Du 23 au 26 août 2026, la visite officielle à Hanoï du président de l’Assemblée nationale ivoirienne Patrick Achi a donné au partenariat économique avec le Viêt Nam une dimension plus large que le seul commerce de marchandises. Les deux parties ont remis au premier plan les instruments juridiques nécessaires à l’investissement, les mécanismes d’échange de politiques économiques et plusieurs secteurs d’infrastructure. Cette extension est documentée au niveau politique et institutionnel ; elle ne doit cependant pas être confondue avec des projets financés ou des contrats déjà exécutés.

D’un commerce de produits à une architecture d’investissement

Fait établi — Le 23 août 2026, à Hanoï, Trần Thanh Mẫn et Patrick Achi ont convenu de faire de la coopération parlementaire un appui à l’approfondissement des relations économiques. Le président de l’Assemblée nationale vietnamienne a demandé d’accélérer la négociation, la signature et la mise en œuvre de trois textes structurants : un accord-cadre de coopération entre gouvernements, une convention visant à éviter la double imposition et un accord de promotion et de protection des investissements.

Le même échange a fixé un objectif politique de progression du commerce bilatéral au-delà de 3 à 5 milliards de dollars dans la période à venir. Les autorités vietnamiennes ont aussi appelé à diversifier les produits échangés, à améliorer l’environnement des affaires et à renforcer l’échange d’informations sur les réglementations commerciales et d’investissement.

Le 24 août, la séquence a franchi une étape supplémentaire. Recevant Patrick Achi, le secrétaire général du Parti communiste vietnamien et président de l’État Tô Lâm a demandé à la Côte d’Ivoire de faciliter l’investissement vietnamien dans l’agriculture, les télécommunications, le pétrole et le gaz, la transformation numérique, la cybersécurité, les mines et leur transformation, l’agro-industrie, la construction d’infrastructures civiles, les ports, l’urbanisme et les véhicules électriques. Ce catalogue officiel justifie l’idée d’un partenariat qui s’élargit aux investissements et aux infrastructures.

Une relation de cinquante ans encore dominée par les flux commerciaux

Les deux États ont établi leurs relations diplomatiques le 6 octobre 1975 et ont célébré leur cinquantenaire en 2025. Le socle institutionnel existant comprend notamment un mémorandum de coopération entre ministères des Affaires étrangères signé en 2014, un accord d’exemption de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service signé en 2017 et un mémorandum de coopération entre les deux Assemblées nationales conclu en 2023.

Sur le plan économique, la relation a déjà atteint une taille significative. Les données communiquées par le gouvernement vietnamien pour 2025 font état d’environ 1,9 milliard de dollars d’échanges : 698 millions de dollars d’exportations vietnamiennes et 1,28 milliard d’importations depuis la Côte d’Ivoire. Hanoï présente ainsi la Côte d’Ivoire comme son premier partenaire commercial africain en 2025.

Cette masse commerciale reste néanmoins concentrée. Le Viêt Nam achète notamment des noix de cajou brutes, du coton et d’autres matières premières ivoiriennes, tandis que le riz occupe une place importante dans les exportations vietnamiennes vers la Côte d’Ivoire. Cette structure explique pourquoi les dirigeants des deux pays insistent désormais sur la diversification, la transformation locale et l’investissement plutôt que sur la seule augmentation des volumes.

Trois instruments juridiques deviennent le test du passage à l’investissement

Le point le plus précis de la visite concerne le cadre juridique. La convention de non-double imposition est destinée à réduire l’incertitude fiscale pour les entreprises actives dans les deux pays. L’accord de promotion et de protection des investissements doit, lui, fixer les garanties applicables aux capitaux et aux investisseurs. L’accord-cadre gouvernemental doit donner une architecture plus large à la coopération économique.

Ces trois instruments ne surgissent pas en 2026. En juin 2023 déjà, lors de la visite à Hanoï du précédent président de l’Assemblée nationale ivoirienne, les deux gouvernements avaient annoncé leur volonté de consolider le cadre juridique par des accords sur le commerce, la promotion et la protection des investissements et la non-double imposition. La visite de Patrick Achi montre donc moins une rupture qu’une tentative de transformer une intention ancienne en calendrier politique plus pressant.

Autre fait établi : le canal parlementaire est explicitement mobilisé pour suivre ces négociations. Cela donne aux deux Assemblées un rôle de facilitation, de contrôle et d’adaptation législative. Mais aucun document consulté n’établit que les trois accords aient été signés pendant la visite d’août 2026.

Ports, villes et agro-industrie : Hanoï élargit son offre sectorielle

Analyse — La liste de secteurs citée par Tô Lâm modifie la nature potentielle de la relation. L’agriculture et le commerce de riz restent présents, mais ils sont désormais associés à des activités de capital plus longues : infrastructures civiles, ports, développement urbain, télécommunications, numérique, énergie, mines, transformation agro-industrielle et mobilité électrique.

Le déplacement du 25 août à Cần Thơ complète ce signal. Trần Thanh Mẫn et Patrick Achi ont visité des modèles de production et de transformation du riz à haute technologie ainsi qu’une entreprise de transformation et d’exportation de produits halieutiques. Patrick Achi a déclaré que la Côte d’Ivoire pouvait constituer une destination pour les entreprises vietnamiennes cherchant à investir, à élargir leurs marchés et à développer des chaînes de valeur en Afrique.

Plusieurs indices convergent donc vers une logique de plateforme : la Côte d’Ivoire pourrait offrir au capital et au savoir-faire vietnamiens un point d’entrée ouest-africain, tandis que le Viêt Nam propose aux acteurs ivoiriens un accès renforcé à l’Asie du Sud-Est. Mais cette logique reste une orientation stratégique. Aucun projet portuaire, urbain ou industriel vietnamien précis n’a été annoncé avec un montant, un maître d’ouvrage et un calendrier pendant la visite.

Pour la Côte d’Ivoire, la valeur se jouera dans la transformation locale

Du point de vue ivoirien et africain, l’intérêt d’un élargissement vers l’investissement ne se mesure pas au seul nombre d’entreprises vietnamiennes présentes. Le critère central est la part de valeur ajoutée conservée localement : transformation du cajou et du coton, emploi qualifié, fiscalité, sous-traitance nationale, transfert technologique, maintenance, formation et participation des entreprises ivoiriennes au capital des projets.

La relation commerciale actuelle contient déjà un risque classique de spécialisation asymétrique : exportation africaine de matières premières et importation de produits plus transformés. Des investissements vietnamiens dans l’agro-industrie, les infrastructures logistiques ou le numérique pourraient réduire cette asymétrie s’ils sont structurés autour de coentreprises, de contenu local, de formation et d’achats auprès de fournisseurs ivoiriens. À l’inverse, de simples plateformes d’importation ou d’extraction prolongeraient la dépendance à faible valeur ajoutée.

La dimension régionale doit elle aussi être traitée avec précision. La Côte d’Ivoire dispose d’un accès aux cadres de la CEDEAO et de la ZLECAf, mais un investisseur vietnamien ne bénéficie pas automatiquement d’un accès préférentiel à tout le continent. Les règles d’origine, les procédures douanières, les normes et les régimes d’investissement resteront déterminants. L’avantage ivoirien ne deviendra régional que si les projets produisent réellement en Afrique et s’intègrent aux chaînes de valeur locales.

Contrats, financement et calendrier : les pièces manquantes restent décisives

Plusieurs informations essentielles ne sont pas publiques au 13 septembre 2026. Aucun texte final des trois accords évoqués n’a été publié dans le cadre de cette visite. Les positions de négociation, clauses fiscales, mécanismes de règlement des différends, définitions de l’investisseur protégé et éventuelles réserves sectorielles restent inconnus.

Il n’existe pas non plus, dans les documents institutionnels consultés, de liste consolidée de projets vietnamiens nouveaux en Côte d’Ivoire découlant directement de la visite. Aucun budget n’est annoncé pour des infrastructures civiles, portuaires ou urbaines ; aucun financement bancaire ou souverain n’est identifié ; aucun calendrier de chantier n’est communiqué.

Enfin, l’objectif de 3 à 5 milliards de dollars d’échanges constitue un objectif politique, non une projection garantie. Sa réalisation dépendra de la structure des prix du riz, du cajou et du coton, de la diversification des exportations, des coûts logistiques, de la signature des accords juridiques et de la capacité des entreprises des deux pays à convertir les annonces en opérations commerciales et industrielles.

Trois trajectoires possibles pour transformer l’ouverture politique

Premier scénario : les trois instruments juridiques sont finalisés et suivis de premiers investissements identifiables. Des coentreprises apparaissent dans la transformation agroalimentaire, la logistique, les télécommunications ou les infrastructures, avec des engagements de contenu local et de formation. Dans ce cas, la relation passerait effectivement d’un commerce de produits à une coopération d’investissement plus structurée.

Deuxième scénario : le commerce progresse vers l’objectif annoncé, mais l’investissement reste limité. Le Viêt Nam continue d’acheter des matières premières ivoiriennes et d’exporter du riz ou des biens manufacturés, tandis que les grands projets demeurent au stade de la prospection. Le partenariat serait alors plus volumineux sans transformation profonde de sa structure.

Troisième scénario : les accords juridiques tardent, les projets d’infrastructure ne trouvent pas de financement et les entreprises restent prudentes. Le langage de partenariat élargi conserverait une réalité diplomatique, mais son effet industriel serait faible. Pour départager ces scénarios, il faudra suivre les signatures de traités, les décisions d’investissement, les montants engagés, les créations d’emplois, le contenu local et la part de produits transformés dans les échanges.

Les documents institutionnels qui soutiennent l’enquête

Le socle documentaire repose en priorité sur les institutions vietnamiennes directement impliquées dans la visite, complétées par les publications officielles ivoiriennes. Les données convergent sur la séquence politique, les secteurs proposés et les instruments juridiques à négocier ; elles ne documentent pas encore une phase d’exécution d’infrastructures.

Les sources suivantes ont été retenues :

  • Assemblée nationale du Viêt Nam — entretien Trần Thanh Mẫn–Patrick Achi et élargissement de la coopération économique, 23 août 2026.
  • Portail du gouvernement vietnamien — discussions parlementaires, commerce 2025 et accélération de l’accord-cadre, de la convention de non-double imposition et de l’accord de protection des investissements, 23-24 août 2026.
  • Présidence et gouvernement du Viêt Nam — entretien Tô Lâm–Patrick Achi et secteurs proposés à l’investissement vietnamien, 24 août 2026.
  • Assemblée nationale du Viêt Nam et Vietnam News Agency — visites à Cần Thơ consacrées au riz, à l’agro-industrie et aux produits halieutiques, 25 août 2026.
  • Ministère vietnamien des Affaires étrangères — calendrier et contexte de la visite officielle, 20-26 août 2026.
  • Base officielle des traités du ministère vietnamien des Affaires étrangères — accord d’exemption de visa Viêt Nam–Côte d’Ivoire de 2017 et état du cadre conventionnel publié.
  • Ministère ivoirien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale — communication sur la visite de Patrick Achi et le renforcement du partenariat, 27 août 2026.
  • Portail du gouvernement vietnamien — relations économiques et nécessité de consolider les cadres du commerce, de l’investissement et de la fiscalité, juin 2023.

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