’autopsie réalisée par le professeur Hubert Daisley, célèbre pathologiste de Trinité‑et‑Tobago. L’ancien policier accuse la RGPF d’avoir abandonné l’enquête avant même d’avoir identifié la source du poison. En transférant précipitamment le dossier à la magistrate en chef par intérim, Francine Foster — qui a dû ordonner une enquête du coroner pour pallier les manquements policiers —, la RGPF a admis son incapacité à qualifier les faits (suicide, accident ou meurtre).
Le second cas est celui d’Andrew Frederick, ressortissant britannique d’origine grenadienne, retrouvé baignant dans son sang à Lance Aux Epines. La RGPF a expédié l’affaire en concluant à des blessures auto‑infligées. Or, le rapport indépendant du professeur Daisley, mandaté par la famille, a révélé que la victime avait été atrocement torturée, entraînant son asphyxie par son propre sang issu de blessures péri‑orbitaires, concluant formellement à un homicide. Face à l’inertie de la police grenadienne qui refuse de rouvrir le dossier criminel, la famille désespérée sollicite désormais l’intervention diplomatique du gouvernement britannique.
Ces dysfonctionnements chroniques dévoilent une pathologie institutionnelle grave. Les critiques fustigent une culture du « laissez‑faire » endémique au sein de la police actuelle et un effondrement des standards judiciaires, contrastant amèrement avec la rigueur d’antan où les magistrats convoquaient immédiatement des légistes indépendants en cas de doute. Si ce déficit de confiance se généralise, la Grenade risque de voir son attractivité sécuritaire pour les expatriés et les touristes sérieusement compromise.

