La Rédaction · Zambie
Une réforme de décembre prend place dans le Parlement d’octobre
La transformation électorale zambienne n’est plus seulement une promesse inscrite dans un projet de loi. Le 18 septembre 2026, la Commission électorale, l’ECZ, a validé quarante candidats aux sièges réservés de l’Assemblée nationale. Le 2 octobre, la quatorzième législature a élu ses responsables, reconduisant Nelly Mutti à sa présidence. L’enjeu est désormais de savoir comment ces nouvelles voies d’accès modifieront le travail et les équilibres du Parlement. [4, 5]
Le calendrier doit être rétabli : l’amendement constitutionnel n° 13 a reçu l’assentiment présidentiel le 18 décembre 2025. La loi n° 12 sur le processus électoral, qui précise sa mise en œuvre, date du 15 mai 2026. Les élections générales se sont tenues le 13 août. Parler d’« adoption » en octobre renvoie donc aux effets d’une réforme antérieure, et non au vote d’une nouvelle Constitution ce mois-ci. [1, 2, 8]
Deux objectifs doivent être évalués séparément : élargir la présence des femmes, des jeunes et des personnes handicapées ; modifier la conversion des voix en mandats. L’ouverture sociale ne garantit ni l’équilibre politique ni l’autonomie des représentants.
Deux voies électives et des nominations qu’il ne faut pas confondre
L’article 68 révisé prévoit 226 députés élus dans des circonscriptions et quarante sièges relevant de la représentation proportionnelle : vingt pour les femmes, quinze pour les jeunes et cinq pour les personnes handicapées. Le scrutin majoritaire à un tour demeure la règle des circonscriptions. Le nouveau dispositif ajoute une voie réservée à certains groupes, sans supprimer la compétition territoriale. [1]
Les quarante sièges se distinguent des onze nominations présidentielles au maximum prévues par le même article. Le vice-président de la République et les responsables de l’Assemblée complètent la composition institutionnelle. Le second vice-président de l’Assemblée étant choisi parmi les députés, il ne doit pas être compté deux fois : le plafond de personnes est de 280 lorsque toutes les places sont pourvues. Ce plafond constitutionnel ne constitue pas un relevé des sièges effectivement occupés au 11 octobre. [1, 12]
La comparaison avec les 156 anciennes circonscriptions doit porter sur des catégories identiques. Ce sont les mandats territoriaux qui passent de 156 à 226 ; l’ancienne Assemblée comprenait déjà d’autres membres. Présenter ce passage comme celui de l’effectif total mélangerait élections locales, représentation réservée, nominations et fonctions de droit. [1, 12]
Les vingt places réservées aux femmes s’ajoutent aux autres voies d’entrée ; elles ne plafonnent pas leur présence. Il faut aussi éviter d’additionner des catégories sociales qui se recoupent sans identifier les personnes concernées.
La proportionnelle suit la présidentielle, sans compenser les victoires locales
L’ECZ a expliqué aux partis, lors de sa réunion du 9 septembre, que les mandats réservés sont distribués selon les voix valides obtenues nationalement par leurs candidats à la présidence. Le bulletin présidentiel produit ainsi un second effet sur la représentation parlementaire. Les listes sont ensuite présentées par les formations admissibles ; les quarante personnes ne sont pas désignées par un vote national distinct portant directement sur leurs noms. [3]
Pour y accéder, un parti doit présenter un candidat à la présidentielle. L’annexe calcule un quota par catégorie, écarte les partis sous ce quota puis répartit les restes ; elle ne fixe pas un seuil unique pour les quarante places. [2]
Le terme officiel « mixed-member proportional representation » mérite une précision. D’après la combinaison des deux voies, les sièges réservés s’ajoutent aux sièges de circonscription : ils ne corrigent pas les gains territoriaux afin de rendre l’ensemble de l’Assemblée proportionnel aux voix. Il s’agit, dans son fonctionnement, d’un dispositif parallèle comportant une composante proportionnelle. Cette qualification découle des règles d’allocation ; elle n’implique pas que la dénomination légale soit différente. [1, 3]
L’accès d’une petite formation aux sièges réservés dépend de sa candidature présidentielle, de son score et du quota de chaque catégorie. Un ancrage local ne suffit pas : le vote présidentiel pèse aussi sur la composition parlementaire.
La querelle des listes révèle l’importance des délais
Les deux partis associés à la validation du 18 septembre sont l’United Party for National Development, l’UPND, et le National Reconciliation Party for Unity and Prosperity, le NRPUP. L’annonce officielle confirme le traitement des quarante candidatures, mais ne suffit pas à reconstituer toutes les étapes d’une éventuelle réallocation entre ces formations. [4]
Le 11 octobre, Brown Kasaro, directeur général de l’ECZ (Chief Electoral Officer), répond dans une déclaration rapportée par ZNBC à des accusations de favoritisme envers l’UPND. Il affirme que le NRPUP a fourni moins de noms que de sièges attribués et que la redistribution a suivi la loi. Il s’agit de l’explication de l’administration électorale, pas d’une décision de justice validant chaque dossier. [6]
La section 36C fixe sept jours pour déposer les listes après attribution et prévoit la réallocation à défaut de dépôt dans le délai. L’application aux listes partielles nécessite aussi l’examen des exigences de 36D et des pièces reçues. [2]
Il faudrait rapprocher notifications, listes, dates de dépôt et décisions motivées pour trancher le différend. Ces pièces n’ont pas été réunies assez complètement pour certifier un transfert chiffré. Ni les accusations ni la réponse de l’ECZ ne valent donc ici audit indépendant de la réallocation.
L’ouverture aux femmes et aux jeunes rencontre les filtres des partis
Les nouveaux sièges suscitent des attentes locales concrètes. Dans le Zambia Daily Mail du 21 septembre, Vincent Sakala, président de l’union étudiante du National Institute of Public Administration, salue l’intégration des jeunes dans les décisions nationales. Le journal rapporte également un accueil favorable d’organisations étudiantes et de la société civile. Ces réactions attestent une adhésion à l’ouverture promise, sans constituer une mesure représentative de l’opinion de toute la population. [7]
Une enquête de Nalukui Milapo pour AHEAD Africa, fondée notamment sur des entretiens menés en juillet 2026 avec des candidates et des responsables associatives, décrit les obstacles financiers et les difficultés de sélection interne aux partis. Parmi les personnes interrogées figurent les dirigeantes politiques Saboi Imboela et Chishala Kateka ainsi qu’Anne Mbewe Anamela, de la coordination des organisations de femmes NGOCC. Leur constat invite à regarder le financement des campagnes et les investitures, au-delà du seul nombre de places réservées. [9]
La mission d’observation de l’Union européenne rapporte, dans sa déclaration préliminaire du 15 août, que les femmes ne représentaient que 9 % des candidatures, tous niveaux de scrutin confondus. Elle relaie aussi des informations selon lesquelles certains partis auraient orienté des femmes vers les listes réservées au lieu de les investir en circonscription. Ce possible effet de substitution est une observation à examiner, et non une causalité statistiquement démontrée pour l’ensemble du pays. [8]
L’apport des sièges réservés devra être comparé à l’évolution des investitures territoriales, des résultats et des responsabilités exercées. Une porte peut s’ouvrir sans que les autres voies deviennent plus accessibles.
À Kitwe, les sièges deviennent locaux ; le rappel reste partisan
La réforme atteint aussi les conseils locaux. Le conseil municipal de Kitwe annonce le 21 septembre la validation de six conseillers supplémentaires : trois femmes, deux jeunes et une personne handicapée. Cinq appartiennent à l’UPND et une au NRPUP. L’annonce nomme les intéressés et décrit le contrôle de leurs dossiers : elle apporte une preuve locale de mise en œuvre, au-delà des discours nationaux sur l’inclusion. [11]
Pour les conseils, la loi finale prévoit un calcul fondé sur 18 %, avec un minimum de trois places et au moins une par catégorie. Le nombre applicable doit être vérifié conseil par conseil. [2]
La section 36H permet au parti de rappeler un député proportionnel pendant la législature. La mission européenne y voit un risque pour l’indépendance des représentants. Cette règle doit être distinguée d’éventuels usages abusifs, qui exigeraient leurs propres preuves. [2, 8]
La diversité sociale ne décrit pas toute la relation de responsabilité. Le maintien des nouveaux membres dépend aussi de leur parti ; leur liberté de désaccord devra être examinée, avec les conditions matérielles d’accès au débat, notamment pour les représentants handicapés.
Le test d’octobre commence par la capacité à exercer le mandat
Le 6 octobre, la NGOCC publie un appel à consultation pour une étude sur le système mixte et la représentation des femmes. Cette initiative confirme que les organisations zambiennes cherchent désormais à évaluer le mécanisme. Un appel à étude n’est toutefois pas un résultat : aucune conclusion sur l’effet durable de cette réforme ne peut lui être attribuée à ce stade. [10]
L’évaluation devra porter sur la sélection des listes, le travail en commission, l’accès aux dossiers, la parole et le contrôle des dépenses. Sans circonscription attachée au mandat, les citoyens doivent aussi savoir à qui adresser leurs demandes.
Les validations attestent une mise en œuvre administrative, sans démontrer un gain d’autonomie parlementaire. Le différend sur les listes et le rappel partisan indiquent où porter l’examen, au-delà des constats préliminaires d’août.
Les règles d’accès ont changé. Pour les femmes, les jeunes et les personnes handicapées de Zambie, l’effet démocratique de la réforme dépendra de la capacité des nouveaux élus à peser durablement sur les choix publics.
Les lois finales, les validations et les enquêtes qui permettent le contrôle
[1] République de Zambie / ZambiaLII. Constitution of Zambia (Amendment) Act, n° 13 de 2025. 18 décembre 2025. Fac-similé de la loi, notamment articles 47 et 68 révisés.
[2] République de Zambie / ZambiaLII. Electoral Process (Amendment) Act, n° 12 de 2026. 15 mai 2026. Sections 36A–36I et seconde annexe ; version finale.
[3] Commission électorale de Zambie. Orientation Meeting with Qualifying Political Parties on the Allocation of Proportional Representation Seats. 10 septembre 2026 — réunion du 9 septembre.
[4] Commission électorale de Zambie. ECZ Validates the 40 National Assembly (PR) Nominees. 18 septembre 2026.
[5] Assemblée nationale de Zambie. Mutti retains Speakership as Fourteenth National Assembly elects presiding officers. 2 octobre 2026.
[6] ZNBC — Arnold Tutu. ECZ Says NRPUP Failed to Submit Required Party List. 11 octobre 2026. Déclaration de Brown Kasaro ; dossiers de dépôt non reproduits.
[7] Zambia Daily Mail — Philip Chisalu et Mathews Malazika. New era. 21 septembre 2026.
[8] Mission d’observation électorale de l’Union européenne. Zambia 2026 — Preliminary Statement. 15 août 2026. Constats préliminaires, notamment participation féminine et sièges réservés.
[9] Nalukui Milapo / AHEAD Africa. Women’s political leadership and participation in Zambia. 2026 — entretiens de juillet, diffusion en août.
[10] NGOCC. Consultancy to Undertake a Study on the Mixed-Member Proportional Representation System and Women’s Representation. 6 octobre 2026. Appel à étude, non rapport d’évaluation achevé.
[11] Kitwe City Council — Emmanuel Lupikisha. Six Councillors Declared Elected to Kitwe City Council. 21 septembre 2026.
[12] République de Zambie / WIPO Lex. Constitution of Zambia (Amendment) Act, n° 2 de 2016. 5 janvier 2016. Articles 68 dans sa version antérieure et 82 sur les responsables de l’Assemblée.

