Une promesse séduisante qui doit être retrouvée dans les actes
Entre les universités australiennes et sud-africaines, les relations existent : accords bilatéraux, réseaux de recherche, mobilité étudiante, projets de santé, d’ingénierie ou de science. Dans l’État de Victoria, l’Université de Melbourne répertorie l’Université de Johannesburg parmi ses partenaires africains; RMIT cite le Space Science Centre de la Durban University of Technology dans son réseau académique; plusieurs établissements participent à des alliances plus larges reliant l’Australie et l’Afrique.
Le gouvernement de Victoria a conclu en 2021 des accords de partenariat avec dix universités de l’État. Ils organisent un dialogue sur des objectifs partagés, tout en rappelant que l’enseignement supérieur relève d’abord du gouvernement fédéral australien. Le réseau international de l’État promeut l’offre éducative victorienne, fournit de l’intelligence de marché et facilite des partenariats de formation et de recherche dans des marchés prioritaires, dont l’Afrique.
Mais aucun document public consulté n’établit un programme propre à Victoria, explicitement intitulé ou évalué comme une politique d’« alliances universitaires équitables avec l’Afrique du Sud ». Le titre est donc plus affirmatif que les preuves disponibles. L’enquête doit déplacer la question : quelles relations sont documentées, et à quelles conditions peuvent-elles être qualifiées d’équitables?
Des partenariats réels, mais un pilotage éclaté
L’Université de Melbourne annonce plus de 300 accords internationaux. En Afrique, sa liste comprend notamment l’Université du Ghana, la Kamuzu University of Health Sciences au Malawi, l’Université internationale de Rabat et l’Université de Johannesburg. Elle a rejoint la Reach Alliance, réseau qui associe aussi l’Université du Cap et Ashesi University. Ces liens peuvent produire des recherches conjointes, des échanges et une visibilité institutionnelle.
RMIT dispose de collaborations académiques et offre des bourses de mérite à des étudiants africains, sous forme de réduction des frais. Ces initiatives facilitent la circulation de personnes et de connaissances. Elles ont aussi une dimension commerciale : l’éducation internationale est un secteur d’exportation, et une remise de frais ne constitue pas automatiquement un partenariat équilibré.
L’absence d’un programme unique n’implique pas l’absence de politique. Victoria agit par un écosystème : accords avec ses universités, bureaux commerciaux, missions, promotion éducative et soutien aux réseaux. Mais cette dispersion rend l’évaluation difficile. On peut compter les accords; on sait moins facilement qui a défini la question de recherche, qui détient les données, où va le financement et qui signe en premier les publications.
Le mot « équitable » impose des critères vérifiables
L’équité n’est pas la simple présence d’un partenaire africain. La Charte africaine pour les collaborations de recherche transformatrices, portée depuis l’Université du Cap avec des partenaires continentaux et internationaux, propose dix principes pour corriger les déséquilibres dans la production mondiale de connaissances. Elle replace l’agenda africain, les institutions locales, les langues, les communautés et la gouvernance au centre.
L’Australia Africa Universities Network réunit des universités des deux continents. Lors d’un forum accueilli par l’Université de Pretoria en 2023, les participants ont affiché un engagement en faveur de partenariats équitables et de la diplomatie scientifique. Ce réseau apporte une preuve claire d’un discours et d’un cadre australo-africains sur l’équité. Il ne démontre pas, à lui seul, une politique spécifique du gouvernement de Victoria envers l’Afrique du Sud.
Cinq tests permettent de dépasser le discours. Premièrement, l’agenda : la question étudiée répond-elle à une priorité sud-africaine définie localement? Deuxièmement, l’argent : les fonds arrivent-ils directement dans l’établissement africain, avec des frais de gestion justes? Troisièmement, l’autorité : la gouvernance, les données et la propriété intellectuelle sont-elles partagées? Quatrièmement, la carrière : les chercheurs africains accèdent-ils aux premiers rôles, aux équipements et aux publications? Cinquièmement, la réciprocité : la mobilité circule-t-elle dans les deux sens?
Le risque d’une coopération qui reproduit l’extraction
L’histoire des sciences en Afrique est traversée par l’extraction de données, d’échantillons et de savoirs. Un partenaire extérieur obtient le financement, fixe le protocole et publie; l’institution africaine facilite le terrain. Cette pratique peut respecter la forme d’un accord tout en conservant l’asymétrie de pouvoir.
Les universités victoriennes disposent souvent de budgets de recherche, d’équipements et de services juridiques plus importants. Cette puissance peut accélérer un projet sud-africain, mais aussi déplacer son centre de décision vers Melbourne. L’équité exige donc des clauses qui compensent l’asymétrie au lieu de la nier : co-direction, budget local garanti, stockage et accès partagé aux données, règles d’auteur, formation technique et maintenance des équipements.
Les visas et les frais constituent un autre filtre. Une bourse partielle peut rester inaccessible à un étudiant dont la monnaie est faible. Une mobilité vers l’Australie sans mobilité inverse concentre les bénéfices de réseau au Nord. Inversement, un programme conçu autour d’équipes locales, de diplômes conjoints et d’infrastructures sud-africaines peut réduire la fuite des compétences.
Victoria pourrait utiliser ses accords avec les universités comme levier de conditionnalité positive : soutien public renforcé lorsque les partenariats publient leurs budgets, leurs règles de données et leurs résultats d’équité. Aucun mécanisme de ce type n’a été identifié dans les documents examinés. Il s’agit d’une piste de politique publique, pas d’un dispositif existant.
L’intérêt stratégique de l’Afrique du Sud
L’Afrique du Sud possède un système universitaire puissant, des infrastructures scientifiques continentales et une longue expérience de coopération internationale. Elle n’est pas un bénéficiaire passif. Ses établissements disposent de domaines d’excellence en santé publique, astronomie, mines, climat, sciences sociales, énergie et agriculture. Pour Victoria, une alliance peut améliorer la recherche et ouvrir des réseaux africains; pour les partenaires sud-africains, elle peut apporter des équipements, des financements et un accès à des plateformes mondiales.
Cette réciprocité potentielle explique pourquoi le langage de l’aide est insuffisant. Un accord équitable est une négociation entre capacités différentes mais utiles. L’Afrique du Sud apporte des terrains de recherche, des institutions, des questions scientifiques et des innovations frugales; Victoria apporte des ressources, des technologies et des connexions. Le partage doit refléter ces contributions, y compris celles qui ne figurent pas dans une facture.
La Stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique 2026–2035 appelle à renforcer les systèmes éducatifs, la recherche et la souveraineté du savoir. Une alliance australienne cohérente avec ce cadre devrait contribuer à des capacités durables sur le continent, pas seulement à la production d’un article ou au recrutement d’étudiants.
Ce que les sources ne permettent pas d’affirmer
Il n’existe pas, dans le corpus consulté, d’inventaire public exhaustif des projets entre les dix universités victoriennes et l’Afrique du Sud. Les budgets, la durée, les règles de propriété intellectuelle, les auteurs, les mobilités et les équipements ne sont pas agrégés. On ne peut donc pas mesurer une évolution globale de l’équité.
Les pages institutionnelles montrent que des accords existent, mais elles sont souvent promotionnelles. Elles décrivent rarement les désaccords, les projets interrompus ou la répartition détaillée des fonds. Le terme « partenaire » couvre des réalités très différentes, depuis une convention générale sans activité jusqu’à un laboratoire cogéré.
Cette lacune est elle-même un résultat. Si Victoria revendique une politique de partenariat équitable, elle devrait publier un tableau de bord : projets actifs, partenaires, financement de chaque côté, co-direction, données, publications, mobilité et infrastructure créée. Sans cette preuve, le qualificatif reste aspiratif.
Transformer une relation internationale en responsabilité publique
Projection — Les partenariats universitaires vont gagner en importance avec la compétition sur l’intelligence artificielle, le climat, la santé et les minerais critiques. L’Afrique du Sud cherchera des alliances qui renforcent ses institutions et protègent ses données. Les universités victoriennes qui démontreront une gouvernance réciproque seront mieux placées que celles qui se contentent de recruter ou d’extraire des résultats.
Une politique crédible de Victoria pourrait reposer sur une charte commune avec les partenaires sud-africains, un fonds cogéré, des contrats-types sur les données et la propriété intellectuelle, et une évaluation conduite par des équipes des deux pays. Elle devrait inclure les universités historiquement désavantagées, pas seulement les établissements déjà les mieux connectés.
L’enjeu final est simple : une alliance équitable laisse une capacité qui demeure après le projet. Un laboratoire fonctionnel, un programme de doctorat, une base de données sous gouvernance partagée, une équipe durable et une décision scientifique africaine comptent davantage qu’un protocole photographié. Les relations entre Victoria et l’Afrique du Sud offrent des points d’appui; leur équité reste à prouver projet par projet.
Corpus institutionnel consulté
- Gouvernement de Victoria, accords de partenariat entre l’État et les dix universités victoriennes, 2021–2025.
- Global Victoria, Global Education Network, 2021.
- Université de Melbourne, liste des institutions partenaires internationales, mise à jour en 2025.
- Université de Melbourne, documentation sur la Reach Alliance.
- RMIT University, liste de partenaires du réseau Cyber-Physical Systems et dispositif de bourses Afrique.
- Université du Cap, Africa Charter for Transformative Research Collaborations.
- Université de Pretoria, forum de l’Australia Africa Universities Network, 2023.
- Union africaine, Continental Education Strategy for Africa 2026–2035.

