Le 12 août 2026 à Hanoï, le Pearl of Africa Business Forum – Vietnam Chapter a fait passer la relation économique Viêt Nam–Ouganda vers une logique de structuration. Les deux pays y ont placé au premier plan deux instruments encore en négociation — un traité bilatéral d’investissement et une convention de non-double imposition — tout en présentant l’Ouganda comme une porte d’entrée potentielle vers les marchés africains. L’enjeu est de créer un cadre juridique et fiscal susceptible d’attirer une implantation productive vietnamienne en Afrique de l’Est.

Hanoï et Kampala veulent transformer une relation modeste en plateforme d’investissement

Fait établi — Le 12 août 2026, plus de 300 représentants publics et privés ont participé à Hanoï au Pearl of Africa Business Forum – Vietnam Chapter. Le portail du gouvernement vietnamien indique que le dialogue devait notamment porter sur un traité bilatéral d’investissement et une convention de non-double imposition. Le forum a aussi consacré une session à l’utilisation de la ZLECAf par les entreprises asiatiques.

Le gouvernement ougandais confirme cette inflexion. Son ministère des Affaires étrangères présente le forum comme une tentative de convertir une relation politique ancienne en résultats économiques. Les secteurs cités couvrent l’agro-industrie, le manufacturier, les minerais, le pétrole et le gaz, la pharmacie, les renouvelables, le tourisme et le numérique. L’objectif dépasse donc la hausse du commerce : il vise l’implantation productive et des chaînes de valeur communes.

Autre fait établi : les deux parties ont signé en marge du forum un accord de collaboration sur le développement de la chaîne de valeur du café. Cet instrument ne remplace ni le futur traité d’investissement ni la future convention fiscale, mais il fournit un premier terrain opérationnel où peuvent être testés transfert technologique, traçabilité, transformation locale, compétences et accès aux marchés.

Cinquante ans de relations, mais encore peu d’instruments économiques structurants

Le Viêt Nam et l’Ouganda entretiennent des relations diplomatiques depuis 1973. La relation a été relancée par la visite d’État de Yoweri Kaguta Museveni au Viêt Nam en novembre 2022. Un accord d’exemption de visa pour les passeports diplomatiques et officiels, signé durant cette visite, est entré en vigueur le 1er décembre 2024. En septembre 2025, les deux diplomaties avaient déjà identifié commerce, investissement, agriculture et coentreprises comme priorités.

Le cadre économique reste toutefois mince. La base officielle des traités du ministère vietnamien des Affaires étrangères recense l’accord de visa avec l’Ouganda, mais ne publie pas, au 13 septembre 2026, de traité bilatéral d’investissement ni de convention fiscale Viêt Nam–Ouganda en vigueur. Cette absence est cohérente avec le vocabulaire employé en août 2026 : les deux instruments sont décrits comme des négociations, non comme des accords signés ou ratifiés.

Les statistiques commerciales imposent de la prudence. Le ministère ougandais des Affaires étrangères rapporte pour 2025 deux séries officielles différentes : 53,4 millions de dollars selon une intervention vietnamienne, et 95,47 millions selon d’autres données présentées pendant la semaine. Le portail du gouvernement vietnamien retient environ 95,47 millions. La progression est nette, mais un chiffre unique ne peut être retenu sans préciser la source et le périmètre.

Traité d’investissement et convention fiscale : deux outils distincts, un même objectif

Un traité bilatéral d’investissement fixe généralement un cadre de protection pour les investisseurs et leurs actifs : traitement, transferts, expropriation ou règlement des différends selon le texte. Une convention de non-double imposition répond à une autre logique : répartir les droits d’imposition entre États et encadrer notamment établissement stable, dividendes, intérêts, redevances ou plus-values. Leur effet réel dépendra donc des clauses finales.

Au forum, les autorités ougandaises ont mis en avant environ 40 millions de dollars d’investissements vietnamiens déjà engagés, surtout dans l’or et la construction. Elles citent Ba Dinh JSC pour 35 millions de dollars dans l’exploration aurifère et ATAD Steel pour 500 000 dollars dans la construction. Cette base reste modeste au regard de l’ambition régionale affichée.

La coopération sur le café ajoute un troisième étage. Le ministère ougandais des Affaires étrangères indique que l’accord de chaîne de valeur doit soutenir technologie, recherche, transformation, compétences et accès au marché. Les deux parties se sont aussi donné 90 jours pour revenir avec deux propositions pilotes dans le numérique. Ces engagements sont concrets, sans permettre encore de mesurer des investissements décaissés ou des emplois créés.

La ZLECAf est une opportunité, pas un passeport automatique pour les produits vietnamiens

Analyse — Le référentiel relie les négociations juridiques à l’accès à l’AfCFTA. Ce lien est politiquement documenté : le forum présentait l’Ouganda comme point d’entrée vers l’Afrique et consacrait un panel à la ZLECAf. Mais un investisseur vietnamien installé en Ouganda n’obtient pas automatiquement le droit de faire circuler des marchandises vietnamiennes sous préférence continentale.

La ZLECAf repose sur des concessions tarifaires entre États parties et sur des règles d’origine déterminant quels produits bénéficient du traitement préférentiel. Une entreprise à capitaux vietnamiens peut donc tirer parti du marché continental si elle produit en Ouganda dans des conditions satisfaisant ces règles. Une simple réexportation ou un transbordement de marchandises importées d’Asie ne suffit pas à leur conférer une origine africaine préférentielle.

Le traité d’investissement et la convention fiscale peuvent donc réduire certains coûts et risques d’une implantation locale, sans accorder eux-mêmes les préférences de la ZLECAf. L’enjeu est la localisation d’activités productives — transformation, assemblage, services ou logistique — créant suffisamment de valeur en Ouganda pour satisfaire les règles continentales et régionales.

Pour l’Ouganda, l’enjeu décisif est la valeur produite localement

Du point de vue africain, le succès ne se mesure pas à la seule hausse des investissements vietnamiens. Le critère décisif est la valeur restant en Ouganda : transformation locale, emplois qualifiés, fiscalité collectée, achats locaux, formation, transfert de technologies, accès des PME aux chaînes de sous-traitance et capacité à exporter des produits à plus forte valeur ajoutée vers d’autres marchés africains.

Le café fournit un test lisible. L’Ouganda exporte déjà du robusta vers le Viêt Nam ; les données de l’Uganda Coffee Development Authority montrent que le marché vietnamien figure parmi les destinations régulières. Le partenariat devient plus stratégique s’il permet à l’Ouganda de progresser vers torréfaction, extraits, produits finis, traçabilité et marques locales. Sinon, il risque de maintenir une division du travail où la matière première quitte l’Afrique et la transformation est captée ailleurs.

La fiscalité appelle la même vigilance. Une convention de non-double imposition peut faciliter l’investissement légitime, mais aussi ouvrir des risques de planification agressive si ses clauses sur retenues à la source, redevances, intérêts, bénéficiaire effectif ou établissement stable sont trop favorables aux structures transfrontalières. Le gain ougandais dépendra du texte final, de sa compatibilité avec les règles régionales et de la capacité de l’administration à protéger l’assiette fiscale.

Textes, fiscalité, règlement des différends : les clauses manquantes empêchent encore de conclure

Au 13 septembre 2026, aucun texte final du traité bilatéral d’investissement ni de la convention fiscale n’a été publié dans les sources consultées. Il est donc impossible d’établir la portée des garanties, un éventuel mécanisme investisseur–État, les exceptions de politique publique, les règles de transfert des capitaux ou les dispositions destinées à prévenir les montages abusifs.

Les paramètres fiscaux sont tout aussi inconnus : taux de retenue sur dividendes, intérêts et redevances, règles d’établissement stable, traitement des plus-values, procédures amiables, clauses anti-abus et éventuelle articulation avec les standards internationaux. Or ce sont précisément ces éléments qui détermineront si la convention réduit les frictions sans éroder excessivement les recettes publiques ougandaises.

Les chiffres commerciaux de 2025 restent à réconcilier. Les montants de 53,4 millions et 95,47 millions de dollars, cités dans la même séquence, signalent une différence de périmètre ou de méthode non explicitée. Aucun calendrier public de signature ou de ratification des deux instruments n’est établi : leur négociation est un fait, leur conclusion et leur contenu restent ouverts.

Trois scénarios pour savoir si la passerelle vers l’Afrique devient réelle

Premier scénario : les deux accords sont signés avec des garanties équilibrées, puis des investissements vietnamiens sont localisés dans des activités satisfaisant les règles d’origine africaines. L’Ouganda gagne en industrialisation, emplois et recettes, tandis que les entreprises vietnamiennes accèdent à un réseau régional par une présence productive réelle. Café, agro-industrie, construction, numérique et certains segments miniers pourraient fournir les premiers cas d’usage.

Deuxième scénario : les accords réduisent l’incertitude, mais l’essentiel des flux reste commercial. L’Ouganda devient surtout un marché ou un hub de distribution et les investissements industriels restent limités. La référence à la ZLECAf conserve alors une valeur de diplomatie économique sans transformation profonde des chaînes de valeur ougandaises.

Troisième scénario : les négociations s’enlisent ou produisent des textes déséquilibrés. Des protections fortes pour les investisseurs combinées à de faibles exigences de valeur ajoutée locale pourraient réduire l’espace de politique industrielle ou favoriser des montages fiscaux sans gains proportionnels. Les indicateurs à suivre seront la publication des textes, les projets financés, la transformation locale, les emplois, les recettes fiscales et l’éligibilité effective aux préférences de la ZLECAf.

Les documents institutionnels qui soutiennent l’enquête

Le socle documentaire repose sur les gouvernements vietnamien et ougandais, complété par les bases officielles de traités et les textes de l’Union africaine sur la ZLECAf. Les données contradictoires ou incomplètes sont signalées comme telles.

Les sources suivantes ont été retenues :

  • Portail du gouvernement vietnamien — Viet Nam–Uganda Business Forum, négociations du traité bilatéral d’investissement et de la convention de non-double imposition, rôle de l’Ouganda comme point d’entrée vers l’Afrique, 12-13 août 2026.
  • Ministère ougandais des Affaires étrangères — bilan du Pearl of Africa Business Forum, investissements vietnamiens, secteurs ciblés, accord sur la chaîne de valeur du café et données commerciales, 14 août 2026.
  • Ministère ougandais des Affaires étrangères — renforcement de la relation bilatérale avec le Viêt Nam, commerce, investissement, agriculture et coentreprises, 12 septembre 2025.
  • Base officielle des traités du ministère vietnamien des Affaires étrangères — accord d’exemption de visa Viêt Nam–Ouganda signé en 2022 et entré en vigueur en 2024 ; absence de traité d’investissement ou de convention fiscale bilatérale publiée comme en vigueur au 13 septembre 2026.
  • Union africaine — Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine, statut de ratification et règles d’origine.
  • Uganda Coffee Development Authority — statistiques de destinations du café ougandais, dont le marché vietnamien, campagne 2025/2026.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *