Photomontage éditorial de synthèse : portrait d’Emmerson Mnangagwa et scène fictive de commerce régional avec camions, agents civils et entrepreneuse.Photomontage éditorial de synthèse : portrait fondé sur une photographie authentifiée et scène fictive distincte. Cette composition ne représente pas un événement photographié.

POLINT-024 — Photomontage éditorial de synthèse : Emmerson Mnangagwa et évocation fictive des échanges commerciaux régionaux africains.

Article actualisé le 2 novembre 2026. La date de première publication est conservée.

À Harare, une présidence qui devra se traduire aux frontières

Le Zimbabwe a pris la présidence de l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement du COMESA lors du 25e sommet, tenu à Mount Hampden, près de Harare, le 22 octobre 2026. Emmerson Mnangagwa succède à William Ruto ; Hakainde Hichilema devient vice-président et Ruto rapporteur. Le communiqué final fixe les priorités de cette séquence, centrées sur l’industrialisation et l’intégration régionale. [1]

Pour une entreprise qui attend la validation d’un certificat ou le passage d’un chargement, l’enjeu se situe dans les opérations quotidiennes. La présidence politique peut mobiliser les États et demander des résultats ; elle ne supprime pas, par sa seule installation, une procédure nationale, un coût de transport ou un défaut de connexion entre administrations.

Le test sera donc concret : quelles marchandises circulent plus facilement, quels opérateurs bénéficient des mesures et quelles institutions répondent lorsqu’un obstacle subsiste ? Les décisions du sommet doivent être lues avec les mécanismes existants et les dossiers effectivement traités.

Trente années d’intégration, une ouverture encore différenciée

Créé en décembre 1994 pour remplacer une zone d’échanges préférentiels, le COMESA a lancé sa zone de libre-échange en octobre 2000. Son périmètre institutionnel compte aujourd’hui vingt et un membres. Mais la division du commerce et des douanes dénombre seize participants à la zone de libre-échange en avril 2026. L’appartenance à l’organisation ne signifie donc pas une application uniforme de toutes les préférences entre tous ses membres. [2][3]

La même division estime les exportations intra-COMESA à environ 14 milliards de dollars pour 2024, contre 202 milliards d’exportations vers l’ensemble du monde. Le rapport entre ces deux montants est proche de 7 %. Ce calcul porte sur les exportations de marchandises de cette année ; il ne mesure ni l’ensemble des échanges informels ni le bénéfice retiré par chaque entreprise. [3]

Les règles d’origine déterminent en outre si un produit peut bénéficier du traitement préférentiel. Une marchandise expédiée depuis un pays membre n’y a pas automatiquement droit du seul fait de son point de départ. La preuve documentaire et sa reconnaissance par la douane d’arrivée font ainsi partie du fonctionnement du marché. [4]

Enfin, la zone du COMESA, l’accord tripartite COMESA–EAC–SADC et la Zone de libre-échange continentale africaine sont des cadres distincts et complémentaires. Leurs calendriers, leurs participants et leurs procédures ne doivent pas être fusionnés en une ouverture générale supposée déjà acquise.

Le sommet demande d’étendre des outils déjà partiellement déployés

Le communiqué du 22 octobre adopte le plan stratégique 2026–2030 et demande une mise en œuvre nationale des programmes régionaux. Il signale le déploiement du certificat d’origine électronique dans six États, le lancement d’une application de signalement des obstacles non tarifaires et d’un service par SMS. Il appelle aussi à étendre le régime commercial simplifié à davantage de postes-frontières. [1]

Ces formulations distinguent des réalisations déclarées et des actions encore demandées. Six États équipés ne signifient pas que tous les bureaux de douane échangent leurs documents sans difficulté. L’extension sollicitée d’un régime ne prouve pas son accessibilité à chaque petit commerçant.

Dans sa déclaration adoptée les 19 et 20 octobre, le COMESA Business Council demande notamment des échéances de résolution des obstacles, des institutions responsables identifiées, la reconnaissance des normes et la coordination aux frontières. Il réclame aussi des solutions de financement adaptées aux PME. Ce document exprime les demandes des milieux d’affaires réunis sous son égide ; il ne constitue pas une mesure indépendante de la situation de tous les travailleurs et commerçants de la région. [5]

L’intérêt de ces demandes est de rendre les engagements vérifiables. Une administration désignée et une échéance permettent de suivre un dossier ; une promesse générale d’intégration ne permet pas de savoir qui doit corriger une difficulté précise.

Un certificat rejeté montre le coût d’une coordination défaillante

Dans le dossier NTB-001-356, un exportateur horticole rapporte un incident du 15 avril 2026 : après une panne du système zimbabwéen, un certificat de remplacement aurait été refusé par la douane tunisienne faute de numéro de série. Il déclare son client exposé à 500 dollars de stockage par jour. Ces frais allégués ne constituent ni une facture auditée ni un coût moyen régional. [6]

La fiche indique une résolution au 30 juin, annoncée par les deux États lors d’une réunion technique. Cet incident de reconnaissance documentaire est donc antérieur à la présidence d’octobre et n’est pas présenté comme encore ouvert. [6]

Le mécanisme commun de signalement permet aux opérateurs de déposer un obstacle et d’en suivre le traitement dans l’espace COMESA–EAC–SADC. Les points de contact et les administrations concernées doivent ensuite intervenir. Une plateforme rend le problème visible ; elle ne remplace pas la décision nécessaire pour débloquer une marchandise. [7]

Il convient également de distinguer un contrôle nécessaire d’une entrave injustifiée. Une exigence sanitaire ou une vérification d’origine ne devient pas automatiquement illégitime parce qu’elle demande du temps. L’examen porte sur son fondement, sa proportionnalité, son application et les possibilités de correction, sans présumer que toute suppression de contrôle améliorerait les échanges.

Le pouvoir d’impulsion appartient à la présidence, l’exécution reste collective

L’organisation distingue l’Autorité des chefs d’État, qui fixe les orientations générales, le Conseil des ministres, les structures techniques et le secrétariat installé à Lusaka. Les décisions de l’Autorité sont prises par consensus. La présidence zimbabwéenne s’inscrit dans cette architecture collective : elle ne constitue pas une administration douanière supranationale commandant directement tous les postes-frontières. [8]

Le Zimbabwe peut chercher des engagements réciproques et demander des comptes sur leur application. Sa crédibilité dépendra aussi de la façon dont ses propres institutions traitent les documents, les plaintes et les opérateurs des pays partenaires. La suppression d’un obstacle chez un voisin ne résout pas nécessairement celui qui se trouve au départ d’une expédition.

L’enjeu productif dépasse la circulation de marchandises déjà disponibles. Lors du forum d’affaires du 20 octobre, Mnangagwa a appelé à développer la transformation locale, notamment des ressources minérales, et à utiliser des systèmes numériques compatibles pour le commerce. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique rapporte ces orientations. Ce sont des objectifs politiques, dont les effets dépendraient d’investissements, de compétences et de débouchés effectivement mobilisés. [9]

Pour les entreprises africaines, la question est de savoir quelle part de la valeur restera dans la production, la transformation, le transport et les services locaux. Une grande entreprise équipée pour répondre aux normes peut tirer parti d’une ouverture plus vite qu’un petit atelier. La baisse des obstacles doit donc être rapprochée de l’accès au financement, à l’énergie et à l’information, sans supposer des bénéfices identiques pour tous.

Les résultats aux frontières devront être vérifiés au-delà des communiqués

Les documents du sommet n’offrent pas, à eux seuls, un bilan indépendant des temps de dédouanement ou du coût complet des opérations par corridor. Il faudrait des données comparables avant et après chaque mesure, distinguant les catégories de marchandises, les volumes et les postes concernés. Un gain constaté sur une route ne peut être étendu sans preuve à toute la région.

Le registre des obstacles est utile, mais ses dossiers reflètent les problèmes signalés. Ceux des opérateurs qui ne connaissent pas le mécanisme ou ne peuvent y accéder peuvent rester invisibles. La clôture administrative d’une plainte mérite également d’être rapprochée de l’expérience de l’utilisateur et du fonctionnement des expéditions suivantes.

Le cas Zimbabwe–Tunisie établit qu’un problème a été enregistré et qu’une résolution a été déclarée. Il ne prouve pas que les frais évoqués ont été remboursés ni que toute panne analogue a disparu. Les justificatifs de livraison, de facturation et de correction technique seraient nécessaires pour conclure sur ces points.

Enfin, les projets évoqués pour le financement, les infrastructures ou la mobilité nécessitent des calendriers, des budgets et des actes d’application. Aucun bilan de résultats attribuable à la nouvelle présidence, installée depuis quelques jours, ne peut encore être établi à partir des pièces réunies.

Une année de présidence à suivre dossier par dossier

Un premier progrès possible serait de rendre compatibles les documents et procédures déjà utilisés, avec des solutions de secours lorsque les systèmes numériques sont indisponibles. Il pourrait réduire certains délais sans attendre la construction d’une infrastructure majeure. Une autre trajectoire associerait ces corrections à des investissements coordonnés dans les corridors et la capacité productive.

À l’inverse, si les engagements restent sans administration responsable, sans financement ou sans suivi, l’intégration demeurerait difficile à apprécier pour les opérateurs. Ce risque ne constitue pas une prédiction d’échec : il indique les éléments qui permettraient de distinguer une réalisation d’une annonce.

Les indicateurs les plus utiles seront les délais de traitement des plaintes, les récidives d’un obstacle après clôture, les documents effectivement reconnus et les coûts supportés par différentes tailles d’entreprise. L’augmentation des échanges devra être replacée dans l’évolution des prix et de la demande, avant d’être attribuée à la présidence.

Harare dispose d’un rôle d’impulsion et d’une responsabilité de suivi. Les gains pour les producteurs, transporteurs et commerçants de la région se jugeront dans leur capacité à fabriquer, vendre et être payés au-delà des frontières, avec des règles prévisibles et des institutions capables de résoudre les difficultés.

Les décisions et le dossier commercial qui fondent l’analyse

[1] COMESA, communiqué final du 25e sommet des chefs d’État et de gouvernement, Harare, 22 octobre 2026, version française, notamment sections A et B. [2] COMESA, Overview of COMESA, historique de l’organisation et de la zone de libre-échange. [3] COMESA, Trade & Customs Division, état de participation d’avril 2026 et données commerciales de 2024.

[4] COMESA, Programme Activities: Trade Liberalization, rubrique sur les règles d’origine. [5] COMESA Business Council, 2026 COMESA Business Declaration, adoptée à Harare les 19 et 20 octobre et publiée le 22 octobre 2026.

[6] Mécanisme COMESA de suivi des obstacles non tarifaires, dossier NTB-001-356 : incident du 15 avril, signalement du 4 mai, résolution enregistrée au 30 juin 2026.

[7] Mécanisme COMESA–EAC–SADC, présentation du système de signalement, suivi et élimination des obstacles non tarifaires. [8] COMESA, Decision Making, description des organes et du processus collectif. [9] Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, compte rendu du discours de Mnangagwa au forum d’affaires du COMESA, 20 octobre 2026. Consultation arrêtée au 2 novembre 2026 ; aucun audit de passage aux frontières n’a été réalisé pour cet article.

Oh bonjour 👋
Ravi de vous rencontrer.

Inscrivez-vous pour recevoir nos dernières enquêtes et analyses directement dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *